VESVROTTE ET LA CHAUME
11 nous eût été agréable d'explorer, comme nous venons de le faire pour l'ensemble du village de Beire, les divers titres relatifs aux anciennes seigneuries de Vesvrotte et de la Chaume. Mais la chose ne nous sera pas possible, et nous devrons presque en rester là de notre glanage : ces pièces nous ont paru excessivement rares ; elles sont conservées, d'ailleurs, au dépôt des archives départementales; nous ne sommes plus à Beire, et du lieu de notre nouvelle résidence il nous serait assez incommode d'aller en faire une étude suffisante.
Toutefois, le lecteur aura déjà pu s'apercevoir que nous n'avons négligé aucune occasion de signaler les faits intéressant ces deux fractions de la paroisse.
Nous allons encore essayer de résumer ici, en un chapitre final et sous forme d'appendice, tout ce que nous savons des maisons fortes de Vesvrotte et de la Chaume. — Ce chapitre comprendra naturellement deux articles : l'un consacré au hameau de Vesvrotte , l'autre à la métairie de la Chaume.
418 APPENDICR
VESVBOTTE
M. le comte Alphonse de Vesvrotte avait recueilli, sur l'ancienne seigneurie dont il portait le nom, un certain nombre de notes que nous avons trouvées, écrites de sa main, <lans un des volumes de sa riche bibliothèque, à la suite de la notice que Boudot a consacrée au village de Beire. Malheureusement il ne nous a pas fait connaître la source où il les avait puisées. — Mais son honorabilité a toujours été si parfaite, que nous n'hésitons pas, ses fils nous y ayant autorisé, à les reproduire textuellement ici, bien persuadé qu'il les avait copiées sur des pièces dignes de foi :
(( Vaivrotte. — Ancien démembrement de la seigneurie de Bère. — Les premières habitations de ce lieu ont été élevées au sommet de la colline au pied de laquelle est une fontaine limpide et abondante. Un chemin de Dijon à Mirebeau traversait son territoire.
c( Les religieux de Saint-Bénigne achetèrent en 12 . . plusieurs domaines au tinage de Beire. — En d7il, le seigneur de Vaivrotte reprit de fief de l'abbaye de Saint-Bénigne la terre de Vaivrotte.
« Ceux de Saint-Etienne de Dijon possédaient la chapelle de Vaivrotte, Vadrava^ avec ce qui en dépendait. — Elle leur fut accaparée; ils en portèrent plainte à l'évêque de Langres, Brunon, qui, dan^ une assemblée solennelh; tenue à Dijon, en 'lOOi-, ordonna à faccapareur xMilon (c'était probablement le chevalier Milon de Beire), de se désister de ladite
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CIIAÏI'.AII DM VKSVROTTH;
chapelle et de ses dépendances, sous peine d'excommunication.
« Barthélémy, curé de Saint-Laurent de Beire, en 1314, traita avec les religieux de Bèze pour régler la part qu'ils prendraient sur les dîmes, sur les agneaux, la laine, le chanvre, dans le territoire de Beire et de Vaivrotte (Vauvres), et les offrandes faites à la chapelle du seigneur de Bère et de Vaivrotte. — Ce village fut démembré de la seigneurie de Bère.
« Il fut possédé par Jean dit le Normandet qui, en 1374, traita avec l'abbé de Bèze, pour guet et garde de jour et de nuit, dans la forteresse de Vaivrotte, au temps d'événements périlleux, et pour sa contribution aux réparations et constructions de cette maison forte. Le monastère obtint de ce seigneur la dispense d'appeler les habitants de Viévigne à ce devoir, moyennant qu'ils lui livreront cinquante émines d'avoine, et cinquante francs d'or au coin du roi de France, qu'ils lui paieront au même inst'int. — Il fit obliger les mêmes habitants dudit Viévis^ne aux semblables charcçes et devoirs envers la forteresse de Bèze qui lui appartenait. (Il est assez probable, qu'en temps de troubles, le village de Viévigiie trouvait asile et protection dans ces deux forteresses.)
« Jean, dit le Normandet, était Jean de Sauvegrain, écuyer, qui exerçait les fonctions de maître d'hôtel du duc de Bourgogne en 1392. — Le Normandet céda à Philippe de Sauvegrain, son fds, écuyer, la seigneurie et mai.son forte de Vaivrotte chargées de fief et de 10 livres de rentes en cens
envers les religieux de Saint-Bénigne de Dijon (4406). (Jean do Sauvegrain était mort à cette époque; ce fut en vertu d'un échange entre dame Mathion, sa veuve, et son unique héritier, Philippe, que ce dernier devint seigneur de Vesvrotte [1]). — En 1407, Philippe donna des pouvoirs pour tenir cour et juridiction à Vesvrotte et y instituer un ou deux sergents (2). — Il y avait dans ce lieu dixneuf feux.
« En 1430, la veuve de Philippe de Sauvegrain était dame de Vesvrotte. — Les enfants de Philippe de Sauvegrain et de dame Clerc furent : Jeaime, épouse de Hugues d'Achey, écuyer; Simonne, mariée à honorable homme et sage Jean Morel, licencié ez lois à Dijon; et Mathion, mariée à Gauthier de Prentvillers-lez-Montbéliard, écuyer. — En 1434, ils firent le partage de la seigneurie de Vaivrotte ; l'acte en désigne tous les droits.
En 1445, les Allemands entrèrent en Bourgogne et ravagèrent le village de Vaivrotte. — Pierre d'Arlay, seigneur de Vevrotte (3), déclara tenir du duc de Bourgogne, en 1419, la moitié de la maison duditlieu, où il y avait huit meyniers d'hommes en toute justice, mouvant du fief de l'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon, en valeur de 60 livres de revenu. — Il y eut des contestations avec les habitants de Viévigne qui furent réglées par sentence en 1492.
(1) PElNCliDli, vol XXVII, p. 3C7.
(3) Plus probableineul Pierre ii'A«hey.
« Cette terre fat expropriée en 1548, et les religieux de Saint-Bénigne touchèrent sur le prix de vente la somme de 550 livres. — En 1578, Claude Pécout était procureur d'office à Vaivrotte, Claude Lescornet procureur de la communauté, Guyot, Gauthier, PhiUbert Baut, Dhoin, Prudent Ruot, Pierre Chevansses, André Bloson, Claude Champy, habitants.
« Cedit village fut cruellement maltraité par les troupes du général Gallas. — Il y avait 15 habitants et 4 veuves fort pauvres en 1666. — Ils avaient vendu-leurs communaux à leur seigneur la somme de 2,117 francs. — Les biens de M. Sayve, leur seigneur, étaient en décret.
« Cette seigneurie était un ancien démembrement de la terre de Beire, relevant de l'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon. — Elle a été possédée par la maison de Villers-la-Faye, par celle des Sayve. — Elle passa dans celle des Richard, par Marie Sayve, aïeule de M. le président Richard de Rufîey; et elle est à ses héritiers, messieurs Richard de Vesvrotte. » — (Le nom de Marie Sayve, fille de messire Bernard Sayve qui était conseiller au Parlement de Bourgogne et seigneur de Vesvrotte, apparaît sur les registres de catholicité de la paroisse de Beire, dès le 10 octobre 1649. — Nous avons vu d'ailleurs , qu'au mois de septembre 1591 la seigneurie de Vesvrotte était déjà en la possession d'Etienne Sayve, ligueur et membre du Parlement, dont le château fut, à cette époque et pour celte raison, pillé par Guillaume de Saulx-Tavannes, lieuten?nt général du roi en Bourgogne.)
iiJ. Al'l'RNlJlCIi:
l.A CHAUME
La métairie de la Chaume, rane des deux dépendances deBeire, en est éloignée d'un kilomètre environ (1). — Elle est située entre cette commune etcelle de Spoy, sur la rive droite et sous les frais ombrages de la Tille, Jau milieu des riches alluvions de celte rivière, tout près des belles plantations qui proiuisent le meilleur houblon de Bourgogne.
C'était jadis mie maison forte d'une certaine importance : le fait est attesté par l'ancien pont-levis qui en gardait l'entrée naguère encore, et par le large fossé dont les eaux vives baignent actuellement ses épaisses murailles. — Mais ces restes antiques des âges écoulés ne sont pas les seuls témoignages que nous puissions invoquer : dès le mois de juilletl291, Guy de Beire, seigneur de la Chaume, reconnaît, en présence de Hugues, humble abbé de Saint-Bénigne de Dijon, tenir en fief d'illustre homme messire Robert, duc de Bourgogne, sa maison forte de la Chaume (domumsuam fortem) avec ses dépendances, ainsi que les prés, les bois et tout ce qu'il a et peut avoir, en raison de son partage, au fmage de la paroisse de Beire, sur la rive droite de la Tille, dans la direction de Dijon. — Cette pièce qu'on retrouvera aux archives de la Côte-d'Or, Chambre des comptes, série B, est revêtue du sceau encore parfaitement intact de l'abbé de Saint-Bénigne.
Près de trois cents ans après la reprise de lief de
'1} Si 011 siiil le soiiliiT (le la prairie.
APPENDICK 423
Guy deBeire, la maison forte de la Chaume, qui avait dû souiïrii' pendant les guerres desXIV^ et XV' siècles , avait encore gardé ses hautes murailles et son double fossé : nous en avons trouvé la preuve dans les dépositions de plusieurs habitants de Beire et du voisinage, entendus, au mois d'octobre 1568, en la maison presbytériale de Beire-la- Ville, par le procureur François Procès, à l'occasion du différend survenu entre André de Baissey, sire de la Chaume, et Anne de Saulx, dame de Beire (1). — C'est au volume contenant l'information relative à ce différend que nous allons emprunter les trois dépositions qui suivent et qui nous ont paru les plus importantes. Nous les enregistrerons textuellement. 1° Déposition de Thomas Blossenet, laboureur à Beire, àgéde soixante ans,entendule25octobrel568: — « Enquis et examiné pour la part d'André de Baissey, sieur de Tart, contre Anne de Saulx, dame de Bère, et le seigneur de Gissey, son fils, dict : que le chastel et maison fort dudict sieur de Tart, produisant, appelle le chastel de la Chaulme, a tousjours esté ffarnv de bonnes et haultes murailles et doubles foussés, où il y a eau vive que n'a oncques veu faitlyr. Auquel chasteaul ledict seigneur a des ouvriers qui journellement travaillent à le réparer et fortiffyer. Et combien que aultreiïois ledict chastel soit esté destruict, toutelfois luy déposant a tousjours veu, doiz le temps de sa souvenance, que estait garny de bonnes et haultes murailles, et assez fourt
'1) Volnmf; iriiitV.rivialions. fAnli. ilu cliAleiui.
424 APPENDICK
pour y ilijnnii' eu seJœurté. Aussi les lioinuies el subjectz dudict sieur produisant y vont au guet et garde tantes et quantes fois que leur est annoncé sans en faire difficulté. Est au mémoratifs y avoir veu aller plusieurs fois, depuis quatre ans en ça, François Gouciiot, Prudent Coucliot et plusieurs aultres. Et aussy du vivant dudict feu sieur de Longecourt. »
2° Déposition de Giujot Ruseaiil, laboureur à la grange de Masse, âgé de soixante-douze ans, entendu le 25 octobre 1568. — « Enquis et examiné... dict : que est résidant en la grange de Masse proche et contiguë du chastel de la C4haulme, lequel, dez le temps de sa souvenance, il a veu estre tousjours icelluy environné de bonnes et haultes murailles, de doubles foussez où l'eau ne défault point, tellement que l'on y peult demeurer en sehearté. Combien que dez longtemps les bastimens estant au-dedans du chasteaul aient esté, pour aucune pourtion, ruynez du temps des guerres. Quoy nonobstant luy déposant a veu soubs plus de quarente ans vers (d528), les habitans de Pichanges aller faire le guet et garde audict chasteaul, y mener leur bestial et aultres biens. Au semblable y allèrent faire guet et garde les habitans dudict Bère, homes et subjects de feu le seigneur de Longecourt, père dudict sieur produisant, seigneur en partye dudict Bère. Et despuis, par plusieurs fois et à diverses années, mesraement l'an passé (15G7), ledict déposant a veu lesdicts homes et subjects audict Bère aller faire guet et garde audict chastel de la Chaulme. Et les ^ vit la dernière fois, au mois de May dernier (15081,
Al'1'ENDlCE A'à^
lorsque les reistres ennemys du Roy et des catho- Ucques passèrent par ce pays de Bourgogne. N'a pu loiitesfoyes nommer, sur ce enquis, les noms des liabitans duclict Picbanges qui faisaient lesJicts guet et garde, ny particulièrement ceulx dudict Bère, tant giandz nombre il y avait, mais est bien souvenant, que luy présent, lesdicts de Picbanges et de Bère estaient appelés l'ung après Taultre. Ce que ne pouvaient resfuser lesdicts subjects, parceque journellement ledict de Tart a des ouvriers qui réparent et fortiffient de plus en plus ledict cbastel de la Ghaulme. »
Ne soyons pas surpris de voir les liabitants de Pichange venir, en temps de troubles^ chercher asile et protection dans la petite forteresse de la Chaume : Peincedé nous apprend (1) qu'Eudes de Grancey, dans un dénombrement du 15 mars 139], comptait Jean de Beire et Girault de la Chaume au nombre de ses vassaux , à cause de .leurs fiefs de Pichange.
3" Déposition de Prudent Le Beuf, laboureur à Brognon, âgé de quarante-cinq ans, entendu le 27 octobre 1568. — « Enquis et examiné. . . dict : que du temps que Guillaume Parcheminier, de Bère, estait admodiateur et demeurant au chasteaul de la Chaulme, y peult avoir vingt ans, luy déposant fust amoulreulx de l'une des fdles de la femme dudict Guillaumin, par environ deux ans, pendant lequel temps il fréquenta plusieurs fois audict cbastel de
'1; Vol. vu, p. 97,
iâ i ai'I'Endicl;
la Chaulme, lequel lors, auparavant et depuis il a tousjours veu estro garny de bonnes, j^a^andes et haultes murailles, tellement que l'on n'y pourrait entrer que par la porte ; et que à l'entour dudict chastel il y avait, côme encoires il y a doubles foussez, dontl'ung est lousjours garny d'eauevive; et quant au surplus contenu auxdicts articles faisant mention du guet et garde forteresse et de retrayant, n'en saurait depposer, sy non que depuis trois ans en çà, il a veu que ledict sieur produisant continue d'avoir grand nombre d'ouvriers à réparer ledict chastel. »
De tout ce (jue nous venons de rapporter se dégagent les faits qui suivent, savoir : i*^ que dès la lin du XlIP siècle, la métairie actuelle de la Chaume était déjà une maison forte, comme il y en avait tant au moyen-âge ; — '2*^ que celte petite place dut être démantelée pendant les guerres des XIV'' et XV" siècles ; — 3" enfin, qu'elle fut remise en état de défense de l'an 150i à l'an 1568, époque où André de Baissey, sire de Tart, fils du sii'e de Longecoui't et petit-fds du bailli de Dijon, vhit s'y installer.
Depuis la reprise de fief qu'au mois de mars 1288 Guy de Beire, sire de la Chaulme, fit au duc Robert de Bourgogne, la maison forte de la Chaume nous semble avoir toujours conservé le même nombre d'habitations : celle du seigneur^ avec les logements d'un métayer et d'un jardinier. — En cette année, il y avait, près de ladite maison, k deux niaiynics (Vho})imes. » Aucun document n'est venu nous démontrer que ce chiffre ait jamais été dépassé. Et quand le i thermidor an iv cet immeuble, confis-
APPENDICE i"-}!
que sur M. Josoph-Etienne Bernard de Sassenay, alors émigré, fut vendu à Pierre-Bernard Damotte, receveur général du département de la Côte-d'Or, il était encore dans son état primitif. — Le domaine de la Cliaume comprenait 428 journaux de terres, bois et prés, dont 308 avec le château furent adjugés au nouveau propriétaire, moyennant la somme de 59,000 fr., prix dérisoire, quand on sait que les appartements du seigneur avaient été laissés dans un parfait état d'entretien et de conservation. — Skiais c'était l'époque des fortunes scandaleuses, qui ne profitèrent généralement pas à leurs premiers auteurs.
Les droits seigneuriaux du sire de la Chaume s'exerçaient, ainsi que nous en avons déjà fait la remarque, sur les quatre neuvièmes des habitants de Eeire-le-Chàtel. — Beire-la-Ville et les cinq autres parties de Beire-le-Chàtel étaient de la justice du seigneur de Beire. — Vesvrotte n'avait aucun . rapport civil avec le reste de la communauté béréenne.
La Chaume est un démembrement de l'ancienne seigneurie de Beire. — Nous avons déjà émis l'opinion qu'il dut avoir lieu à la fin du XP siècle ou au commencement du XI1% époque où les membres de la famille des sires de Beire nous ont paru avoir été excessivement nombreux. — Quoiqu'il en soit, Guy de Beire, chevalier, possédait certainement la wa/- .sou l'orle de la Chaume, en môme temps que Otte de Beire , aussi chevalier, tenait en fief du duc de Bourgogne « 150 arpents de bois et 100 faux de prés, confmés entre le ru de Masse et la maimn
forte de Beire. » C'était probablement ce qui lui riait advenu de ce partage mentionné par Guy, dans un ^te d'hommage du mois de juillet 1291, rappôf té plus haut. — Et il y a tout lieu de présumer que Guy et Otte de Beire étaient frères.
Ces préliminaires posés, nous allons dresser, comme nous l'avons fait pour les sires de Beire, la liste des anciens seigneurs de la Chaume.