Beire-le-Chatel et ses anciens fiefs
Un jour, c'était, hélas ! au lendemain d'un grand deuil : notre célèbre et tant regretté compatriote, Arthur de Boissieu, l'auteur si spirituel des Lettres d'un Passant, venait d'être ravi à la tendresse des siens et à l'affection de ses amis, en pleurs et pour jamais inconsolables..'.
Prié de vouloir bien, au nom de sa noble et digne épouse, brisée par la douleur, assister l'officier ministériel chargé de procéder à l'inventaire des meubles de ce vieux manoir de Beire, où tant de fois nous l'avions surpris
dans la composition de ses fines et mordantes satires, nous découvrîmes bientôt, sur les rayons d'une ancienne étagère , une riche collection de parchemins et de papiers poudreux.
Nous nous trouvions en présence de documents précieux. Et, sans nous en douter, nous avions devant nous : les manuels à cens, les terriers, divers titres enfin de toute nature, a}ant servi jadis à la régie de la maison forte de Beire. C'est là, puisque l'occasion nous en était spontanément offerte, que nous conçûmes le projet d'écrire les chroniques d'un village particulièrement aimé.
Pour la rédaction de ces éphémérides, nous dûmes consulter d'abord les pièces qui venaient de nous tomber si fortuitement sous la main. Nous fîmes ensuite de nombreuses recherches aux Archives départementales de la Côte -d'Or, où nous rencontrâmes, nous nous foisons un devoir de le consigner ici, le plus bienveillant accueil de la part de M. l'archiviste Garnier. L'analyse de Peinccdé,
la Chronique de Bèze, etc., nous furent de la plus grande utilité. Nous avons pu également prendre des notes précieuses à la mairie de Beire. Enfin, nous avons eu à notre disposition : le Recueil de Pérard. l'Histoire de Bourgogne par Dom Plancher, etc. , etc. , ainsi qu'il apparaîtra par les extraits que nous en donnerons.
Toutefois, les notes que nous avons voulu grouper en ce volume ne sauraient être envisagées comme un travail complet : il nous eût fallu pour cela bien des documents que le temps a fait disparaître ; et, simple glaneur, nous avons dû, à notre grand regret, nous contenter de ramasser quelques épis seulement, échappés à l'œuvre destructive des siècles. Mais nos recherches ont été consciencieusement faites, et la modeste gerbe que nous en avons formée, nous l'offrons de bon cœur et en toute assurance : au jeune fils d'Arthur de Boissieu . d'abord, lui souhaitant de faire un jour revivre parmi nous les éminentes qualités de son illustre père ; puis à chacun des membres de
son honorable famille, ainsi qu'à tous nos excellents amis de Beire.
Pouvions-nous leur donner un gage plus certain de nos res])ectueux souvenirs et de notre attachement profond ! . . .
Mirebeau, 30 septembre 187(1.