‹ Beire-le-Chatel et ses anciens fiefsChapitre 12 sur 174 · VIEILLE EGLISE DE BEIRE · texte numérisé non relu

VIEILLE EGLISE DE BEIRE

SES PUEMIÈRES ORIGINES ÉCRITES 5l

thaire eurent sanctionné les libéralités faites par Albéric au monastère de Bèze, et dont la liste précède, ces princes ordonnèrent que leurs sceaux annulaires fussent mis au bas de leur ordonnance, afin de la rendre à tout jamais inviolable, forme illusoire, car en dehors de Dieu et de ses saints décrets, qu'y a-t-il qui n'ait jamais été violé par les hommes'?... Cette pièce, dont le moine Jean avait l'original entre les mains, était close par ces mots : Fait l'an de l'Incarnation de Notre-Seigneur 830, indiction VIII, épacte xv. — « Adum anno ah Incarnation e Domini 830. Indictione VIII. Epactax\ (1) ».

L'ordonnance royale qui précède suffit, nous le pensons, à démontrer que Beire possédait, dès l'an 830, sous le règne de Louis-le-Débonnaire et le pontificat de Grégoire ÏV, une église mise alors sous le vocable de saint Laurent, patron actuel de cette paroisse. Et il y a tout lieu de croire que ce fut son patron primitif. Observons en passant qu'une si haute antiquité commande le plus grand respect, et qu'on a eu bien tort lorsqu'on a transporté la fête civile de Beire au premier dimanche de septembre : il convenait de ne la séparer jamais de la fête de saint Laurent, que l'Eglise catholique célèbre le dix du mois d'août. — Nous avons remarqué dans cette pièce, où figurent plusieurs paroisses nouvelles et dont les noms nous étaient encore inconnus, que l'évêque de Langres, Albé-

(1) MiGNE, Patro/., vol. CLXII, p. 874 et suiv.

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rie, les avait données, celle de Beire comme les autres, à l'abbé Séraphin, avec toutes leurs dépendances. Nous sommes donc, en bonne règle, autorisé à faire remonter nos origines paroissiales à une époque qui dut certainement précéder, de beaucoup môme, l'ordonnance royale de 830,

Maintenant que nous avons mis sous les yeux du lecteur le titre le plus ancien, et à notre avis le plus important, qu'on ait rencontré jusqu'ici relativement à l'église Saint-Laurent de Beire, nous allons essayer de grouper dans ce recueil d'autres pièces qui offriront, nous l'espérons du moins, un réel intérêt aux habitants de cette commune. Et, de l'ensemble de ces nouveaux documents, un fait certain d'histoire locale devra se dégager, savoir : que la paroisse de Beire demeura constamment sous le vocable de saint Laurent. Puisse ce fait, nettement démontré, garder nos anciens et bien aimés paroissiens dans le profond et saint respect qu'ils doivent à leur vénéré patron!...

Nous regrettons vivement de ne pouvoir absolument rien dire de l'église primitive de Beire, au point de vue architectural. Il n'en reste, croyonsnous, que les deux pierres tumulaires qui couvraient jadis les sépultures de Guy et de Jean d? Prangey, sires de Beire, décédés au commencement du xiv^ siècle. L'église actuelle de Beire-la-Ville, qui dut succéder à la première que posséda la paroisse, fut d'ailleurs brûlée en partie par les troupes du général Gallas, probablement dans les journées des 7 et 8 novembre 1036, lors de sa retraite du siège de Saiut-.Tean~de-Losne.

A la suite de l'ordonnance royale de l'an 830, qui sert de base à nos origines paroissiales, voici, dans leur ordre chronologique, les diverses pièces anciennes qu'il nous a été possible de recueillir, et qui intéressent l'église Saint-Laurent de Beire :

I. — Charte (fAlbéiic, évêque de Langres, du XII des calendes de décembre 830.

Cette pièce, qui fut en la possession du moine Jean, ainsi que toutes celles qui sont transcrites dans son recueil, n'est qu'une copie, une sorte d'ampliation de l'ordonnance de Louis-le-Débonnaire. Elle est revêtue des signatures des membres du concile provincial de Langres, tenu vers l'an 830, et présidé par Agobard, archevêque de Lyon. Si nous lui donnons place ici, c'est que, sans sortir de notre sujet, nous espérons faire comprendre à nos lecteurs combien grande était jadis l'attention qu'on apportait à la rédaction des actes officiels; de plus, cette pièce nous fera connaître en même temps le véritable caractère des mœurs de cette époque,

La charte d'Albéric est relative aux dons considérables qu'il avait faits au monastère de Bèze, nouvellement restauré par ses soins et dans les circonstances que nous avons déjà rapportées. « L'évêque de Langres, nous dit le moine Jean, ayant obtenu du roi une ordonnance confirmative des dispositions qu'il avait prises en faveur de ce monastère, s'empressa, dès qu'il fut rentré dans son

palais épiscopal « rediens domum » (ce qui nous fait supposer qu'il avait dû se rendre à la cour de Louis -le -Débonnaire), de rédiger une charte, afin de rappeler à la postérité ses libéralités en faveur du monastère de Bèze. » Et c'est ainsi qu'il s'exprime, dans ce document dont nous donnons ici la traduction succincte :

« Au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ.

« Nous voulons qu'il soit porté à la connaissance de tous les fidèles de la sainte Eglise de Dieu, que nous, Albéric, par la miséricorde divine, évêque de Langres, ayant trouvé un lieu tombé en ruines, appelé la Fontaine de Bèze, et jadis élevé en l'honneur des saints apôtres Pierre et Paul, où de pieux moines servaient Dieu, au temps du duc Amalgaire, et du consentement du roi Glotaire; pour l'amour de Dieu et à l'effet d'obtenir la rémission de nos péchés, guidé par l'inspiration divine, et ayant préalablement obtenu l'autoristion du très glorieux empereur Louis, ainsi que celle de son très pieux fils Lothaire, empereur, nous avons résolu de relever ce monastère de ses ruines.

« Nous y avons donc réuni des religieux sous la direction d'un abbé du nom de Séraphin, afin qu'ils y servissent Dieu régulièrement, perpétuellement et fidèlement. Nous leur avons accordé tout ce que le susdit monastère avait d'abord reçu, par les dispositions de chartes antérieures. Et, pour le bien spirituel du prince et de ses fils , nous leur avons en outre restitué tout ce que nos prédécesseurs avaient jadis enlevé à cette abbaye.

« C'est pourquoi, de l'avis d'Agobard, notre ar-

SES PREMIÈRES ORIGINES ÉCRITES 5o

chevêque, du consentement de nos frères dans l'épiscopat, ainsi que de celui de tout notre clergé et des fidèles de notre église, nous avons, des propres biens de notre évèché, conféré au monastère précité les campagnes ou villages dont les noms suivent, savoir : Pouilly avec ses dépendances ; Belleneuve avec ses dépendances : Arçon avec ses dépendances — ces trois villages avec tout ce qui y est attenant : champs, prés, forêts, pâtures, eaux, revenus, etc.; — l'église de Belleneuve, sous le vocable de saint Etienne, libre de toute exaction qui y aurait été introduite par la coutume; l'église de Drambon avec ses dépendances; Trochères avec son église et toutes ses dépendances ; l'église qui est au village de Saint-Seine avec ses dépendances; l'église de Mornay avec tout ce qui lui appartient; l'église qui est au val de Véronnes, sous le patronage de saint Maurice ; enfin, Yéglise de Belre, en Vhonneur de saint Laurent, avec toutes ses dépendances ; — en outre, sur le territoire de Dijon, la dîme des vignes que le duc Amalgaire avait jadis données au monastère de Bêze ; à Fixin, une grande quantité de vignes, avec des prés, des champs, etc.; sur le territoire de Fixey, des vignes également ; semblablement à Marsannay.

« Le tout donné pour l'entretien des moines et la nourriture de^ pauvres, afin que le religieux, libre de tout souci des choses matérielles, se plaise au service de Dieu dans la solitude de son cloître, et qu'il y implore continuellement la miséricorde du Seigneur pour le roi, son épouse, ses enfants et la stabilité de l'empire.

« Par ces motifs et dans ces conditions, nous avons arrêté que ce monastère serait à tout jamais soumis à l'église de saint Mammès (cathédrale de Langres); et pour que, dans les âges futurs, il ne soit non plus jamais porté atteinte à la substance de cette charte, ni par nous, ni par ceux qui nous succéderont, nous avons demandé et obtenu qu'elle lût confirmée par la souveraine autorité de l'empereur.

« Fait à Langres, en assemblée publique : au nom du Christ, moi Agobard, archevêque de Lyon, j'ai signé; moi Angéric, évêque, j'ai signé; moi Albéric, j'ai signé, en ma qualité d'évêque et de donateur ; moi Faova de Cliâlon (sans doute l'évéque de cette ville), j'ai signé ; moi Modoin d'Autun (probablement aussi l'évêque de cette ville), j'ai signé; moi Hiltibald, evê(pie de Màcon, j'ai signé; au nom de Dieu, moi Jacob, indigne chorévôque, j'ai signé; au nom du Christ, moi Bernard, archevêque, j'ai signé. «

Ces huit signatures, prises parmi les plus considérables , sont suivies de trente et une autres appartenant à des abbés, des chorévêques, des prêtres, des diacres, des lévites et des laïques de distinction. Et toutes ces formalités, nous nous plaisons a le redire, indiquent assez les grands soins apportés, en ces temps, à la rédaction des actes publics.

Ajoutons, enfin, que ce document, si semblable à l'ordonnance de Louis-le-Débonnaire, fut clos par ces mots : « Fait à Langres, en assemblée pubhque, l'an de l'Incarnation 830, indiction Vlll, épacte XV, le XII des calendes de décembre.

l'an XIV du règne de notre maître Louis, empereur, et le Yi* de celui de son auguste fds Lothaire. ActumLingonis, anno ah Incaniationc 830, etc. (1). »

II. — Autre chayte de l'an 1015 environ. — Lubhé GuiUaumne y fait don à Milon, chevalier de Beire, de la troisième partie des revenue de l'e'glise de ce lieu, à charge de services militaires.

Nous venons de constater que, dès l'an 830, l'église Saint-Laurent de Beire fut donnée, avec toutes ses dépendances, à l'abbaye de Bèze, et qu'elle fut, pendant le cours de cette année, tout à la fois l'objet d'une ordonnance royale et d'une charte épiscopale. Cent quatre-vingt-cinq ans plus tard, sous le règne de Robert-le-Pieux, fils de Hugues Capet, Benoît VIII gouvernant l'Eglise universelle, et Brunon étant évêque de Lan grès, vers l'an 1015, nous retrouvons le monastère de Bèze en la paisible possession de l'église de Beire, desservie alors non par des religieux de ce couvent, ainsi qu'on aurait pu être porté à le croire, mais par un prêtre séculier, dont la Chronique ne nous a toutefois pas conservé le nom. Voici la traduction analytique de la charte contenue dans le recueil du moine Jean :

c( Milon de Beire, chevalier, « de villa quœ dicitur Beria », s'étant adressé à Guillaume, abbé de Bèze, et àBenoît, prieur de cette abbaye, en obtint, après de nombreuses instances, pour sa vie seulement, et à charge de services militaires, la troisième

(1) MiGNE, Patrol.,\o\. CLXU, p. 876 et suiv.

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partie des revenus de l'église dudit Belre, le monastère de Bôze devant partager le reste avec le prêtre qui la desservait. » — 11 reçut également un manoir à Hauteville, que ses successeurs conservèrent pendant plus de deux siècles; des dîmes dans un lieu appelé Juvenalis, peut-être Jouvence ; eniin, un arpent de vignes dans un autre lieu désigné sous le nom de Car Us Adonis. Le tout fut cédé par l'abbé, à la condition qu'après la mort du chevalier Milon, ni son fils, ni sa (ille, ni aucun de sa parenté ne prétendrait en avoir la succession, à moins que l'abbé ou ses successeurs ne leur en accordassent librement le droit.

Cette charte, qui précède immédiatement, dans le recueil du moine Jean, la note obituaire qu'il consacre à l'évéque Brimon, décédé le deux de^ calendes de février, l'an de l'Incarnation 4010, après un ministère de trente-cinq ans, cette charte, disons-nous , fut rédigée en présence de Mlon et de son fdsAduin, qui s'engagèrent, par serment, à en observer fidèlement la teneur. Les témoins requis furent : Odon ; Robert; Widon , doyen; Luitprand; Aldon, prévôt; Albert, moine, et Robert, également moine (1).

Nous pensons qu'à la mort du chevalier ]\Iilon, le monastère de Bèze reprit tous ses droits sur l'église de Beirc, car on le voit plus tard, en 1257, au mois d'octobre, en partager les revenus, par égales portions, avec Barthélemi, curé de ce lieu.

(1) MiGNE, PatroL.-voX. CLXII, p. 901 et suiv,

— Observons cependant qu'en 1734, lors des réparations du clocher et du chœur de ladite église, brûlée par Gallas, le seigneur de Beire, alors Nicolas Malpoy, dut supporter une partie de la dépense occasionnée par ces réparations, le reste demeurant à la charge des moines de Bèze et de la communauté de Beire (1).

III. — Bulle de Paschal II, du i*' janvier H 03. — Il y est fait mention de l'cglise Saint-Laurent de Beire, confirmée à Pabliai/e de Bèze.

Cette bulle fut provoquée sous le règne de Philippe I", dans les circonstances suivantes ; Etienne, abbé de Bèze, s'apercevant que non seulement le zèle des fidèles s'était ralenti relativement à son abbaye, mais encore qu'on lui contestait les anciennes dispositions dont elle avait été l'objet, entreprit le voyage de Rome, afin d'y soumettre ses embarras au souverain pontife. — Paschal II se hâta de lui accorder une bulle le confirmant dans la possession de tous les biens légués jusque-là à son monastère. — On en trouvera la copie dans la Patrologie de Migne, vol. 163. Et comme nous ne Tavons eue qu'un instant à notre disposition, nous n'en rapporterons ici que ce qui peut intéresser notre travail. Nous en donnons donc simplement l'extrait, parte in qua, renvoyant le lecteur au volume que nous venons de lui indiquer :

« Paschal, évêque, serviteur des serviteurs de

(1) Archives de la Côte-d'Or, Chronique de Bèze, liasse concernant Beire.

Dieu, à notre bien aimé Etienne, abbé de Bèze, et à tous ses successeurs dans les âges futurs.

« II est juste de venir en aide aux pieux désirs, dans le but de favoriser la dévotion. Donc nous rendant à ceux que vous nous avez exprimés... Nous vous confirmons dans la possession de l'église du Saint-Sauveur de Viévigne ; dans celle de l'église Saint-Martin de Lux; dans celle de l'église Saint- Laurent de Beire... {Prœterea confirmamus vohis ecclesiam Salvatoris de veteribus vineis; ecclesiam sancti Martini de Luco ; ecclesiam sakcti Laurentii DE Beria, etc. )

« Donné à Saint-Jean de Lafran, par la main de Jean, cardinal diacre, le jour des Calendes de janvier, indiction XIII, l'an 1105 de rincarnation de Notre Seigneur, le vi* du pontificat de Pascbal II.

« Moi Pascbal, évêque de l'Eglise catholique, j'ai signé. »

Deux ans après , le XII des calendes de mars de l'an 1107, Robert, qui ordonna qu'on écrivit la présente relation, étant évêque de Langres, le même souverain pontife, Pascbal II, environné d'un nombreux personnel composé de cardinaux, d'évêques et d'abbés, vint visiter l'abbaye de Bèze (1). Or, comme il revenait de Dijon , où il avait récemment consacré l'église de Saint - Bénigne , il y a tout lieu de croire qu'il traversa le village de Beire : outre que c'était le chemin qui conduisait le plus directement à Dijon, il est certain

(1) MlGNE, Patrol., vol. CLXU, p. 961 et suiv.

que c'est par ce village que les habitants de Bèze se rendaient à la ville, attendu qu'on les voit, au mois de décembre 1259, se libérer d'un droit de péage que Robert, sire de Beire, prélevait sur eux quand ils traversaient sa seigneurie pour aller à Dijon (1).

IV. — Bulle (T Innocent IV , du II des Nones de novembre 12i5. Véglise Saint-Laurent de Beire y fi/juie de nouveau.

En 1245, lors de l'assemblée du concile général de Lyon, une seconde bulle, où figure encore l'église Saint-Laurent de Beire, fut accordée, pour les mêmes motifs, à l'abbé et aux religieux du monastère de Bèze, par le pape Innocent IV. Elle fut donnée à Lyon le II des Nones de novembre, indiction IV, l'an 1245, la troisième année du pontificat d'Innocent IV, sous le rè^ne de saint Louis. Elle fut revêtue d'un grand nombre de signatures de cardinaux etd'évêques. On en trouvera la copie aux archives de la Côte-d'Or (2).

Après le préambule d'usage, on y voit indiqués les noms des églises alors possédées par l'abbaye de Bèze, et dont voici la liste, du moins pour celles qui nous sont connues, savoir : l'église de Saint- Symphorien d'Aubigny ; celle de Notre-Dame d'Isôme ; celle de Saint-Martin de Lux ; ceUe de Spoy ; celle de Saint-Laurent de Beire; celle du Saint -

(1) Archives de Bèze, Cartulaire des privilèges, pièce n" 6.

(2) Copies des lettres de l'abbaye de Bèze, de l'an 1200 à l'an 1300, vol. I.

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Sauveur de Viévigne; celle de Saint-Nicolas de Noiron ; celle de Sainte-Marie de ïrochères ; celle de Lamblin ; celle de Belleneuve ; celle de Saint- Martin de Beaumont, avec la cliapcUe du château de ce lieu; celle de Saint-Léger d'Oisilly; celle de Dampierre; celle de Saint-Julien de Champagne; celle de Talmay ; celle de Saint- Georges de Jancigny; celle de Sainte-Marie de Mornay; la chapelle deChevigny, etc., etc.

On voit, par la longue énumération des noms contenus dans la bulle d'Innocent lY, que les dépendances de l'abbaye de Bèze s'étaient singulièrement accrues, depuis le privilège que Paschal II lui avait accordé par sa bulle du 1" janvier 1105. — Si nous donnons tous ces détails sur ce monastère, la reconnaissance nous y obHge, à cause des nombreux documents que nous empruntons à sa Chronique : en eifet, sans le recueil du moine Jean, qu'aurions-nous pu dire de nos origines civiles et religieuses? Et, d'ailleurs, nous espérons que tous ces développements intéresseront les communes de notre voisinage.

V. — Information judiciaire du samedi 2 septembre 1368. — Il y est fait mention de la fête patronale de Beire, qui était celle de Saint- Laurent et se célébrait le 10 août.

Cette information eut lieu à Beire-la- Ville, dans les journées des 2 et 4 septembre 1368, sous le règne de Charles V, par les soins de Guillaume de Pacinger, procureur de monseigneur le duc de Bourgogne, Philippe-le-Ilardi, qui possédait Fouchange, par indivis, avec J'ean de Perrigny. — Guy

de Bricon avait alors reçu de Philippe-le-Hardi, pour sa vie durant, la partie qui lui appartenait de la seigneurie de Fouchange.

Il s'agissait de fixer les limites des justices de ces seigneurs , qui s'étendaient du chemin de Beire-la- Ville à Vesvrotte, en passant devant le moustier, c'est-à-dire devant l'église paroissiale, dans la direction de Fouchange. D'où il suit qu'une partie de Beire-l'Eglise, celle qui était située au sud de ce chemin , devait leur appartenir. Aussi avaient -ils coutume d'y envoyer leurs sergents, avec ordre de garder, dans cette partie du village, la fête patronale de Saint-Laurent. Et cette garde avait lieu la veille et le jour de la fête de ce saint.

Mais le seigneur de Mirebel, Guillaume de Vergy, deuxième du nom, prétendant que ce droit lui appartenait, y avait également envoyé, pour la môme garde. Jacquet de Besançon, dit « Varmeuriery), son prévôt. Un conflit s'éleva entre les hommes de ces seigneurs, à la suite duquel le prévôt de Mirebel, appréhendé au collet par Aubry, sergent du duc de Bourgogne, fut enfermé dans la Tour de Fouchange, dont il ne reste pas la moindre trace aujourd'hui, si ce n'est le nom du climat où elle devait s'élever jadis.

Que le lecteur ne soit point surpris de voiries seigneurs de Mirebeau exercer un droit de garde sur la fête patronale de Beire : en 1228, ainsi que nous le dirons plus tard, Guillaume de Vergy, premier dujiom, seigneur de Mirebeau, possédait la maison forte de ce lieu, au moins comme seigneur

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suzerain; au mois de décembre l'iSO, Henri de Vergy exerçait un droit de suzeraineté sur Robert, sire de Beire. Quoi d'étonnant que les sires de Mirebeau, dont les nôtres sont restés les vassaux jusqu'à la Révolution, aient fait garder la fête patronale de Saint-Laurent, en 1368, quand on sait surtout que le seigneur de Beire, Jacques de Baudoncourt, ayant été exécuté à Semur, neuf ans auparavant, ses fils étaient probablement encore tous mineurs?...

C'est ce conflit qui donna lieu à l'information du « samadisegontjoiir de septamhrelS^S». — Quinze témoins de Beire, de Fouchange et autres lieux y furent entendus. Or, il résulte de leurs dépositions : d° que l'église de Beire était alors, comme en 830 et comme aujourd'hui, sous le vocable de saint Laurent; 2" que la fête patronale, qui se célébrait le 10 août, attirait un grand nombre de fidèles, la veille et le jour de sa célébration, venant à Beire de Rivières, de Talant, de Mirebeau, etc. Peut-être l'église de Beire possédait-elle, à cette époque, des reliques insignes de son vénéré patron, lesquelles auront disparu lors de son incendie par Gallas, ou à l'époque de la Révolulion. Et ces reliques auraient ainsi attiré de nombreux pèlerins, accourus pour les vénérer.

Cette information nous apprend qu'en 1308, outre la seigneurie de Baudoncourt, il y avait trois autres seigneuries à Beire : celle de Vesvrotte, celle de Philippe de la Chaume et celle d'Isabelle de Choiseul, dame Dourmoy. On la trouvera aux archives de la Côte-d'Or, série B, chambre des

comptes. Information du fait de Beire-\di-Yi\\e tendant à Fouchange. C'est un rotulus long de 1"^50, large de 0^35 centimètres.

VI. — Autre information commencée le 19 octobre 15C8, heure de midi, en la maison presbyte'riale de Beire-la- Ville. — // y est toujours question de l'église Saint-Laurent.

Cette information qui eut lieu sous le règne de Charles IX, deux siècles après celle dont nous venons de parler, contient les dépositions de cinquante-deux témoins de Beire et des villages voisins. Elle renferme la matière d'un fort volume in-octavo qui servit à la confection du terrier du château, dressé par le notaire Jean Clopin et dont nous parlerons ultérieurement. Elle fut ouverte en la maison presbytériale de Beire-la-Ville , le dix-neuvième jour du mois d'octobre 1558 , heure de midi , par les soins de François Procès, contrôleur du grenier à sel de Dijon, à l'occasion d'un long et interminable procès survenu entre messire André de Baissey, seigneur de Tart, de la Chaume et de Beire en partie, d'une part; et Dame Anne de Saulx, dame de Beire, avec messire GuiUaume de Drée, chevalier, son fils , seigneur de Gissey, de Thorey, de Blancey et de Thoisy-le-Désert, d'autre part.

On y voit clairement que Beire avait conservé son église paroissiale de Saint-Laurent; que la fête patronale, célébrée le 10 août, y attirait une foule immense d'étrangers. Mais alors la fête civile, gardée par les sergents des deux maisons seigneuriales de Beire et de la Chaume, ne se tenait plus sur le

pàquier Yoisin de l'ancien moiistier (l'église), et appelé le pâquier Saint-Laurent. Nous la trouvons transportée de Beire-la-Ville sur la place du Pontot ( Pont- Rouge actuel, ainsi appelé à cause de la peinture rouge qu'il reçut, il y a une trentaine d'années, circonstance qui lui enleva son véritable nom ), près de l'ancienne croix de la Charme, remplacée par celle que nous y avons fait ériger, il y a quelques années seulement.

Cette pièce nous apprend que , cinquante ans auparavant, l'église Saint-Laurent de Beire possédait une chapelle dédiée à sainte Anne , tombant en ruines, au commencement du seizième siècle ; elle appartenait aux seigneurs de la Chaume, qui la réparèrent depuis. C'est la sacristie actuelle de l'église de Beire-la- Ville, où l'on remarque encore, derrière le meuble, et à moitié cachée par la boiserie du chœur, une petite fenêtre ayant regard sur le maître-autel, laquelle est mentionnée par plusieurs témoins.

Il y est également fait mention d'un bois appelé le bois des Gouis, sujet d'une grande contestation entre les seigneurs de Beire et de la Chaume. Il a complètement disparu, mais l'année dernière, lors des défoncements pratiqués, non loin du château, pour l'établissement des nouvelles houblonnières de M. Lenoir, on retrouvait encore les racines- des anciens chênes, disparus depuis deux siècles au moins. (Voir, au château de Beire, le volume d'informations ayant servi au terrier dressé par Jean Glopin.)

VII. — Passage des troupes du géne'ral Gallas. — L'e'glise de Beire brûlée.

Il y a tout lieu de présumer qu à l'époque de la guerre entre les deux Bourgognes, sous le règne de Louis XIII, l'église de Beire-la-Ville, sa nef au moins, dut être brûlée par les troupes du général Gallas, dans les journées des 7 et 8 novembre 1636, lors de sa retraite honteuse du siège de Saint-Jeande-Losne. Nous sommes autorisé à le croire, d'après la teneur du procès-verbal que dressa, au mois d'octobre '1644, à la suite de la victoire de Rocroy, Jacques Comeau, élu des Etats de Bourgogne, pour constater dans quel état se trouvait alors le lieu de Beire-la-Ville. « Nous avons recogneu, dit-il, que le dict lieu a esté entièrement bruslé, à la réserve de la maison du curé, et de deux autres grandes maisons, qui sont du costé de Beyre-le-Ghasteau, mais ils commencent àserestablir sur des fourches dans les vieilles ruisnes du "village» (I). Nous avons déjà observé qu'en 1734 le chœur et le clocher de cette église furent restaurés par les moines de Bèze. Mais il est à présumer que la nef l'avait été avant ce temps.

Courtépée (2) y avait remarqué les épitaphes de Guy de Proigny (Prangey), sire de Beire, 1316 ; de Jehan de Proigny, 1330; d'Aglantine de Courti-

(!) Rossignol, Bailliage de Dijon, p. 98. (2) Vol. II, p. 164.

vron, dame de Beii-e, 1352 ; de Richard de Cromary, 1336; de Pierrette d'Ache, femme de Guillaume de Villers, seigneur de Boncourt-le-Bois, 1525; d'Anne de Saulx, femme de Philibert de Drée, 1573.

Lors de l'établissement de la sacristie, qu'on transporta, en 1822, dans la chapelle des anciens seigneurs de la Chaume, on trouva, cachée sous terre, une tombe de sept pieds de long avec l'empreinte d'un chevalier armé de toutes pièces portant écu. L'inscription relevée par M. Charles de Vesvrotte, maire de Beire, insérée dans la géographie de Girault, de Saint-Fargeau, était celle-ci : « Richard de Marcarty, sire Beire, qui trépassa l'an MCCCXXXIV. » Un fragment de cette tombe aurait été déposé à la mairie de Beire, qui ne le possède plus. Mais, comme cette pierre tumulaire avait été mutilée, et que son inscription devait être assez difficile à déchiffrer, nous sommes tenté de croire que Richard de Marcarty n'était pas autre que Richard de Cromary. A cette date, au reste, le curé de Beire s'appelait, comme nous le démontrerons plus tard, Guillaume de Cromari.

Toutes ces tombes signalées par Tabbé Courtépée, ont été déplacées, sous l'administration de M. Charles de Vesrvotte ; nous n'avons plus retrouvé que celles de Guy et de Jean de Prangey. L'inscription de la seconde est usée et illisible. Quant à la première, on y distingue encore facilement ces mots : « cy gist messires Guis de Proingi, qui fut sires de Bère, qui trespassa Van... bonne merci U face-amen. » — Un fragment d'une

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J.de Boisaieu dcl, et sculp

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Fragment de la Tombe DE GUY DE PRANGEY.SIRE DE BEIRE

d'après Je dessin pris àl'E^jlise du Petit Beire piw L"- Bowiruiias

autre tombe porte également, bien lisibles, ces quatre mots : de Boncourt-le-Bois.

Les autres pierres tumulaires, y compris celle de M. Malpoy, inhumé dans l'église de Beire le 24 juillet 1724, ont complètement disparu, à moins qu'elles ne soient cachées sous le plancher des bancs. — Aglantine de Courtivron, qui avait épousé un seigneur de Beire, mourut l'an 1352^ et fut inhumée en l'église paroissiale Saint-Laurent, devant la chapelle de la Sainte-Vierge. — Sur sa tombe on avait gravé cette inscription : Cy gît madame Aglantmc de Courtivron, Dame de Bère, qui trcspassa le mardi devant la Saint-Martin driver, Van MCCCLII. Priez que Dieu ait Vâme. Amen » (1). Cette tombe a également disparu.

En retour, nous avons retrouvé la pierre tumulaire d'un de nos vénérés prédécesseurs, Philibert Morelot, « bachelier es sainds décrets. » Le millésime en ayant disparu, on ne peut lui assigner aucune date précise. Mais le décès de ce prêtre a nécessairement précédé l'année 1628, car depuis cette époque nous avons la liste régulière des curés de Beire, où ne figure pas le nom de messire Philibert Morelot. Il reste néanmoins assez de l'ancienne inscription de cette pierre, pour nous faire comprendre que ce prêtre avait été curé de Beire, et qu'il avait dû établir, dans l'église de ce lieu, une fondation pieuse pour le repos de son âme, fondation rappelée au reste par une note de messire Claude

(1) DoM Plancher, vol. II, p. 43s.

"0 ÉGLISE SAINT-LAUHENT DE BEIUE

Gomard, probablement son successeur, qui ouvrit, en 1G28, les registres de catliolicité, actuellement déposés à la mairie, et qui ne furent pas brûlés lors de l'incendie de 1030, le presbytère étant resté intact.

Le 20 mars 1805, ainsi qu'il conste par un procès-verbal que nous avons rédigé ce jour-là, et qu'on trouvera à la troisième page du registre des actes de la fabrique de Beire, l'honorable M. Benoist, conseiller à la Cour d'appel de Dijon, nous lit la remise de deux anciens registres ayant appartenu à l'église Saint-Laurent. Il venait de les trouver dans les papiers de M. Nicolas Larché, ancien avoué, qui les, tenait de son père, connu plus spécialement sous le nom de CouUche (Nicolas), que lui donnaient les habitants. Ce dernier avait été commissaire du Directoire exécutif près Tadministration municipale du canton de Val- JuUen (Saint-Julien-sur-Norges). C'est à ce titre que Nicolas Larché, plein de zèle pour le nouvel état de choses qu'il devait renier plus tard, présida au dépouillement de nos églises, et retint, sans plus de façon, les registres de la fabrique de Beire.

Nous ne dirons rien des scènes regrettables qui se passèrent alors : les larmes de Jérémie ne sufliraient pas à pleurer toutes les impiétés dont certains hommes se sont rendus coupables en ces tristes jours. — Ils ont paru devant Dieu qui les a jugés. Nous ne pouvons maintenant que les plaindre. Puissent les excès qu'ils ont commis préserver leurs descendants des funestes erreurs dans lesquelles ils

sont tombés!.,. Régulièrement ces registres auraient dû être versés au dépôt des archives départementales, mais Nicolas Larché avait bien d'autres soucis...

Quoiqu'il en soit, d'un inventaire qui figure en tête du premier de ces registres, ouvert par l'abbé Grillot et annoté ensuite par l'abbé Semetier, il résulte qu'il y avait dans l'église de Beire-la-Ville : outre le maître-autel, celui de la Croix, celui de Saint-Jean et celui de Saint-Nicolas. D'autre part, Dom Plancher nous apprend que, le mardi avant la Saint-i\Iartin d'hiver de l'an 1352, Aglantine de Gourtivron fut inhumée dans la chapelle de la Sainte- Vierge. Enfin, un arrêt de la Cour(l), rendu en la Tournelle à Dijon, le 17 juin 1574, entre Guillaume de Drée, seigneur de Beire, et André de Baissey, seigneur de la Chaume, nous donne la certitude qu'il y avait également, dans l'église de Beire, une chapeUe dédiée à Sainte-A.nne dont nous avons déjà fait mention. — Elle fut, entre ces deux seigneurs , celui de Beire l'ayant fait tendre de noir le jour des obsèques d'Anne de Saulx, sa mère, l'objet d'une longue contestation, qui recommença 150 ans plus tard, entre Jean Bernard de Sassenay, seigneur de la Chaume, et dame Josèphe Vestu, dame de Beire, à l'occasion de la sépulture du trésorier André Malpoy, son mari, pour laquelle sépulture elle avait également fait tendre de noir ladite chapelle de Sainte-Anne.

(1) Archives du château de Beire, lerrier de 1723, fol. 122 et suiv.

72 ÉGLISK SAINT-LAUIŒNT DE liVAWV:

Lorsque, le 1" juillet 1855, nous avons pris possession de la cure de Beire, nous n'avons plus retrouvé que trois autels dans l'église de cette paroisse : le maitre-autel, celui de Saint- Jean et celui de la Sainte-Vierge. Une statue de Sainte-Philomène avait été récemment placée sur l'autel de Saint-Jean. — Quant aux autels de la Croix, de Sainte -Anne "et de Saint-Nicolas, nous n'en avons découvert aucune trace. Un vieillard cependant, presque centenaire, François Ménétrier, nous a dit que l'autel de Saint-Nicolas avait sa place dans la chapelle des de Sassenay, qui était l'ancienne chapelle de Sainte-Anne, dont il est si fréquemment parlé dans l'information de 1568 (sacristie actuelle).

Si nous avons donné tous ces derniers détails, c'est que nous avons pensé qu'ils intéresseraient les habitants de Beire. En rappelant les traditions religieuses de cette paroisse , nous avons voulu indiquer la marche qu'il y aurait à suivre pour les reconstituer dans la nouvelle église Saint- Laurent. Cette tâche semblait nous incomber personnellement; d'ailleurs les circonstances que nous avons rappelées au commencement de ce volume nous avaient mis sous la main de nombreux documents ignorés jusque-là; d'autre part, comme nous avions concouru, autant qu'il avait été en notre pouvoir, au nouvel état de choses, nous devions ces respectueux souvenirs à l'église de Beirela-Ville. Pourrait-on nous en vouloir de l'avoir abandonnée, puisque nous mettons tous nos efforts à la faire revivre dans celle de Beirc-le-Chàtel !...

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