‹ Beire-le-Chatel et ses anciens fiefsChapitre 11 sur 174 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Eglise Saint-Laurent de Beire. — Ses premières origines écrites.

Les deux titres que nous avons résumés dans ]e chapitre précédent, savoir : la relation historique de la fondation du monastère de Bèze rédigée par le moine Jean, et l'ordonnance royale du mois d'août 658, établissent, sans qu'il y ait lieu à la moindre réplique, que le village de Beire-le-Châtel, Beria, existait certainement, au moins comme agglomération civile, dès le commencement du septième siècle. Il nous reste maintenant à rechercher et à établir ses origines au point de vue religieux ou paroissial, et c'est de son église qu'il nous faut tout naturellement parler.

Si formelle et si précise qu'ait été l'ordonnance du roi Clotaire, et bien que, par une nouvelle ordonnance, datée du quinzième jour des Calendes de septembre de l'an 660 (1), il ait commis le bienheureux Gengulfe à l'effet de veiller, en qualité d'avocat, aux intérêts matériels du monastère, il advint

(1) MiGNE, P«^/-o/., vol. CLXII, p. 869.

et ce fut cas de force majeure, qu'il fut pillé par les Sarrasins entrés en France, l'an 732, sous la conduite d'Abdérame, 72 ans seulement après la dernière des deux ordonnances royales. — Vingt ans plus tard c( 0 nefas ! », s'écrie le moine Jean (1), chose triste à dire, le pieux monastère devint même la résidence d'une femme nommée Angla, nomine Ancjla (que M. Victor Demay appelle tout simplement une Anglaise!) épouse d'un certainThéodard, et dont s'était follement épris Rémi, frère de Pépinle-Bref, lequel Rémi avait reçu de ce dernier plusieurs biens de l'évêché deLangres, parmi lesquels se trouvait l'abbaye deBèze, où il avait installé l'objet de son aveugle passion. — Pendant le séjour d'Angla au monastère, tous les religieux valides le désertèrent pour se retirera Luxeuil, où l'abbé Waldalène avait été formé à la vie monastique, par les soins et sous la règle de saint Colomban. — La Chronique de Bèze nous apprend, toutefois, que cette femme dépravée se convertit d'une façon éclatante, et qu'elle devint plus tard, dans la mesure de son pouvoir, la bienfaitrice de l'abbaye qu'elle avait déshonorée et désolée par ses désordres, mais où elle avait retrouvé, au contact des vertus et sous la direction des vieux moines, le calme et la paix de l'âme.

A la retraite de Rémi, le monastère de Bèze étant rentré sous la juridiction des évoques de Langres,

(1) M:gnk, Vahol., vol. CLXll, p. S7t et p, 887.

ses légitimes possesseurs, ils se contentèrent d'y installer des chanoines réguliers, et on peut dire que cette abbaye, veuve de ses anciens religieux, fut languissante jusqu'à la seconde année de Louisle-Débonnaire, où la garde en fut confiée par ce prince à Betto, évêque de Langres, qui s'occupa toutefois plus spécialement des intérêts matériels du monastère, dont il fit juridiquement reconnaître les limites, ainsi qu'il conste par le procès-verbal d'une assemblée publique « rnallum » , tenue à Montigny-sur-Vingeanne, le premier mercredi du mois de mai, seconde année du règne de Louis-le-Débonnaire, roi et empereur « rege et imperatore », 815 (1).

C'est grâce au rétablissement de l'ordre spirituel et matériel dans l'abbaye-de Bèze, par un saint et pieux évêque, successeur de Betto, que nous allons parcourir le premier monument écrit, où il soit fait mention expresse et formelle de l'église Saint-Laurent de Beire, dont le nom va figurer dans une ordonnance royale de l'an 830, Mais, avant de résumer cette pièce , qu'il serait trop long de transcrire intégralement ici, nous allons, pour un instant, céder laparole à l'abbé Mangin, auteur de V Histoire du diocèse de Langres, en observant qu'il a fidèlement traduit la Chronique de Bèze à-àns la relation qu'il nous a faite du rétablissement de l'ordre et de la discipline parmi les religieux du monastère de Bèze. Ecoutons maintenant sa narration :

(1) MiGNE, PatroL, vol. CLXU, p. S72,

48 ÉGLISE SAl.NT-LAUUENT DE BEIUE

(( Albéric, évêque de Langres, nous dit cet historien, étant un jour à Bèze, fut pris d'une violente colique qui le tourmentait si cruellement, que tous les secours de la médecine ne purent seulement adoucir son mal un instant. N'y voyant aucun remède, il commença à désespérer et à se préparer à la mort. Tous ceux de sa suite, plongés dans la plus grande consternation, n'attendaient plus que le moment de son trépas. S'étant un peu endormi, il vit en songe un vieillard respectable qui lui demanda quelle récompense il donnerait à celui qui lui obtiendrait du Seigneur non seulement la guérison, mais de longs jours. Il lui répondit qu'il lui donnerait tout ce qu'il pourrait et tout ce qu'on lui demanderait. Alors ce vieillard lui dit : « Ce monastère ayant été dédié sous mon nom et celui de mon . frère Paul, fut habité autrefois par de bons religieux ; présentement il est, comme vous le voyez, dans la désolation. Promettez-moi donc de rétablir cette maison et d'y remettre la discipline monastique. Albéric le lui promit, et aussitôt sa douleur cessa » (i). Cette relation de l'abbé Mangin n'est, au reste, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, que la traduction fidèle de \i\Chro7iique de Bèze (2). Sans plus tarder, le pieux évêque répara le monastère entier, y rassembla des religieux qu'il avait tirés de différentes abbayes, et leur donna pour abbé Séraphin, dont le nom figure dans la nouvelle

(I) Histoire du Diocèse de Langres, \o\. I, p. 307. (9) Mir.NK, Patrol.,\o\. GLXll, p. 873.

ordonnance royale que nous allons résumer à l'instant. Il restitua à celte maison religieuse qui, jusque là, avait été traversée par les plus pénibles épreuves, tous les biens qui lui avaient jadis appartenu. Et, de l'avis d'un concile provincial présidé par Agobard, archevêque de Lyon, ainsi que du consentement du clergé et de la noblesse de son diocèse, il se démit, en faveur du monastère de Bèze, de nombreux bénéfices appartenant à son évêché.

Mais craignant, ainsi que l'expérience ne l'avait que trop souvent démontré jusque là, que ses dons ne fussent, comme ceux d'Amalgaire, caducs et sans résultat, il s'adressa à Louis-le-Débonnaire et il en obtint une ordonnance, à l'effet de rendre inattaquables les dispositions qu'il venait de prendre relativement à la réédificalion de l'abbaye. Voici cette pièce, avec son préambule et le résumé substantiel de ce qui peut intéresser la commune de Beire, ainsi que plusieurs localités du voisinage :

« Au nom du Seigneur notre Dieu, et de Jésus- Christ notre Sauveur, Louis et Lothaire, par la disposition de la divine Providence, empereurs augustes, — Sachant que, si nous écoutons favorablement et par amour du culte divin, les justes et raisonnables requêtes des pieux serviteurs de Dieu, nous attirons sur nous les grâces célestes, Nous voulons, en conséquence, qu'il soit porté à la connaissance de tous nos fidèles sujets, présents et à venir, que vénérable homme Albéiic, évêque de Langres, a suggéré à notre mansuétude : que certaine abbaye appelée la Fontaine de Bèze, jadis habitée par de saints mo'ines, ayant été, en ces der-

50 ÉGMSE SAINT-I.ADRENT DE BEIRE

niers temps, presque entièrement détruite, fut par lui relevée de ses ruines et repeuplée de religieux ayant à leur tête l'abbé Séraphin ; que non seulement il lui rendit ses anciennes possessions ; mais que, de l'avis du concile de sa province et du consentement du clergé de son diocèse, ainsi que de l'assentiment d'un grand nombre de laïques de distinction, il lui céda plusieurs bénéfices de son propre éveché, dont la charte qui en fut dressée dans les conditions sus-relatées, et qu'il soumit à notre sanction souveraine, comprend les noms qui suivent, savoir : Pouilly avec ses dépendances ; le village de Belleneuve avec ses dépendances; Arçon avec ses dépendances ; en outre l'église qui est à Belleneuve sous le vocable de saint Etienne; l'église de Drambon avec ses dépendances; Lamblin avec son église et tout ce qui en dépend; Trochères avec son église et toutes ses dépendances ; l'église de Saint-Seine avec ses dépendances ; celle de Mornay avec tout ce qui en dépend ; l'église qui est au val de Yéronnes, sous le vocable de saint Maurice ; l'église Saint-Laurent de Beire avec toutes ses dépendances; (( ecclesiam de villa Beria, in honore sancli Laurcntii, cum omnibns appcnditiis suis » àFixin, une grande quantité de vignes, de prés et de champs, avec des serviteurs et des servantes pour les cultiver; enfin, des vignes sur les territoires de Fixin et de j\Iarsannay (1) ».

Après que Louis-le-Débonnairo et son fils Lo-

(I) MiGNE, l'olro/., vol. CLXII, p. 87'i.

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