‹ Beire-le-Chatel et ses anciens fiefsChapitre 2 sur 174 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Description générale de Beire.

Beire-le-Châtel, un des plus beaux villages de la Côte-d'Or, assurément, est traversé parla route qui conduit de Dijon à Bourbonne-les-Bains par Béze, Fontaine-Française et Ghamplitte. Il est arrosé, du Nord au Midi, par la rivière de Tille, dont les eaux limpides offrent la transparence du cristal. On remarque sur ses rives une vieille tour carrée, maison forte auxif siècle, qui donna probablement à cette commune le surnom qu'elle porte aujourd'hui.

L'architecte André le Nostre dessina les jardins du château , dont il reste encore une magnifique plantation de superbes tilleuls. Et l'un de ces arbres deux fois séculaires lutterait avantageusement, par sa taille gigantesque, avec ceux de l'Arquebuse de Dijon.

C'est sous leur frais ombrage que le Passant de la Gazette (1) aimait à rêver, et qu'il venait chaque

(1) Arlliur de Boissicu,

fO DESCRIPTION GÉNÉRALE DE BEIRE

année, loin du tumulte et du fracas de la grande ville, recueillir les douces inspirations de sa muse fidèle. Cl'est là qu'à ses heures d'abandon, ami trop indulgent, il nous communiquait parfois ses ébauches, et qu'il nous lut en particulier plusieurs pages de ses premières lettres, qui furent celles de Colomhi7îe, ces lettres qu'on osa cependant lui contester un jour!... Mais alors, semblable à un épi cueilli avant la maturité venue, il avait été moissonné dans la fleur de ses ans. L'impitoyable mort l'étreignait sous les plis de son linceuil funèbre. Aveugle et cruelle, elle venait de briser sa plume si pleine de verve entraînante; et ses lèvres, que* nous avions connues si vives à la réplique, pour jamais étaient muettes !... (i).

Le village deBeire, magnifiquement bâti, un des mieux partagés quant à la richesse et à la fertilité de son sol, fait partie de l'arrondissement de Dijon et du canton de Mirebeau-sur-Bèze. Dix-sept kilomètres seulement le séparent de son chef-lieu d'arrondissement, et neuf de son siège cantonal. On y récolte en abondance les céréales de toute nature ; et, quand le ciel se montre clément, le raisin mûrit également sur ses coteaux.

MM. Noël, Larché et Jourdeuil, sic vos non vobls, y ont tour à tour implanté ou développé une nouvelle culture, celle du houblon, qui ne les a pas enrichis, mais qu'une population active, intelli-

(l) Le mauusorit, retrouvé depuis, est inaiiileuaul tiilrc les lunins de M"" de Boissieii.

DESCRIPTION GÉNÉRALE DE BEIRE i\

gente et laborieuse a fait étonnamment progresser, et Beire-le-Chàtel est actuellement devenu le centre de produits houblonniers qui rivalisent en qualité, nous ne dirons pas avec ceux de Sphaalt ou de Saatz, mais certainement avec ceux de Bischweiler et de Haçfuenau.

Il nous souvient, et il nous a semblé bon de le consigner ici, qu'un riche négociant de Metz ou de Strasbourg, hélas! c'était en 1860, ayant acheté l'importante récolte de M. Larché, devait la diriger sur le Rhin, afin de l'y mélanger dans ses vastes magasins, disait-il, avec du houblon de bonne et pure provenance : il affirmait sur l'honneur, c'était un juif! qu'il n'était pas possible de fabriquer de bonne bière avec des houblons de Bourgogne non mélangés. Mais au moment de la mise en bâches, notre fm et rusé planteur, retors comme un vieil avoué qu'il était, avait pris soin de glisser furtivement au fond de chacune d'elles l'adresse suivante : Nicolas Larché, i:>lanteur à Beire-le-Châtel, Côte-d'Or. Lors de l'arrivée du convoi de sa marchandise en gare de Dijon, le fils des tribus, ne se doutant de rien, dirigea, directement et sans plus de façon, nos produits sur diverses brasseries de Lyon, de Bourg, de Lons-le-Saunier, de Salins, etc., où lesdites adresses se retrouvèrent. Depuis ce jour, nos houblons sont avantageusement classés, et personne ne conteste plus leur qualité vraiment supérieure.

Honneur et bon souvenir à M. Larché !... C'est sans doute en signe de reconnaissance qu'un des nôtres avait essayé de cultiver sur sa sépulture une

li DESCRIPTION GÉNÉRALE DE BEIRE

racine de la plante amère. Mais le houblon s'est montré rebelle, et sur la tombe de l'ancien planteur, on ne voit plus qu'une humble croix de bois, où le vivant qui visite le champ des morts distingue à peine ces trois mots, qui sont une invocation et une prière : Requiescai in^acel... Ce souhait, qui fut celui des siens, est aussi le nôtre : qu'il repose en paix !...

Les houblonnières de Beire dépassent actuellement le chiiïre de soixante hectares, dont les excellents produits sont enlevés, chaque année, par des négociants d'outre-Rhin, qui les écoulent ensuite sur les grands centres de consommation de France, d'Angleterre et d'Allemagne. Et ce village, modeste et ignoré jadis, est maintenant connu à l'instar des pays de production les plus renommés. Il avait donc droit à son histoire locale, et nous sommes aussi heureux que flatté de la lui offrir aujourd'hui dans ces humbles chroniques.

Beire-le-Chàtel est peuplé d'habitations charmantes, toutes environnées de parcs ou de jardins, vastes et bien dessinés, qui lui donnent l'aspect d'un important et immense village. Cependant le chiffre officiel de sa population n'est que de 763 habitants. — Au centre de la paroisse, mesurant une étendue de 2,300 mètres, et échelonnée le long de la rivière et de la route dont nous veinons de parler, sur une place d'une ampleur vraiment rare, entre un gracieux presbytère et un hôtel de ville du goût le plus détestable, se dresse, majestueuse et belle, une magnifique église, de construction récente, qui aura son chapitre spécial dans ce volume, et qu'on

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