‹ Beire-le-Chatel et ses anciens fiefsChapitre 130 sur 174 · IX. 1688. — Ouragan du 1'' décembre · texte numérisé non relu

IX. 1688. — Ouragan du 1'' décembre

Nous en devons la connaissance à messire Pasquier Clément, qui en fait mention dans l'acte de sépulture de Barbe Piolet et de ses quatre enfants. — Cet ouragan eut lieu le 1°'" décembre 1688; il fut d'une telle violence, à Beire-la-Ville surtout, que la plupart des maisons en furent renversées, ainsi qu'une croix monumentale érigée sur le cimetière paroissial. — Une famille entière : Barbe Piolet, épouse de Jean Paillard, et ses quatre eulants furent

étouffés SOUS les décombres de leur maison, renversée par cet orage (1).

X. 1765. — Incendie considérdhle à Beire-la" Ville et à Beire-le-Chatel.

Nous n'avons aucun détail sur cet incendie, dont le souvenir s'est toutefois conservé dans le village. — Aucune pièce n'en fait mention ni à la mairie ni à la paroisse. — Voici la simple note qui lui fut consacrée par l'abbé Courtépée, qui écrivit son ouvrage sur la Bourgogne de 1774 à 1782, année de sa mort, et auquel il convient que nous ajoutions foi, attendu qu'il avait dû entendre parler de cet incendie par plusieurs témoins oculaires : « Ces villages (Beire-le-Ghâtel et Beire-la-Ville) ont essuyé un incendie considérable en 1765 » (2).

Cependant il nous semble assez difficile que ces deux fractions de la commune aient été incendiées en un seul jour : le terrier de Jean Rouhier, qui ne fut terminé qu'en 1734, ne relate la présence que de trois maisons, à droite et à gauche de la route, à partir du côté sud de la nouvelle église et de l'ancienne grange des dîmes jusqu'à l'habitation de M. de Broin, située à l'entrée de Beire-l'Eglise; — il est certain, en outre, d'après Courtépée lui-même, qu'il y avait « une distance de cinq à six cents pas » entre Beire-le-Châtel et Beire-la-Ville, ce qui n'eût pas permis à l'incendie de se communiquer d'un village à l'autre.— Nous supposons donc qu'ils furent

(t) Registres de catholicité.

(2) Vol. II, p. 164.

brûlés en l'année 4765, le témoignage de Courtépée ne permet pas d'en douter, mais en des jours différents.

En 1864, il y eut à Beire-la-Ville un nouvel incendie qui détruisit une partie des dépendances de la maison d'habitation de la veuve de Nicolas Monnet. Il eut lieu le dimanche avant l'ouverture des moissons, vers dix heures du soir. On l'attribua assez généralement à l'imprudence d'un fumeur, qui venait de passer sur la route. — Le voisinage de l'eau, une pluie torrentielle arrivée providentiellement, un temps très calme, l'empressement des habitants, aidèrent à le circonscrire. Et la perte qu'il occasionna ne s'éleva qu'à un millier de francs à peine, bien vite couverts par une souscription paroissiale. — Les anciens du village affirmèrent alors que c'était .le premier accident de ce genre dont ils étaient témoins.

XL — Invasions étrangères des années 1814-15, 1870-71.

Elles sont du domaine général de l'histoire qui les a enregistrées et jugées. Ce qui s'est passé " dans les diverses contrées occupées par l'ennemi s'est évidemment reproduit àBeire. — Nous avons été les tristes témoins de celle de 1870-71 : elle fit supporter à la commune une contribution de guerre s'élevant à la somme de 21 ,074 francs. — Une réquisition de ce chiffre était énorme pour le village de Beire : nous nous trouvions au lendemain des constructions de la nouvelle église et du presbytère ; ce dernier n'était pas encore complètement achevé;

la caisse municipale était à sec ; enfin, notre dette communale s'élevait à la somme de 80,000 francs ! — Pour se libérer de cette imposition de guerre, la commune eut recours aux moyens suprêmes : elle vendit une coupe de ses affouages et aliéna le pré de Carrefour.

Lors de l'invasion de 1814-1815 les armées d'occupation eurent également recours aux traditionnelles réquisitions, mais elles furent sans importance et la commune dut peu en souffrir. — Dans ses notes relatives à cette époque , M. Charles de Vesvrotte , alors maire de Beire , n'a relevé qu'un fait sans importance : M. l'abbé Richard, qui mourut pauvre, avait été l'ohjet d'un larcin commis par des soldats logés chez lui, mais le peu d'argent qui lui avait été pris lui fut rendu à Lux, où le maire avait fait parvenir ses plaintes au colonel du régiment.

L'occupation dernière, si humiliante qu'elle fût, n'a présenté que deux incidents sérieux, que nous voulons enregistrer ici :

1° Le 31 octobre 1870, lendemain de la prise de Dijon, qui se défendit vaillamment, mais trop tard, des habitants de Bèze et de Viévigne, emportés par cette déplorable idée qui nous montrait constamment la victoire là où nous n'avions que de tristes défaites à constater, se portèrent sur la rente des Carmes, entre Magny-Saint-Médard et Arc-sur- Tille, où ils blessèrent grièvement une des estafettes attachées à la personne du grand-duc de Bade. (Chaque citoyen, improvisé général, avait alors ses plans de campagne, et nos braves, blanchis sous le

40Î ÉVÉNEMENTS EXTnAOnDINAlRES

harnais militaire, n'étaient plus à leurs yeux que des traîtres à la patrie!... Cependant était-il possible à des hommes sérieux d'ignorer que Dijon venait de tomber au pouvoir de l'ennemi?...) — Le cavaUer, qui se rendit dans les formes, fut pris avec sa monture. Les illustres guerriers, regagnant leurs foyers, nous laissèrent l'un et l'autre : le cheval, afm de moins nous compromettre, fut envoyé aux francs-tireurs cantonnés dans la forêt de Velours; l'homme, mortellement blessé, nous resta. — Nous lui donnâmes à Beire, où il fut reçu dans la maison de Nicolas Gollaudin, les soins et l'hospitalité commandés par le droit des gens.

Mais le service d'espionnage était si bien fait dans l'armée prussienne, que nous ne fûmes pas peu surpris de rencontrer, le jour de la Toussaint, à l'issue de la messe paroissiale, quatre cavaliers venant réclamer leur blessé, qu'ils savaient déjà être entre nos mains. Nous le leur rendîmes avec enthousiasme, et reçûmes leurs remerciements dont nous fûmes médiocrement flattés. — Quelques jours après, en retour d'un devoir accompU, l'intendance badoise nous intimait l'ordre de lui porter, à Dijon : du sucre, du café, du tabac, du sel, etc. , que nous n'avions pas!... M. Arthur de Boissieu, que sa présence d'esprit et sa finesse n'abandonnèrent jamais, leur offrit un peu de foin qu'ils acceptèrent et beaucoup de houblon qu'ils refusèrent. — Ainsi fut terminé ce premier incident qui ne pouvait, d'ailleurs, nous compromettre.

2° Mais, dans la nuit du 25 au 26 novembre de la même année, une nouvelle maladresse fut commise

par un ancien soldat des compagnies de discipline que d'insensés discours avaient exalté. La brigade du général Keller (badois), qui nous semble avoir eu alors la mission d'explorer la Côte-d'Oren évitant Dijon, et qui venait de traverser Beire après avoir parcouru la plaine de Saint-Jean-de-Losne, était campée à Lux. Un service de patrouille se faisait, de deux heures en deux heures, d'Arc-sur- Tille à Lux. Que comprit notre homme à cette manœuvre? Que nous avions affaire à une armée en déroute!... Alors n'ayant personnellement rien ou peu de chose à risquer, il alla se poster à trois cents mètres du village, entre Beire-la-Ville et Fouchange, sous un groupe de sapins, attendit la patrouille, fit feu sur elle et blessa légèrement un des cavaliers dont elle se composait, nous exposant ainsi, sans défense, aux représailles d'une armée outragée, maîtresse absolue du pays et qui pouvait se livrer aux plus regrettables excès. — Il prit la fuite, laissant la paisible population de Beire dans une indescriptible consternation (1).

Le samedi 26, vers dix heures du matin^ du beffroi du clocher, nous aperçûmes, revenant sur ses pas, par la route de Lux, une compagnie au complet. Sans nul doute elle venait nous demander raison de ce coup de fusil si imprudemment et si sottement tiré. — La panique des beaux discoureurs de la veille était à son conible. Perdant la tête, ils voulaient qu'on livrât l'ancien discipli-

(1) Le 26 novembre, à neuf heures et demie du matin.

404 ÉVÉNEMENTS EXTRAOnDINAlRES

naire à l'ennemi. Ah 1 combien sont légers et peu sûrs certains patriotes d'occasion A l'instant le conseil municipal se rendit à son poste, se déclarant en permanence jusqu'à ce que nous fussions tirés de ce mauvais pas : il ne pouvait comprendre et exercer plus dignement son mandat. — Sur la motion du Passa?? i de la Gazette, Arthur de Boissieu, il fut décidé avant tout que l'imprudent ne serait point livré à l'ennemi, dût le feu être mis aux quatre coins du village : il y avait là pour nous une question d'honneur et de principe. — La foule, qui ne réfléchit pas toujours, trouvait néanmoins qu'on jouait gros jeu pour un aussi mince sujet, disait-elle. Mais le conseil municipal avait raison : y a-t-il rien de plus sublime que ces nobles paroles tombées des lèvres d'un royal prisonnier sous les murs de Pavie : « Tout est perdu, fors Vhonneur! »

La compagnie arriva et fit halte devant l'hôtel-deville. Ses chefs, qui avaient les allures propres à la circonstance et à la mission dont ils étaient chargés, nous tinrent ce raisonnement sommaire : « Vous devinez le motif qui nous amène ici : livrez-nous votre homme qui ne doit pas être la fine fleur de votre village : nous le fusillerons sur la place publique, ce sera l'affaire d'un instant ; sinon , payez une somme de quatre mille francs que nous avons ordre de rapporter à notre général : telle est notre

consigne;, et nous n'en sortirons pas — Allez

maintenant et délibérez. Mais en attendant nous avons faim et soif : vos caves et vos maisons sont à nous, veuillez nous en ouvrir les portes. — Nos estomacs vous sont connus, et, déjà vous avez dû

QUI SE SOXT PAS?ÉS DANS LA COMMUNE DE BEfRE 405

l'apprendre, tout bon Germain se fait un devoir de consacrer deux heures à son déjeuner : ainsi allonsnous faire. Si, au bout de ce temps, vous ne nous avez pas donné satisfaction, nous avons une seconde consigne, à laquelle vous nous trouverez fidèles : nous nous emparerons de vos bestiaux jusqu'à concurrence de l'amende que nos lois martiales viennent de vous infliger. » Juges et partie, ils eussent, dans ce dernier cas, dévasté nos étables, que nous devions préserver à tout prix.

Pendant que les fils de la Germanie, attablés dans nos maisons, un seul buvant et mangeant comme dix d'entre nous, nos édiles et les propriétaires les plus imposés délibérèrent en commun, avec M. Bornier, maire d'Arceau, et M. Voiret, propriétaire à . Fouchaniie. Chacun déliant généreusement les cordons de sa bourse, la somme demandée fut bientôt trouvée et déposée entre les mains d'une commission, chargée de la porter elle même au général Relier, avec l'ordre secret d'en laisser le moins possible entre ses mains. Cette commission était composée : de M. Delacre , maire de Beire;'de M. Bornier, maire d'Arceau; de M. Arthur de Boissieu; de madame la baronne de Boissieu; de M. Jourdeuil, ancien maire de Beire et de l'auteur de cette relation.

Arrivés à Lux, par une pluie battante et dans l'obscurité la plus complète, nous fûmes introduits au château où se trouvaient le général et son étatmajor. C'est Là que notre difficulté fut réglée et que, grâce à madame de Boissieu, qui nous servit d'interprète, le général consentit à nous faire la remise de trois mille francs. Ce qui restait dû de l'amende

primitive fut mis, par égales portions, à la charge des communes de Beire et d'Arceau, attendu que le coup do fusil avait été tiré sur la ligne môme qui sépare ces deux communes.

ÉVÉNEMENTS EXTR\ORDINAI[ŒS QUI, SELON DE GRANDES PaOBABIUTÉS, ONT DU SE PASSER A BEIRE

C'est encore au chroniqueur de l'abbaye deBèze, au moine Jean, que nous devons depouvoir enregistrer, comme très probablementaccomplis à Beire, les événements dont nous allons maintenant parler.

Racontant les diverses épreuves que son monastère eut à traverser, ce moine nous apprend qu'il fut tour à tour détruit par les Vandales, les Sarrasins, les Normands et les Hongrois. — Quant à la première de ces invasions, dont il ne nous a pas donné la date, il ne nous en fait connaître aucun détail. — Selon l'ordre gardé dans son recueil, elle aurait eu lieu soit vers la fin du VIP siècle, soit au commencement du VHP. — (les barbares ne devaient pas être des Vandales proprement di(?, mais des envahisseurs quelconques que leur vandalisme fit appeler ainsi. Nous n'en dirons rien à cause des détails qui nous manquent complètement. Toutefois, s'ils ravagèrent l'abbaye de Bèze, il est peu probable qu'ils aient épargné les comrannes du voisinage.

Page 1