‹ Beire-le-Chatel et ses anciens fiefsChapitre 129 sur 174 · Nicolas Couchot mourut le 28'' de ce mois · texte numérisé non relu

Nicolas Couchot mourut le 28'' de ce mois

88. 89, 90, 91. —Le même jour moururent Jehan et Claude Bonnet, lils de François Bonnet ; Bernard, hls de Laurent Monnet; et Jehanne, fdle de défunt François Maignien.

02, 93. —Claude Monnet, laboureur, et***, épouse de défunt Jehan Monnet, moururent le 29» de ce mois.

(Ici se trouve un blanc pouvant servir à l'enregistrement de trois décès.)

94. — Claudine Parcheminey, veuve de défunt Ruzeau, mourut le 17^ de ce mois .

(Ici se trouve un nouveau blanc pour un décès.)

95, 90. — Claude Poirel, laboureur du lieu deBère, et BernardeRougette moururent le '21* de ce mois.

En cet endroit s'arrêtent, avec un blanc pouvant suffire à l'enregistrement de dix décès, les registres de catholicité de la paroisse de Beire, pour l'année 1636. Peu de communes, pensons-nous, les ont conservés, tant le fléau fut terrible. — Huit décès furent encore enregistrés, pendant le mois de janvier 1637 : c'était la peste qui emportait ces dernières victimes. — Il n'y en eut que quinze pour l'année entière.

On peut donc affirmer, sans exagération, que la peste apportée par les soldats de la Suède enleva au moins cent trente-trois persoimes à la paroisse de Beire, du 1" octobre au 25 décembre 1636, en moins de trois mois! — Dans ce chiffre nous comprenons cependant les sept massacres commis, sixpar nos alliés et un par nos ennemis. Ce nombre, d'ailleurs, ne doit pas paraître extraordinaire, quand M. Rossignol nous apprend, ^par les procès-verbaux de la visite des feux du bailliage de Dijon, qu'en cette terrible année 1636, Gémeaux perdit plus]de 700 habitants de la peste suédoise, Is-sur-Tille plus de

800 et Selongey 2,800!... Jamais, au reste, cette dernière ville ne s'en est relevée.

Il est donc bien certain, d'après nos registres de catholicité, que la peste et les massacres signalèrent le passage des armées impériales dans le village de Beire ; ajoutons que l'incendie acheva de le ruiner.

En eiïet, Vesvrotte a été brûlé le l"" septembre, ainsi que nous l'apprend le manuscrit de l'abbé Desclumes (1). — Beire-la-Ville le fut également, sous la réserve de la maison du curé et de deux autres habitations situées à l'extrémité nord de ce village. (C'est peut-être à cela, d'ailleurs, que nous devons la conservation de nos registres paroissiaux.) — Beire-le-Châtel souffrit moins. — Quant à la Chaume, dont les murailles et les fossés avaient été restaurés un demi -siècle auparavant par le sire de Tart, il est probable qu'elle fat complètement épargnée. — Nous inclinons à croire que Beire-le-Chàtel, s'il souffrit moins que Beire-la- Ville, dut cette faveur à la garnison enfermée dans sa maison forte.

Qu'il y ait eu garnison au château de Beire, cela nous semble établi par les" deux actes de décès, enregistrés plus haut, sous les n"* 81 et 84. — On nous objectera que les deux soldats, dont il est fait mention dans ces notes obituaires, pouvaient bien avoir été recueillis là après la retraite des Impériaux , comme dans un hospice ou infirme-

'1) Page 9..

QUI SE SONT l'ASSÉS DANS LA COMMUNE DE BEI RE 385

rie. — Nous répondrons à cela que, dès le mois de juin 1632, il y avait déjà garnison dans la maison forte deBeire. — Voici, en effet, ce qu'à cette date écrit messire Claude Gomard : « Petrus Mathey, manens in castello de Bère, occisus suis a militibus 19*' hujus mensis (1632) et in nostro cœmeterio fuit inhumatus. — Pierre Mathey , demeurant au château de Bère , tué par ses soldats le 19 de ce mois (selon la disposition des registres, c'était le 19 juin 1632), fut inhumé dans notre cimetière. » — Enfin, citons un second acte qui semble parfaitement corroborer ce que nous venons de dire : « Anno 1650, janvier. Le douziesme du susd. mois de janvier 1650, a esté baptisée parmoy prestre, curé au susd. lieu, Anne, fille de Nicolas Thomas, manouvrier, et de Jeanne Deschamps, ses père et mère. Le parrain a esté Estienne, filz de Hélie Deschamps, manouvrier; et la marraine Anne, fille de M. Claude Rapinot, capitaine ati chasteau du s\isd. Bère, tous du susd. lieu. »

Il nous reste maintenant à établir que Beire fut incendié par les Impériaux, et cela découlera de ce qui va suivre : On sait qu'après la retraite du général Gallas, la guerre ne fut malheureusement pas terminée, et que les hostilités continuèrent encore pendant une douzaine d'années, entre les Bourguignons et les Francs-Comtois, jusqu'à la paix de Munster (1648).

Après la bataille de Rocroi (19 mai 1643), où le prince de Condé, alors duc d'Enghien, défit les Espagnols, il y eut un temps d'arrêt. — Les élus

aux Etats de Bourgogne, administrateurs de la province, s'empressèrent de saisir cette occasion, et, le 23 juin 16i3, ils écrivirent à ce prince, pour lui faire connaître la situation du pays, demandant qu'il y eût une répartition de l'impôt plus en rapport avec la fortune amoindrie de la Bourgogne. — Louis XIV autorisa l'enquête sollicitée parles élus, et, le 10 septembre de la même année, les représentants du pays se le partagèrent pour le visiter de village en village, « de pot en pot, » comme nous l'apprennent leurs procès-verbaux.

Jacques Comeau, lieutenant général criminel ez bailliage et chancellerie de Dijon, élu des Etats de Bourgogne pour le tiers état, commença sa tournée le 16 septembre 1644, accompagné du praticien François Aubert, qui remplit auprès de lui les fonctions de greftier (1). — Cette visite se fit avec une attention toute particulière, et les divers procès-verbaux (|ui en furent dressés doivent être tenus pour documents très sérieux. — Nous allons donc les transirire ici, afin d'indiquer l'état précis de Beire à cette époque, et pour établir que ce village, ruiné d'abord parla peste et la guerre, le fut encore par l'incendie que nous attribuons à l'armée de Gallas, et non aux multiples excursions des Francs-Comtois dans nos contrées.

Trois procès-verbaux furent rédigés par François Aubert, greffier de Jacques Comeau : Le premier concerne Beire-la-Ville , le second a trait à

(I) Rossignol, Bdillinge de Dijon, p. 7.

Beire-le-Châtel, et le troisième se rapporte à Vesvrotle. — Nous allons les transcrire en suivant l'ordre que nous venons d'indiquer :

Procès-verbal, en 1G44, de la visite de Beirel'Eglise. — « En 1G44. Ils se rebâtissent sur des fourches. — Ledict jour (probablement le 15 octobre 1644), à Beire-l'Eglise, parlant à Nicolas Monnet, lung des échevins de la comraunaulté, nous a esté dict que les roolles sont à Beire-le-Cliasteau, entre les mains du greffier de Noiron (alors Jean Cariet). Et lui ayant ordonné de nous y conduire, il a dict qu'il avait autre chose à faire, battant toute la journée à la grange.

(( Et estant allé dans la maison d'un nommé Laurent aussy eschevin, nous ne l'avons rencontré, ni aultre dans le village qui ail voulu dire Testât de la communaulté. Par quoy n'avons faict visite. Néantmoings avons recogneu que ledict lieu a esté entièrement bruslé, à la réserve de la maison du curé et de deux autres grandes maisons, qui sont du costé de Beyre-le-Chasteau; mais ilz commencent à se restablir sur des fourches dans les vieilles ruisnes du village. »

2o Procès-verbal de la visite, en 1644, de Beirele-Châtel : — « En 1644, il y a 44 personnes dont 12 vesves. — De là (de Beire -la-Ville), sommes allésà Beyre-le-Chasteau. Nous nous sommes adressés à la maison du greffier de Noiron, lequel s'est trouvé absent; et ayant parlé à quelques habitants, aucuns n'ont voulu dire ny leur nom, ny qui estaient les eschevins, ni faire aucune réponse raisonnable. Et estant allé au chasteau pour parler à Tadmodia-

388 ÉVÉNEMENTS EXTIUORDINAIKES

leur, nous ne l'avons pareillement rencontré, mais seulementquelques païsans qui battaientàla grange. Auxquelz ayant faict entendre le subject de nostre commission, nous ont dict qu'ilz estaient rentiers du sieur Tizerant, seigneur dudict lieu, ne payaient aucuns tailles et ne se souciaient de ce que nous disions.

« Ainsi n'avons autrement visité ledictlieu, sinon que nous avons recogneu qu'il y a plusieurs maisons bruslées. Mais depuis, ledict greffier nous a représenté des roolles de la taille de 1G43 et 44, et avons recogneu 44 personnes imposées, y compris douze vesves, paiant 372 livres. Les plus imposés paient 28 livres, les moins i5 solz. »

30 Procès-verbal de la visite, en 1644, du hameau de Vesvrotte : — cf En 1644 : habitations, 5. — Nous sommes allé au village de Vesvrotte, où estant, avons faict venir pardevant nous Claude Chabœuf, collecteur de la taille dudict lieu, qui nous a dict que Claude Raillard, procureur de la communaulté dudict lieu, n'y estait. Ayant demandé les roolles des tailles, nous a représenté deux de la présente année, danslesquelz sont compris vingtcinq personnes, entre lesquelz il y a quatre femmes vesves, et nous a esté dict que la plus grande partie des dénommés, qui s'estaient retirés auchasteau de Vesvrottes, sont, retournés aux villages circonvoisins, entre autres Jean et Claude Rude à Tanay ; tellement que le villige est desnué d'habitans et de maisons. Nous a aftlrmé le sieur Couillardet (Quillardet) qu'à Vesvrottes il n'y en a que quatre qui labourent : ce sont les rentiers de M. le conseiller

Sayve, seigneur dudict Vesvrottes, et qui demeurent mesme dans le chasteau, le reste sont pauvres manouvriers.

« Hz ont déclaré qu'ilz sont grandement endebtés envers ledict sieur Sayve de plus de 1,600 livres, auquel ils doibvent chacun trois corvées de cherrues, deux poulies et des cens en argent et en cire pour chacun feu.

« Et ayant esté conduictz par tout le village, de pot en pot, nous avons recogneu qu'il n'y a que cinq habitations, le reste ayant esté bruslé et ruyné ; et desdictes cinq maisons il y en a trois basties à neuf. Au surplus, avons recogneu le village estre en bonne scituation de terre, dont la plus grande partie est en friche. Il n'y a bois, prayrie, ni rivière ; ilz ont droict de champoy sur leurs voisins; ilz paient dixme de treize gerbes l'une, appartenant à M. de Bèze. Il y a four bannal appartenant à M. Sayve; ilz paient ving pains l'ung, et ilz vont au moulin à Bôyre. »

(A quel sentiment ou à quel mot d'ordre obéissaient alors les habitants de Beire, les seuls du bailliage de Dijon qui reçurent aussi cavalièrement l'élu aux Etats de Bourgogne? Nous l'ignorons. — Nous avons vécu pendant vingt ans au miheu de cette laborieuse population, et nous croyons que depuis les premières années du règne de Louis XIV elle n'a pas changé : le cas se présentant, elle s'affirmerait encore avec le même caractère d'union et d'indépendance. — Nous en faisons la remarque à son honneur, lui souhaitant de rester toujours unie dans la voie du bien : l'union est

excellente, mais l'indépendance offre parfois ses dangers.)

De ces trois procès-verbaux se dégagent les faits suivants, savoir : 1° Que Beire-la-Ville a été brûlé, sous la réserve de trois maisons ; 2° Que le château de Beire fut épargné avec la plus grande partie de Beire-le-Châtel; 3° enfin, que Vesvrotte fut également brûlée, sous la réserve de son château et de deux maisons. — Or, à qui doit-on attribuer ces incendies? Est-ce aux soldats de la Franche- Comté que les mémoires du temps nous disent s'être livrés, après l'année 1636, à de nombreuses excursions sur les marches de Bourgogne; qui firent tant de mal à Selongey en 1638, à Saint-Julien en 1641, où on les vit brûler « 360 chastz de granges, de maisons et estables? » (1) — Nous pensons qu'il convient de les faire remonter tous à Gallas, dont le nom terrible inspire encore l'effroi dans nos contrées : il est certain qu'il campa devant Beire, soit en allant à Saint-Jean-de-Losne, soit en revenant du siège de cette ville, ainsi que nous le démontrent les lignes qui suivent , empruntées au procès-verbal de la visite des feux de Brognon, par Jacques Comeau, du mois d'octobre 1644 : « Nous a paru que le village ( Brognon ) a esté grandement endommagé , la plus grande partie bruslée, ce qu'il (Jean Lefoulet) nous a dict avoir esté faict par V armée de Gallas, lorsqu'il campa devant Beyre\ et il y eut quatre - vingtz - chastz

(1) Rossignol, Bailliage de Dijon, p. 98 et suiv.

de maisons bruslées, dont procès-verbal fut dressé (1). »

Remarquons en outre que l'élu aux Etats de Bourgogne dit qu'en 1644 les habitants de Beirel'Eglise (( commencent à se restabiir sur des fourches , dans les vieilles ruisnes du village. » — Enfin, ajoutons, selon Béguillet (2), qu'après une résistance des plus héroïques, Mirebeau ayant été forcé d'ouvrir les portes de son château aux troupes impériales, le vendredi matin 24 octobre 1636, « ce jour même, le gros de l'armée conduit par Gallas, se mit en marche du côté de Spoy (3). » Béguillet a copié ici le manuscrit de l'abbé Desclumes, page 24, avec cette simple variante, que ce dernier nous montre le redoutable et farouche général se mettant en mouvement dès le 23. Mais nous préférons le récit de Béguillet que nous trouvons plus conformée nos registres paroissiaux, où nous voyons Guy Poirel massacré par les Croates, le 26 du même mois. — Si Gallas se fut mis en marche dès le 23 octobre, son armée aurait été certainement passée le 26, et le massacre de Guy Poirel s'expliquerait plus difficilement, à moins qu'il n'ait été tué par une patrouille faisant le service de la ligne d'occupation.

Si on suit le général Gallas, dans son mouvement de retraite commencé le 3 novembre à une heure du matin, voici ce que nous apprend l'abbé Desclumes,

(1) Rossignol, Bailliarje de Dijon, p. 9e. [t) Vol. II, p. C4.

(3) Id., p. 81.

392 ÉVÉNEMEISTS EXTRAORDINAIRES

que Béguillet, d'ailleurs, a copié textuellement, sous la réserve des événements de la journée du 9 du même mois qu'il attribue, sans doute par erreur de typographie ou conformité de noms, au bourg de Bèze , tandis qu'ils se sont passés dans la plaine de Beire, comme tout semble le prouver. — Au reste , le manuscrit de l'abbé , conservé à la bibliothèque de Dijon , et que nous avons confronté avec celui de M. Marc de Vesvrotte est en tout conforme à ce dernier. Or, on y lit ce qui suit : « On fit plusieurs détachements de l'armée, pour arrêter le dégât que faisaient sur la route les Cravates (nom donné à nos ennemis les Croates). Le comte Ludovic (général de cavalerie à la solde de l'Autriche), à la tête de quatre mille hommes, avait fait beaucoup de ravages dans tous les endroits où il avait passé; il fit mettre le feu dans le village d'Arc-sur-Tille, le château fut pillé et brûlé, tous les autres villages voisins furent traités de la même manière.

« Le colonel étant arrivé à Spoy, le 8* du même mois, trouva l'infanterie aux prises avec celle du duc de la Vallette, qui voulait rompre un pont sur les Tilles, où avaient déjà passé plusieurs régiments, et empêcher de passer le reste de l'armée. Ludovic l'eut bientôt dégagé ; il chargea les nôtres avec une vigueur extrême ; et, arrêtant leurs efforts, donna le loisir au reste de l'infanterie et aux bagages de passer, après quoi il passa lui-même avec ses Cravates.

« Les troupes qu'il avait laissées pour conserver la tête du pont furent alors vigoureusement chargées par celles du duc de la Vallette, ce qui obligea

QUr SE SONT PASSÉS DANS LA COMMUNE DE BEIHE 393

Ludovic à retourner l'épée à la main pour les dégager, mais il lui en coûta la vie avec cinquante des siens. Le lieutenant du colonel Forthas eut un cheval tué entre ses jambes ; un capitaine du régiment de Blancheroni fut fait prisonnier ; le reste prit la fuite en diligence. Le 9, le comte de Rantzau rencontra, près de Bère, les Cravates d'Isolani, qui avaient fait prisonnier le sieur de Chalange ; il leur donna la chasse, en tua plus de cent, et le sire de Chalange s'échappa pendant une charge qu'on fit sur eux. (C'était probablement Jean-Jérôme Tisserand, seigneur de Beire [1]. ) Le sieur de Villemeureux n'eut pas tant de bonheur, car, ayant été fait prisonnier par les mêmes Cravates, il lui en coûta cent dix pistoles pour sa rançon.

a Le même jour on entendit, sur midi, tirer cinq furieux coups de canon, dont on fut d'autant plus surpris, qu'on ne croyait pas qu'il y eût des troupes du côté d'où on les avait ouïs : on apprit sur le soir par des prisonniers que c'était cinq pièces embourbées, près d'Is-sur-Tille, que les ennemis avaient fait crever, en les chargeant jusqu'au renfort; ils abandonnèrent là même quarante chariots chargés de poudre, de plomb et de bombes et encore trois petites pièces de canon. Le tout fut amené d'Is-sur- Tille au château de Dijon (2), »

Il semble assez difficile, après tous ces détails.

(1) La liste de3 feux de 1656 lui donne le litre de sire de Chalanges, et on y voit qu'en 1636 le général Gallas avait fait le siège du château de Beire.

(î) Abbé Desclumes, p. 103 et suiv.

394 ÉVÉNEMENTS EXTUAORDINAFIŒS

de ne pas attribuer à Gallas les divers incendies constatés par les procès-verbaux de Jacques Cerneau. — Nous avons longuement parlé du passage de son armée : le souvenir en est resté vivace au sein de nos paisibles populations, qui ne furent jamais si éprouvées qu'en ces jours de funèbre mémoire.— Que Dieu nous préserve à tout jamais de semblables calamités et d'aussi terribles fléaux !

1650. — VIII. Troubles de la Fronde. — Engagement dans les champs bére'ens, entre le marquis de Tavannes et le comte du même nom, son neveu.

Pendant la minorité de Louis XIV, la France fut agitée, de 1648 à 1652, par des princes, des seigneurs et des membres de divers parlements opposés à la reine régente et à ses ministres, à la cour en un mot. — L'histoire les désigne sous le nom de frondeurs. — De part et d'autre on eut recours aux armes, et la Bourgogne qui avait suivi le parti de la Ligue avec entraînement, se jeta avec la même ardeur, pour soutenir le prince de Condé, son gouverneur général, dans les rangs de la résistance qu'on faisait alors à la cour. — Le jeune vainqueur de Rocroi, qui avait oflert à la ville de Dijon les trophées de sa victoire , fut d'abord très attaché à la cour. Puis, ayant fait une vigoureuse opposition au cardinal Mazarin, et s'étant vu, par suite de ce revirement, enfermer au château de Vincennes, il devint naturellement frondeur passionné. Ainsi en fut-il de sa province qui le suivit dans cette nouvelle voie.

Mais, tandis que le premier président Bouchu et le comte de Tavannes favorisaient le parti du prince

de Condé, pour lequel ils avaient une reconnaissance personnelle, le procureur général Antoine Millotet et le marquis de Tavannes, zélés royalistes, défendaient les intérêts de la cour avec une rare énergie. — Ils obtinrent qu'un régiment fût placé à Gémeaux, entre Langres et Dijon, dans le but d'empêcher la jonction des frondeurs de la Champagne et de la Bourgogne ; puis, le marquis donna rendez-vous à ses partisans de cette dernière province, dans les plaines d' Arc-sur Tille, afin de prévenir un coup de main que le comte, son neveu, voulait tenter sur Dijon. — C'est à cette occasion qu'ils en vinrent aux mains, près du village de Beire.

On croit généralement que cette escarmouche eut lieu entre Beire-la- Ville et Fouchange. Mais rien n'étant positivement démontré, disons que l'engagement en question peut tout aussi bien avoir eu lieu entre Beire-la- Ville et Beire-le Châtel, près du château : l'ancien seigneur avait été royaliste dévoué au temps de la Ligue, le nouveau pouvait bien avoir gardé les traditions de son prédécesseur. — En tout cas, ne voulant rien trancher de nous-même, relativement à cette escarmouche entre l'oncle et le neveu, nous allons simplement la raconter d'après les auteurs qui en ont donné la relation.

Voici d'abord ce que nous en apprend Dom Plancher, volume IV, page 658. — Observons que la disposition de son ouvrage nous autorise à attribuer le fait qui va suivre à l'année 1650 : — « Le marquis de Tavannes hasarda un combat proche le village de Beire, sur la rivière de Thil, contre le comte de Tavannes, son neveu, qui, avec sa troupe, soutenait

396 ÉVÉNEMENTS EXTRAOKUINAIRES

le parti de la Fronde, et cherchait à se rendre maître de Dijon. — A peine l'action fut-elle commencée que le régiment de Persan abandonna les royalistes, pour se joindre aux frondeurs qui devinrent les plus forts. Les bagages du marquis furent pris. Le comte, pour adoucir le chagrin que son oncle pouvait sentir de cet échec, les lui renvoya aussitôt : mais l'oncle qui regardait son neveu comme un traître à la patrie, le deshérita et se rendit sur le champ à Dijon, où, conjointement avec Millotet, il prit des mesures pour conserver la ville dans l'obéissance du roi. »

De son côté, sur le même fait, Boudot (1) a écrit ces hgnes : « Ce fut dans les champs héréens et sur les bords de la rivière de Tille, qu'en 1650 se livra un combat, entre le comte de Tavannes, l'un des généraux de la Fronde en Bourgogne, et le marquis de Tavannes, zélé royaliste. — Le comte de Tavannes vint de Paris pour être utile au prince de Condé, car outre le lustre qu'il tirait de sa naissance et de son courage, il était encore capitaine de la compagnie des ordonnances de ce prince et élu de Bourgogne. — Le marquis de Tavannes était un des lieutenans généraux de la province, ennemi du prince de Condé. Il amassa des troupes pour le roi ; elles étaient composées des volontaires de la noblesse, de la miUce du pays et des archers de la prévôté. Le comte de Tavannes rencontra ses troupes entre Genlis et Arc-sur-Tille ; le marquis

(1) Canlou (le Mirebeaii, p. 126 et suiv.

de Tavannes, ignorant la marche des troupes de Bellegarde et leur jonction avec celles de son neveu, donna ordre à ses troupes de se trouver, le 8 février, à Arc-sur-Tille ; elles y vinrent, en effet, en mauvais ordre ; l'oncle et le neveu se trouvèrent assez proche sans s'en douter. Le comte de Tavannes voulut aller voir sa mère à Arc-sur-Tille, elle ne voulut point le voir , obligé de continuer sa route, il fut averti, à unedemi-heue du village, que l'on voyait des troupes ; Tavannes résolut de battre les troupes de son oncle ; le marquis rangea ses troupes derrière une haie iiroche du village de Bère, dans un petit vallon proche la rivière de Tille, et se porta lui-même sur une éminence; le neveu fondit sur son oncle ; on se battit un quart d'heure, il y eii.t sept hommes tant tués que blessés ; le marquis y perdit ses équipages; le neveu racheta les chevaux de son oncle, tout ce qu'il put, et pour adoucir le chagrin que son oncle pouvait sentir de cet échec, les lui renvoya aussitôt ; mais l'oncle qui regardait son neveu comme un traître à la patrie, ne voulut rien recevoir, et jetta au feu le testament qu'il avait fait depuis longtemps en faveur de son neveu. » CourtépéC;, ou mieux Victor Dumay (vol. IV, page 659), parle tout à fait dans le même sens : « Sur le territoire de Beire, dit-il, près de la Tille, eut lieu, le 8 février 1650, un combat entre le com'te de Tavannes, l'un des généraux de la Fronde en Bourgogne, et le marquis de Tavannes, son oncle, zélé royaliste, qui, comme lieutenant général de la province, commandait une troupe composée des volontaires de la noblesse, des archers de la pré-

voté et des milices du pays. Le comte ayant été repoussé par sa mère qu'il était allé visiter à Arcsur-Tille, continua son chemin et fondit sur son oncle à qui, après un quart d'heure de mêlée, où il y eut sept hommes tant tués que blessés, il prit ses équipages. Pour l'apaiser, il voulut ensuite les lui renvoyer; mais le marquis, qui le regardait comme un traître, refusa de les recevoir, et déchira le testament qu'il avait anciennement fait en sa faveur.» On voit (vol. I, page 238) que cet engagement eut lieu près d'Arc-sur-Tille, le 28 février 1650; mais il nous semble assez difficile de détruire ce qui a été écrit plus haut. — Et d'ailleurs, plusieurs régiments étaient sous les ordres de l'oncle et du neveu : on peut donc bien supposer que Tarrièregarde du comte de Tavannes était encore près d'Arcelot, tandis que l'avant-garde était déjà engagée dans le voisinage, ou peut-être même dans le village de Beire. — Reste néanmoins une différence de date, qui peut s'expliquer par une erreur de copiste, comme il s'en rencontre tant.

Page 1