IV. — Passarje du pape Pasclial II à Bcire
On sait qu'il vint en France, afin de pouvoir y régler la question des investitures, qu'il craignait de ne pouvoir traiter librement en Allemagne. Son voyage se lit à la fin de 1105 ou au commencement de 1106. — Arrivé à Dijon, au mois de février, il y consacra, le 26, l'église bâtie par le bienheureux Guillaume, abbé de Saint-Bénigne, et que ce dernier avait déjà fait bénir par Lambert, évêque de Langres, dès le 3 novembre 1016.
C'est sans doute à la suite de cette cérémonie, malgré la petite divergence de date contenue dans le recueil du moine Jean, qu'à la prière de l'évêque Robert et de l'abbé Etienne, le souverain pontife alla de Dijon visiter l'abbaye de Bèze, en traversant le village de Beire : le lecteur n'a point oublié que les habitants de Béze n'avaient pas de chemin plus direct pour se rendre à Dijon, et qu'en 1259, ils se rédimèrent d'un droit de péage, que Robert de Beire prélevait sur eux, quand ils traversaient sa seigneurie pour se rendre à la ville.
Le moine chroniqueur, qui enregistre cette visite extraordinaire sous la date du XII des calendes de mars 1107 nous en a pieusement conservé tous les détails: Paschal II était suivi d'une foule innombrable, fere innumera multitudo, de cardinaux, d'évêques, d'abbés, de princes, de prêtres, etc. (cortège inaccoutumé que Beire ne reverra plus !); il séjourna pendant trois jours au monastère, y consacra l'autel dédié aux saints apôtres Pierre et Paul, patrons de l'abbaye, sur lequel il dit la sainte messe,
et décida que chaque année le souvenir en serait perpétué par une solennité égale à celle du jour de Noël ; enfin, étant au chapitre du monastère, il adressa un discours spécial aux religieux : on en retrouvera le texte et l'analyse dans la Chronique de Bèze (1).
(1) PatroL, tome CLXH, p. 961.
CHAPlTRb] XIV
Usages anciens particuliers au village de Beire.
1° L'information judiciaire du 2 septembre 1368, dont nous avons donné l'analyse au chapitre III de ce volume, nous a appris que la fête de saint Laurent, qui était déjà le patron de la paroisse dès Tan §30 au moins, se célébrait avec une pompe extraordinaire , et qu'elle attirait au village de Beire un grand nombre de fidèles venus de paroisses étrangères. — On la célébrait le 10 août, jour où elle tombait, et la foule s'y portait dès la veille. —L'assemblée civile qui la suivait se tenait à Beire-la-Ville, sur lepdquier Saint- Laurent, probablement plus considérable alors qu'aujourd'hui, mais que les empiétements des propriétaires voisins auront insensiblement amoindri.
Deux siècles plus tard, lors de l'information du 19 octobre 1568, à laquelle nous avons dû faire de fréquents emprunts dans le cours de nos divers récils, il est certain que la fête civile de Beire, qui n'était poird séparée de celle de VEtjUse, comme on a eu le tort de le faire depuis àuno époque de mauvais
USAGES ANCIENS PAimCULlERS AU VILLAGE DE BEIUE -ilô
goût , se tenait déji à Beire-le-Chàtel, sur la place de la croix de la Charme, près du Pontot, où les ménestrels jouaient de leurs instruments « sous une loge de ramies, » à cause des grandes chaleurs de la saison. — La garde en appartenait aux officiers des deux seigneurs de Beire et de la Chaume : et en ces temps, plus exempts que les nôtres de troubles politiques, on voyait fréquemment ces derniers mêlés aux jeux et aux réjouissances publiques des habitants : la Révolution a donc étabh, quoi qu'on dise, une ligne de démarcation , qui existait moins alors qu'aujourd'hui, entre les diverses classes de la société.
2' L'élection annuelle des échevins ; la nomination des messiers (gardes champêtres de l'époque); la vérification des poids et mesures, appelée alors V éganclillement (le mot s'est conservé à Beire) ; les délibérations intéressant la communauté ; tout cela avait lieu sous un orme légendaire, plus ancien que ceux de Sully, appelé l'orme du puits ou delà croix de la Charme. — C'est là aussi que se tenaient généralement les jours ou lits de justice de Beire ; cependant on les vit plusieurs fois se tenir aussi dans des maisons particulières et à la confrérie qui devait être située au meix Barbe quand le temps était mauvciis.
3" Deux fois par an, à la saint George et à la saint Martin, les officiers des seigneurs de Beire et de la Chaume visitaient les divers héritages de la communauté, pour s'assurer qu'ils étaient ensemencés et suffisamment clos. « Et ceux contrevenants estaient rappourtés en la justice commune et con-