I. — POPULATION DE LA COMMUNE DE BEIRE A DIFFKRENTES ÉPOQUES
A PAnTiR DE l'an 1375
11 nous a paru intéressant de grouper ici les résultats des ■cherches des feux, visites et dénombrements qui peuvent Jeter quelque jour sur l'importance de la population de Beire aux diverses époques de son histoire.
Le plus ancien document que nous possédions sous ce rapport remonte à l'an 1375 : c'est la liste des « feulx de la paroiche Bère, » — On y voit que ce village se composait alors de « 44 feulx sers, 2 abonnez, 13 misérables et 4 des nulles personnes, » et que « Vaivrole, en la paroiche de Bère, comptait 13 feulx sers.» — En tout 76 feux devant représenter un chiffre de 380 habitants,
1397. — « La cerche et l'inventaire des feulx de Bère » comprennent, pour celte année : « 1 fou abonné, 31 feulx
432 STATISTIQUE UÉNÉUALE ET RENSEIGiNEMEiNTS UIVEKS
taillables paiables et 8 misérables taillables, appartenant ;'i Henri de Baudoncourt ; 17 feulx taillables paiables et 6 misérables taillables, appartenant à Girault de la Chaulme. — Vaivrote en compte 18 , dont 13 taillables paiables et 5 misérables. » — Total, pour la paroisse entière, 81 ménages, représentant un chiffre de population d'environ 405 habitants.
1400. — Les feux de Beire sont ainsi répartis, pour cette année ; 21 appartiennent « à la seignorie de messire Phélippe de la Chaulme; » 19, dont 1 abonné « à la justice de messire Simon de Saint-Aubin, chevalier; » 13 « à la justice de Madame Dormier ou Dourmoy (Isabelle de Choiseul); » enhn, 17, dont 5 misérables, sont reconnus appartenir à « Vaivrote. » En tout : 70 feux équivalant à une population de 350 habitants.
1431. — En cette année, il est constaté que la paroisse a subi une nouvelle décroissance : « les habitants de Beire-le- Ghastel, taillables hault et bas deux fois l'an, à Nicolas de Baudoncourt et à Jehan de Charmes, » sont ainsi annotés sur la liste des feux : solvables, 20; misérables, 14; pauvres et mendiants, 15, — Ceux « de Vévrotes, également taillables, hault et bas deux fois l'an, aux hoirs de Phélippe bauvegrain, » sont classés de la sorte sur la même liste : solvables, 4; misérables, 3; mendiants, G. » — En tout 62 feux devant former, pour la paroisse entière, un chiffre de 310 habitants.
1409. — En cette année, qui nous rappelle le règne de Louis XI, « à Bère-le-Chastel, à Bère la-Velle, à la Chaulme et à Vavrotes, >: il n'y a plus que des feux francs ainsi répartis : 47 à Beire-le-Châtel, 11 à Beire-la-A'ille, 1 à la Chaume et 10 à Vesvrotte. — En tout 09 feux, représentant une population de 345 habitants.
Les trois seigneurs sont alors : Nicolas de Baudoncourt ; Jehan de Charmes, écuyer; et Pierre d'Achey, également écuyer. — Il y a « chastel foussoyer à Bère-le-Chastel el
maisonfort àVavrotes.» — Les hommes de Nicolas de Baudoncourt et de Pierre d'Achey sont taillables à volonté. Le premier était seigneur de Beire, le second l'était de Vesvrotte.
1610, — Par ses lettres -patentes données à Paris, le 11 février 1610, Henri IV ayant ordonné qu'il fût procédé à la visite des villes, bourgs et paroisses du duché de Bourgogne, à l'effet d'asseoir sur de justes bases la répartition des impôts et subsides supportés par le pays, les élus de la province confièrent celte mission, pour le bailliage de Dijon, à «Estienne Humbert, conseiller du Roy, controlleur général du Thaillon de la province de Bourgogne, mayeur de la ville et commune de Dijon. »
Cette opération se fit au commencement du règne de Louis XIII, et, de la ferme de Masse qu'il venait de visiter, Etienne Humbert se rendit, le 23 juillet 1610, dans la commune de Beire-le-Châtel. Voici la note textuelle qu'il lui a consacrée, page ciiij : « Procès-verbaulx de la visiltation des feuz du bailliage de Dijon, année 1610 (1). » — « De ladicte Grange, nous nous sommes acheminez au village de Beyre-le-Chastel et Beyre- la -Ville appartenant à m^ de Drée, s' de Beyre, et à m« de Tard, où estant avons faict comparoir par devant nous m® Philibert Morelot, curé dudictlieu, M. Jehan Clopin, lieutenant au dict lieu, et Claude Leschenet, lung des procureur et collecteur des tailles de la communaulté du dict lieu. Lequel Leschenet nous a représenté, suyvant notre ordonnance, un rolle de la taille par eulx faicte le dix huict novembre dernier, ayant affirmé n'avoirre le rolle de la dernière taille faicte sur les dictz habitants, nous ayant juré et promys , les ditz Morelot, Clopin et Leschenet, nous mener et conduyre par toutes
(1) Archives départementales.
4S4 STATISTIQUE GÉNÉRALE ET RENSEIGNEMENTS DIVERS les maisons, feulz et mesnages du dict village, snyvant le dict rolie. Ce qu'ilz ont faict comme s'ensuyt, commençant en la rue de la Borderoye, du costé de la Ciiaulme. »
Cette visite se fit de porte en porte avec le soin le plus minutieux. — Le mayeur de Dijon trouva : « à Beyre-le- Chastel » 74 maisons habitées renfermant 91 ménages, plus deux autres maisons non habitées ; « à Beyre-la-Ville » 29 maisons abritant 32 ménages; enfin, (( à Vesvrolte » 19 maisons ayant un chiflre égal de ménages. — En tout 142 feux représentant une population approximative de "tiO habitants; d'où il suit que le village avait plus que doublé depuis l'an 1469.
Les noms des anciennes familles consignés dans les procès-verbaux d'Etienne Humbert ne sont pas très nombreux ; ce sont ceux de Jeanne Monnet, Balthazar Coton, Claude Leschenet, Pontus Cai^riet, Claude Bonotte, Prudent Monnet, Thevenot-Monnet , Laurent Monnet, Jean Monnet, Laurent Leroy et Guillaume Monnet; ces deux derniers résidant à Vesvrotte, où, trente ans plus tard, meurt Didière Roy, épouse de Jean Rude. Gela nous fait assez comprendre que les noms Roy et Leroy dérivent de la même source, et qu'ils ne devaient désigner au début, ainsi que nous l'avons déjà dit, qu'une seule et même famille, celle des Roy d'aujourd'hui.
La section de Beire-le-Châtel, si on en excepte ses récents embellissements, n'a pas du grandement changer d'aspect : les laboureurs en occupaient généralement, comme maintenant encore, dès l'an 1010, la partie nord; les manouvriers étaient confinés dans les rues Basse, de la Chapelle et du Milieu. — Etienne Humbert y a constaté la présence d'une famille de tanneurs : selon les anciens terriers du château, il y avait, en eflet, le long de la Froidière une rue maintenant détruite qui portait jadis le nom de rue do la « Tannerye. »
La visite de Vesvrotte, que nous venons de rapporter^ ne se fit que le 31 juillet, huit jours après celle de Beire. Etienne Humbert la fit en revenant de la ferme de Fiellins qui appartenait aux moines de Bèze. — Voici la note qu'il lui a consacrée dans ses procès-verbaux : « De la dicte Grange, écrit-il, nous nous sommes acheminez au village de Vesvrotte appartenant à M. le conseiller Sayve , où estants, s'est présenté par devant nous Jean Caillette, laboureur au dict lieu, qui nous a dict que le curé du dict lieu estait celuy de Beire , où il faict sa résidence , auquel lieu ilz vont à l'église, et que le procureur de la communaulté n'est de présent en ce lieu, ains à Dijon, que le dict village est remply de sy peu d'habitans, selon qu'il nous apert, qu'ilz sont contraintz de recevoir les deniers royaulx, tour à tour, pour éviter les frais, et a promys par serment par luy preste de nous conduyre de même par toutes les maisons dudict village sans en receler aucune^ ce qu'il a fait promptement, comme s'ensuyt (1), »
1634. — La visite des feux de cette année, qui précéda de deux ans seulement l'invasion de Gallas, n'est pas aussi détaillée que celle de 1610. Elle n'est qu'un résumé qui nous permettra cependant de fixer à peu près exactement le chiffre de la population de Beire à cette époque. Elle fut faite par Jacques jMorin , conseiller du roi , élu du tiers état de Bourgogne, auquel nous allons céder la parole :
«Jacques Morin, conseiller du Roy, grenetier au grenier à sel de Nuys , eslu du tiers-estat de Bourgongne et pays ajaçantz, sçavoir faisons, que suyvant le décret desd. estatz généraux de la dicte province, assemblez à Dijon au quinze de novembre de l'année dernière mil six centz trente trois, et la délibération faicte en la chambre des ditz sieurs eslus
(1) Archives départementales, Visitation des feux du bailliage de Dijon en 1610.
456 STATISTIQUE GÉNÉRALE ET RENSEIGNEMENTS DIVERS le treiziesme de mars suyvant, à laquelle nous avons été députez pour la visitte des villages du bailliage de Dijon, afin de réduire les impositions avec égalitez , selon les moyens et facuUez d'ung chacun, selon qu'il est porté en la dicte délibération, nous sommes partys de nostre mayson du dict Nuys, assisté de Jehan Payer, notaire royal aud, lieu, par nous appelé et commis pour greffier cejourd'hui (25 juillet 1G34) » (1).
Jacques Morin, venant de Tànay où il était le 31 octobre de la même année, se présenta à Beire le surlendemain, et voici ce qu'il nous apprend relativement à cette communauté :
(( Le lendemain (2), second du dict mois de novembre estantz au village de Beyre-la-Yille dont despand Beyre-le- Chastel, appartenant au sieur conseiller Tisserand, ont comparu par devant nous Nicolas Michot et Jean Perrot, esche vins dud. lieu, qui nous ont rapporté les trois derniers rolles des impositions fets sur deux relies affirmés iceux véritables. Et nous ayant conduits en toutes les maisons dud. Beyre, avons recogneu qu'il y a cent trente sept habitantz, quoique le dernier rolle il n'y en ait de rapporté que cent trente trois, entre lesquelz ceux qui se mesle de labourage font nombre de vingt sept, le reste manouvrier y compris vingt cinq femmes veufves. Le village est en assez bon estât, dans une situation commode sur la rivière de Tille, et ayant de belles prairyes (3), de bonnes terres de froment qui s'admodient sept ou huyt boisseaux, mesure de Mirebeau... Et lung desdicts rolles à nous représentés du quinze mars mil six centz trente trois, signés Rigaud et Lombard, de la some de quatre cent quarante huict livres
(1) Arch, dép., Visite des feuz du bailliage de Dijon, 1634.
(2) IJ., p. XLix et L.
(3) Maintenant mises eu culture pour la plus grande partie.
sept solz, il y en a dimposez de vingt cinq solz au dessous trente cinq; de vingt cinq solz à quatre livres soixante et huict : de quatre livres à douze livres vingt neuf; et au dessus cinq ; le plus hault seize livres.
a Et ont lesditz procureurs remontrez que lesdits habitantz ne sont que rentiers du seigneur et de ceulx de Dijon. Sur le dixme de treize gerbes, l'une apartient à plusieurs particuliers (1). Que au dernier passage de Monsieur (2). Ion a emmené tous leur hestail, tnesme que VEglise où ils avaient retiré les meilleurs de leurs meubles fut voilée. Que leurs communaulx consistent en quelque mil arpantz de boys fagotin ou leurs voisines ont droict et dont ils sont en procez avec ceux de Viesvignes (3) ; que leur communaulté doibs des pa... (sans doute des paiements) de rente, sçavoir aud. sieur Tisserand cent cinquante livres, au sieur de Bout six centz livres, au curé dudict Beyre cent soixante six livres et au procureur Cloppin cinq centz quatre vingt livres, nous ayant seullement faict apparoir d'une quittance dud. s' Debout des arrérages et pour les aultres ont dict ne le pouvoir faire présentement.
« Vesurotte. — Arrivez au village de Vesurotte apartenant au s' conseiller Sayve, avons procédé à la visitte dudict lieu; en présence de Jacob Perrault, procureur de la communaulté, qui nous a représenté plusieurs rolles et affirmé iceux véritables, par laquelle visitte avons recogneu qu'il y a en tout vingt trois liabitans faisant le labourage de six charrues, le reste naanouvriers. Les maisons du village sont en assez mauvais estât y ayant aparu que les hans sont
(1) Les seigoeurd de Beire et de la Chaume, les moiues de Bèze et le curé de Beire.
(2) Gaston d'Orléaus, frère de Louis XIII, révolté contre Richelieu et rentrant eu France avec une troupe de mercenaires espagnols, croates, wallons, etc.
(3) Procès relatif au bois de Butteau, réglé sous Louis XIV.
incommodez, les terres pour le consaux (1) qui sadmodient quatre boisseaux, mesure de Mirebeau, point de prairye ny de rivière. Desquelz babitantz, par le rolle du douze juillet dernier de unze livres dix solz, il y en a dimposez de dix solz au dessous quinze, de dix solz à vingt solz cinq, et au dessus trois, le plus hault trente et ung solz. Et a esté remontré par lesdicts procureurs que les bans nen sont que rentiers (2), que le dixme est de treize gerbes l'une, leur fourg banal ou il se paye de douze lung (3) et quau dernier passage de Monsieur tout leur hestail a esté preint par les gens de guerre, nagant aucuns communaulx » (4). — Le même fait est constaté dans les visites des villages voisins. Ce passage du prince révolté dut avoir lieu^ selon nous, vers le 19 juin 1632, jour où messire Claude Gomard nous a fait connaître que Pierre Mathey, commandant la garnison du cbâteau de Beire, avait été tué par ses propres soldats : — Petrus Matheg, manens in castello de Bère, occisus suis a militihus 19° hujus mensis (19 juin 1632, selon la disposition du registre) et in nostro cœmeterio fuit inhumains, — Pierre Matheg, en garnison {ou résidant) au château de Beire, fut tué yar ses soldats le iO juin 1632, et inhumé dans notre cimetière. » — Peut-être pourrait-on supposer que le commandant de la maison forte de Beire était également opposé au ministère de Richelieu, et qu'il entretenait des intelligences avec Gaston d'Orléans passé à l'ennemi. — Les mémoires du temps rapportent, d'ailleurs, que c'est au mois de juin 1632, que ce dernier vint de Francbe-Comté se présenter devant la place de Dijon.
(1) Méteil.
(2) Fermiers ou métayers.
(3) 11 s'agit ici des pains cuits au four commun : sur douze qu'on y apportait, on eu laissait un pour les frais de la cuisson et les droits du seigneur.
(4) Arcliives départementales, bailliage de Dijon, Visitte de Jt)84.
RELATIFS A LA COMMUNE DE BEIRE-LE-CflATEL 459
Quoiqu'il en soit^ la visite de Jacques Morin constate d'une façon positive qu'en 1634, deux ans seulement avant l'invasion du général Gallas, il y avait 137 feux dans les deux villages de Beyre et 23 à Vesvrotte, représentant ensemble une population d'environ 800 habitants, chiffre à peu près égal à celui d'aujourd'hui. Le village avait donc plus que doublé depuis le règne de Louis XI (1).
Les feux de Vesvrotte étaient moins considérables en l'année 1623 : Jean-Jérôme Tisserand, seigneur de Beire, vicomte mayeur de Dijon, qui en fit la visite, écrit dans son rapport : qu'il u lui a paru qu'ilz peuvent être le nombre de dix-huict à vingt feulz, » — Voici au surplus l'extrait de son procès-verbal, où nous regrettons de ne pas voir figurer le nom de Beire (2) :
« Jean Tisserand, conseiller du Roy, Lieutenant en sa chancellerye, Vicomte mayeur de la ville de Dijon, commissaire député par Messieurs les Esluz des Estats du Pays et duché de Bourgongne, pour la visitte, recherche et dénombrement des feulz au Bailliage dudict Dijon, suyvant les lettres pattentes du Roy du cinquiesme juillet mil six centz vingt trois, signées Potier et scellées, expédiées en suyte du décret desditz Estats tenus au mois d'Aoust mil six centz vingt deux, afin de faire les impositions sur les communaultés, le fort portant le foible, le plus justement qu'il sera possible, sçavoir faisons quayant pour Greffier Jean Arcelot, commis Greffier desditz Estats, pour procéder à l'exécution de nostre dicte commission, Nous sommes sortiz de la ville de Dijon ce jourd'hui, premier Aoust mil six cent vingt quatre. » — Arrivé h Viévigne, le huit octobre de la même année, il part de là pour se rendre à Vesvrotte, et il continue ainsi son rapport :
(1) Cette population était supérieure au chiffre indiqué par nous p. 377.
(2) Il n'en aura sans doute pas fait la visite, parce qu'il eu était le seisneur.
« Le lendemain neufviesme dud. mois d'octobre, estants au lieu de Vesvrotte apartenant au sieur Sayve, conseiller à la court, parlant à Denys Monin habitant et à Guillemette Coquelle, femme de Jacob Perraut, collecteur des tailles aud. lieu qui estoil absent, avons faict entendre le subject de nostre comission et ordonné audict Monin de nous déclarer le nombre, qualitez et conditions de tous les habitantz dudict lieu, Nous conduyre par toutes les maysons, et adverty de nous dire les incommoditez de leur communaulté, sil y eii a, pour en revestir nostre procès verbal. A lefîect de quoy nous avons dudict ^lonin pris le serment, Lequel satisfaisant à nostre ordonnance a représenté et faict veoire plusieurs rolles des Tailles faictes sur leur dicte communaulté, parlesquelz nous a aparu quils peuvent estre le nombre de dix Imict à vingt feulz. Ainsi mesme que nous lavons remarqué , en procédant à la visitte par toutes les maisons que nous avons trouvées prumairement (1) , édifices et meubles tesmoignanz assez en aparence quilz sont incommodez, faisant seulement le labourage de cinq ou six cbarues, une bonne partie rentiers, et néantmoins iceluy Monin nous a remontré, quoultre leurs debtes particulières, leur communaulté est encore engagée de quatre centz livres envers le sieur Meneslrier, quilz ont esté nécessitez de vendre et créer sur eux un fourg banal pour ayder à aquiler leurs autres debtes, et quilz nont aucung bois ny pâquis de communaulx, fort peu de champoyage et de fmage, à raison des autres villages plus puissants queux, qui les environnent de fort près de toutes parts (2). »
1644. — Lorsque nous avons raconté, au cours de ce volume, les excès de toute nature commis, dans nos con-
(1) Sans doute premièrement.
(2) Archives départementales, bailliage de Dijon, Visite de IGiS, page Ivj.
trées en deuil, par le général Mathieu Gallas, nous avons rapporté, à l'appui de nos assertions, trois procès -verbaux d'une nouvelle visite des feux du bailliage de Dijon empruntés à M. Rossignol, (1) — Nous avons dit qu'elle avait été confiée aux soins de Jacques Comeau, élu des Etats de Bourgogne pour le tiers-etat. Il la fit au commencement du règne de Louis XIV, quinze mois environ après la bataille de Rocroi gagnée par le prince de Condé sur les Espagnols. — Nous savons comment l'élu des Etats de Bourgogne fut reçu à Beire : ni les échevins, ni les habitants ne voulurent d'abord (les seuls de tout le baillage de Dijon) lui fournir le moindre renseignement sur la situation de leur communauté. Aussi sa visite fut-elle incomplète à Beire-la-Ville surtout, où l'échevin Nicolas Monnet, qui battait à la grange, refusa formellement de l'accompagner. Mais les « relies de la taille des années 1643 et 1G44 » lui ayant été présentés ensuite, il fut par lui constaté : qu'il y avait 44 feux à Beire et 25 à Vesvrotte. — En tout 69 feux devant équivaloir au chiffre 'de 345 habitants. — Peut-être conviendraitil encore de réduire ce chiffre, attendu qu'alors, du moins c'est notre avis, les familles, à cause de la grande misère de ces temps calaniiteux, n'avaient pas eu le temps de se refaire, et que leur moyenne pouvait bien n'être plus de cinq personnes.
On peut juger, par cette énorme décroissance du village de Beire, réduit de plus de moitié depuis la visite de 1634, des affreux désastres que subirent nos contrées, en celte lugubre année 1636 si tristement célèbre parmi les plus néfastes.
1655. — Avant d'arriver aux dénombrements opérés par les nouvelles municipalités (1789), il nous reste encore à
(1) Le Bailliage de Dijon après la bataille de Rocroy, p. 98 et suiv.
462 STATISTIQUE GÉNÉRALE ET RENSEIGNEMENTS DIVERS faire l'étude de trois autres visites des feux du bailliage de Dijon, concernant le lon;^ règne de Louis XIV, les seules, avec celles qui précèdent, qu'il nous ait été possible de nous procurer. Ce sont celles des années 1G55, 1658 et 1681. Nous voulions d'abord n'en donner qu'une analyse succincte, mais nous avons pensé qu'il valait mieux que les rapports originaux en fussent mis sous les yeux du lecteur, qui pourra se former ainsi une opinion personnelle sur les mœurs de l'ancienne société. Nous allons donc les enregistrer textuellement, en les accompagnant ou en les faisant suivre, selon le cas, de quelques commentaires.
La visite de 1655, faite par Pierre Massol, conseiller du roi, président en la chambre des comptes de Bourgogne, est consignée dans une feuille séparée. Malheureusement Vesvrotte n'y figure pas. Voici comment il rend compte de sa mission :
« Pierre Massol cons" du Roy en son conseil. Président en la Chambre des Comptes de Bourgogne, député de lad. Chambre en celle de Messieurs les Eslus desEstats durant la présente triennalité, Sçavoir faisons qu'ensuite de nostre commission du jour d'hier et appelé avec nous Pierre Borne, commis au grefle desd. Estais pour Greffier, nous nous sommes acheminez le troisiesme jour de janvier Mvc^ cinquante cinq (1655) au village de Bère apartenant au sieur de Challanges (1), où estants ont comparu pardevant nous Pierre Nicolardot, procureur de la communaulté et Jean Gros, eschevin dud. lieu, auxquels aurions ordonné de nous représenter le dernier rolle des impositions dud . village, à quoy satisfaisant ils nous ont mis en mains un rolle du vingt uniesme mars mvc'' cinquante quatre (1654), lequel ils nous ont affirmé véritable, où nous avons recogneu y avoir
(1) Jean-Jérome Tis?erand, abbé commendalaire d'Auberive, appelé aussi le sieur de Chalangcs.
quatre vingt deux habitants, du nombre desqueles sont huict femmes veufves, outre vingt deux habitans qui, depuis ledict roUe faict, ont quitté l'habitantage ou sont morts sans enfantz.
« Le fond dudict lieu estant propre à porter froment et seigle sans aucunes vignes que celles apartenant aud. sieur de Challanges, seigneur dud. lieu, arrousé des rivières des Tilles et Venelle (1), lesquelles fréquemment parleurs creûes leurs causent de grandes pertes et dégâts. Y ayant aud. village plusieurs demyes charûes composant en tout le nombre de unze charûes complettes, travaillant tous pour autruy, estants les trois quartz des habitants maneuvres. Ont quelques communaux consistant en buissons et quelques pièces de près (2).
« Nous ont de plus déclarés devoir en corps de communauté à quelques particuliers, sçavoir, au sieur conseiller delà Croix, sieur de Beneuvre, et au nommé Quelaud la somme de deux mille quatre centz livres en principal, estant sur lepoinct de faire un autre emprunt de notable somme pour subvenir à leurs debtes de communautez. Y a audict lieu fourg et moulin Banaux apartenant aud. seigneur de Challanges et autres.
« Visittant de plus les maisons, de pot en pot, avons remarqué aud. lieu près de soixante maysons rwjnées et inhabitées tant par l'incendie qu'autres. ( Suite de l'invasion de 1636). Se sont plaincts à nous que parmy eux est dernourant le nommé Pierre Sanson (3), soy disant officier de la compagnie de chevaux légers de la garde du Roy, et en cette qualité faisant refïus de contribuer à aulcune imposition tant royalles que négotialles. Le bestial estant aud. village apartenant au sieur de Chalanges et autres non habitantz dud. lieu. (Les seigneurs avaient dû
(1) A cette époque, en effet, la Venelle arrivait, dans ses débordements, jusqu'à Beire.
(2) Pâtis actuels. — Les prés ont été vendus sur la Cn du premier empire et achetés par Jacques Caumont.
(3) Il était surnommé l'Assurance, peut-être ù cause de sou caractère.
en garnir leurs fermes, après l'enlèvement des bestiaux par Gaston d'Orléans, au mois de juin ICSii.) N'ont aucune foire ny marchés. Quant aux deniers (dîme) ils se lèvent de telle sorte que led. seigneur dudict lieu de treize gerbes en preint une, le sieur de Baize de mesme, ainsy que le curé. Nous ont dict lesdict habitantz devoir de leurs impositions de l'année dernière mvC cent cinquante quatre (1654), environ la somme de neuf cent quarante livres. Les maisons estants en assez mauvais estais et couvertes de paille. Ayant esté le fmage dud. Bère greslé et gelé l'année dernière mvC' cinquante trois (1653).
« Dont et de tout ce que dessus nous avons faict dresser le présent procès-verbal, pour servir et valloir auxdicts hal>itants ce que de raison. Signé et faict signer aud. Borne, nostre grefffer, les jour et an susdict : Massol (1). »
Si nous supposons qu'à Vesvrotte, dont le nom ne figure pas dans le rapport de Pierre Massol, il y avait une vingtaine de feux — et que, d'autre part, nous tenions état des 20 ménages qui s'en allèrent de Beire à la suite de la gelée et de la grêle de 1653 — il reste pour l'ensemble de la paroisse, au commencement de 1655, un total de 80 feux équivalent à une population d'environ 400 habitants.
1658. — « Pierre Comeau, seigneur de la Chocelle, conseiller du Roy, lieutenant criminel es Bailliage et chancellerie de Dijon, vicomte mayeur de laditte ville, Sçavoir faisons : que, en suitte de nostre commission du 30 Aoust 1658, noussommespartysdudictDijon;vingtquatriesme septembre aud. an, et y ayant avec nous pour Greffier Jean Degand, praticien, à l'eflect de visilter les villages dudicl Bailliage de Dijonrestant de la visitte commencée par mons'"Ricbard^Esleû pour le Roy au duché de Bourg"*, et estant arrivé à Brognon . . .
(1) Archives départementales, Visite de Beire, lC44,siir uue feuille détachée.
« Le niesme jour, à Beire-le-Chasteau et à Beire-la- Ville, qui ne composent qu'une mesme communaultéà mons'' Tisseran de Chalange, le nommé Lafleur, ,'procureur, nous a présenté un rôle de l'année d656 dans lequel soixante et quinze habitants sont imposés, parmy lesquels sont dix femmes vesues. Claude Paraille, procureur de la présente année, nous en a représenté un autre du 29 du mois d'Aoust dernier, qui contient soixante et huict personnes seulement, entre lesqueles sont vingt femmes vesves. Nous ont dict qu'ils sont seize laljoureurs dont six n'ont que des demyes charûes, la pluspart Rentiers. Et nous ayant encore représenté un autre rôle, dans lequel nous n'auons trouué (1) que quarante personnes imposées, et leur ayant demandé la rayson de cette diuersité, nous ont répondu : que le dernier rôle est le plus haut, parceque sont des nouveaux habitants qui n'ont point esté imposés qu'après la première année. Et ayant supputé celui où 68 personnes sont cotisées, auons reconnu, que de la somme de deux cent soixante et quatre livres, le plus haut est à dix huit livres, plusieurs à dix et douze et quelques vesves à 29 et 25 sols. « Nous avons compté quarante deux maisons aux deux villages basties en pierres, 'mais fort ruynées dès le temps du passage du général Gallas qui assiégea le château de Beire. Payent du dixme de treize gerbes l'une, et en dix endroits du fmage de Viefvignes de treize deux, est admodié la présente année vingt huit esmines de tous grains. Doibvent au procureur Clopin un principal de rente de deux mil liures , comme il nous a aparu par leurs quittances. Ont des boys communaulx pour lesquelz ils sont en procès avec les habitants de Viefvignes.
(1) Le greffier Jean Degand se servant indifféremmenl de la lettre u pour la lettre v, nous avons rétabli en partie l'orthographe actuelle.
a Le village est situé sur les Thilles qui les incommode l'hyver, leurs terres propres à toute sorte de grains. Le Mugnier n'y le sieur Carriet, leur admodiateur (1), et Michel Midan ne sont point imposés non plus que les Rentiers de la Chaume, qui est un château situé dans leurs fmages et de leur paroisse et qui appartient à mons' le conseiller du May, qu'ils ont dit estre au nombre de deux, le jardinier dud. lieu de la Chaulme, et n'ont jamais esté compris dans leurs cottes.
« La Chaume. — Ledit lieu de la Chaume ne consiste qu'au château et en sa basse-cour où sont logés lesdits deux rentiers.
« Nous ont dit encore lesdits habitants de Beire, que le lieu de Vesvrotte est de leurs paroisse, et néantmoins est imposé à part, ce qui leur cause un grand intérêt, parce qu'ils ne payent rien de l'entretenement du Maistre d'Escole et autres charges, ce qui fait que la plus part s'y retirent (1). » — Nous avons déjà fait observer, que le hameau de Vesvrotte n'eut jamais que des rapports paroissiaux avec la communauté de Beire : les doléances que nous venons d'entendre en sont la preuve la plus convainquante.
« Yesuroite. — Ledit jour (15 décembre 1658), à Vesurotte appartenant à Monsieur le conseiller Sayve , François Bonamy, reçepveur de la Taille, nous a représenté trois Rôles contenant vingt deux personnes, parmy lesquelles il y a quatre femmes vesves. Et dans l'un d'eux, qui est le plus haut, huit sont imposés depuis vingt cinq solz jusques à vingt, huit autres depuis vingt jusques à douze, trois à cinq solz. N'ont point de communaux et sont con-
(1) Jean Garlet, ainsi qualifié par les registres do catholicité: admodiateur des terre et seigneurie de Beire.
(2) Archives départeiueutales , Visite du bailliage de Dijon, 1G58, page 2.
traints d'achepter du bois pour se chauffer. Leur finage est fort petit, les terres bonnes, mais n'ont ny preys, ni vignes (1), payent de dixme la treiziesme (gerbe) qui s'admodie avec celui de Beyre, mais ne peut dire combien. Sont quatre laboureurs, tous rentiers qui n'ont rien en propre. Il y a vingt maisons couvertes en paille. Ont logés vingt Mousquetaires du Roy, pendant cinq jours, tandis qu'il a esté à Dijon ces jours derniers (2). »
Ce fait du logement des mousquetaires du roi, par les habitants de Vesvrotte, se passait dix ans après la paix de Munster assurant à la France ses frontières du nord et la possession des provinces d'Alsace et de Lorraine. Le jeune et glorieux monarque venait sans doute visiter sa bonne ville de Dijon, ainsi que la province de Bourgogne, dont le duc ad'Espernon» était alors gouverneur et lieutenant général pour le roi. Peut-être Louis XIV venait-il aussi inspecter les marches de la Bourgogne, et poser de la sorte les premières bases de cette brillante et rapide campagne qui devait, dix ans plus tard, nous donner la Franche-Comté (3).
Des trois rôles présentés à Pierre Comeau par les procureurs de la communauté de Beire, nous pensons qu'il nous faut accepter, comme le plus exact, celui qui fut l'objet de sa supputation et qui comprenait 68 feux. Si nous y joignons les trois feux delà Chaume et les 22 constatés à Vesvrotte, nous arrivons à un total de 93 ménages pour l'ensemble de la paroisse, équivalant au chiffre de 465 habitants. — Le village était donc en progression de 65 personnes sur le recensement du mois de janvier 1655 : nous savons qu'alors 20 ménages avaient dû quitter Beire, par suite de la gelée sans doute et de la ^rêle de 1653.
(1) Il y en avait cependant dès l'an 1394, lors du pillage de Vesvrotte. On les aura négligées pendant la guerre de trente ans.
(2) Archives départ., Visite du bailliage de Dijon, 1658, p. 19.
(3) Elle ue dura que trois semaines.
1681. — « Bénigne Fevret, seigneur de ,Cercey et autres lieux, conseiller du Roy, maître ordinaire en sa Chambre des comptes de Bourgongne et Bresse, et en cette qualité commissaire desputé en celle de Messieurs les Esleûs généraux de Bourg"* la présente triennalité, Sçauoir faisons, qu'en conséquence des décrets des Estats portant que la visitte généralle des feulx de la prouince serait continuée, afin de procéder auec plus de connoissance aux déparlement des impousts , nous auions esté despulté par des délibérations desd, sieurs Esleùs généraux du unze May 1680, pour la visitte des feulx et communauthés du Bailliage de Dijon. Pour vacquer nous sommes partis de la ville de Dijon, le premier octobre aud. an MvC^ quatre vingt (1680), ayant auec nous pour Greffier Claude Thierry, commis au greffe desd. Estats, et commencé lad. visitte par le village de Fontaine-les-Dijon...
« Beire-la-Ville... (Le 15 juin 1681). De ladite Rente (Rente du Boys, dépendant de Broignon), auons esté au village de Beire-la-Ville et Beire-le-Chastel, situé en plat païs, appartenant à Monsieur Badoux, président en la Chambre des comptes de Dijon, où il y a terres à froment et conceau, preys, champoux et communaux. Jean Lombard, collecteur, et Pierre Canet, habitant, nous ont mis en main les roolles des années passées et de la présente affirmés véritables. Le dernier, en datte du dernier décembre 1680, de la somme de neuf cens vingt deux livres treize sols pour le Taillon, garnison, subsistance, exemption, don gratuit extraordinaire et octroys , compris les frais de façon de roolle et droits de receptes. Ou il y a quatre vingt un habitans et dix neuf femmes vesues, les plus haulls imposés xxviij*-, xxvjt, xx^^, xv^^, x^-, ixi-, viijt', viji', vil', yi^ iiiijS iij^, et les moindres à quarante sols (t28, 20, 20, 15, 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3 livres). Dix huit charrues dont seize sont entières, le reste demyes, appartenant
toutes avec les bestiaux, héritages et basliments au seigneur et à divers particuliers de la ville de Dijon et Mirebeau. Les habitans estants mestayers et manouuriers, leurs maisons basties en pierres, couuertes partie en laves et d'aulres de pailles, en assez bon estât. Doibvent de reste des impositions de 1681 sept cent trente une livres, ayant payé celles du passé. Le dixme de treize gerbes une au seigneur, à monsieur l'abbé de Baize et au curé. Nous ont remontré les habitans que toutes les maisons et héritages sont grandement chargés de cences et redebvances, et que depuis peu cinq habitans sont décédés. »
« Grange de la Chaulme. — La Chaulme appartenant à Monsieur du May, ancien conseiller au Parlement de Dijon, où demeure Jean Cotton, rentier, qui nous a dit culliuer les terres d'une charrue entière, et ayant encore Estienne Banoiset, jardinier, lesquels payent tailles à Beire, sçauoir : led. Cotton quinze livres et ledit Banoiset de mesme somme. »
a Vesurotte. — Sortant dud. Beire nous sommes arrivés au village de Vesurotte, appartenant à Monsieur le Prieur de Saint Seine en plat païs, où il y a terres à froment et à conceau, peu de preys, champoux et communaux, Philippe Royer et André Le Lièvre, habitans, nous ont mis en mains plusieurs rooUes affirmés véritables, le dernier en datte du treiziesme januier 1681, de la somme de sept cent vingts trois livres deux sols six deniers, pour le taillon, garnison, subsistance, exemption, don gratuit extraordinaire et oclroys, où il y a quatorze habitans et deux femmes vesves. Les plus haults imposés à xxiij^, xxiji' ii' vi**, x'ùj^, viij"-, vi-, iiij'-, ij^, et les moindres à xxxv s., et à xxx s. (23 livres; 22 livres, deux sols, six deniers ; 13; 8; 5; 4; 2 livres et les moindres à 35 et à 30 sols.) — Sept charrues entières appartenant au seigneur et divers particuliers de la ville de Dijon avec les bestiaux, héritages et bastiments.
Les habitants nestant que mestayers et manouuriers et tixicrs en thoille. Les maisons baslies de pierres, couiiertes de pailles dont aucunes (1) sont en mauuais estât. Doibuent entièrement la taille de •1681, ayant dit auoir payé le passé. Doibvent le dixme de treize gerbes une à Monsieur l'abbé de Baize, au seigneur de Beire-lç-Chastel -et au curé. Chacun laboureur doibt au seigneur trois coruées de charrue et une de bras par les manouuriers , avec une poulie de couttume. Nous ont dict Icsd. babitans que les maisons et héritages sont grandement chargés de censés et rcdebvances, et que depuis peu deux habitants ont quitté (2). »
Il résulte de cette visite, qu'en 1G81, il y avait 100 feux à Bcire-le-Châtel et à Beire-la-Ville, 2 à la Chaume et 16 à Yesvrotte. En tout 118 ménages devant produire une population de 590 habitants.
Nous venons de passer en revue la série jusqu'ici connue des anciennes « cherches et visittcs des feulx » de la commune de Beire, avant la Bévolution. — On a dû s'apercevoir que nos diverses supputations reposent sur une moyenne de cinq personnes attribuées par nous à chaque ménage, moyenne généralement admise par les hommes qui se sont occupés de statistique. — Aujourd'hui, malgré le développement delà fortune publique et le bien-être matériel répandu partout, elle n'est plus que de trois ! 11 y a là, pour le moraliste chrétien, matière aux plus pénibles réllexions. — Contentons-nous de les souligner en passant... Mais l'homme simplement politique et soucieux de notre avenir national, n'y verra-t-il pas un signe des temps? — Notre société moderne, pour s'être écartée des lois et des devoirs établis par le Créateur, porte en elle des
{]) Lisez : plusieurs.
(2) Archives départemeulalcs, Visite dos feulx de ICSO, p. CXL.
germes de décomposition et de mine. Il est grand temps d'y prendre garde, surtout lorsque nous voyons, chaque jour, les saines populations de nos campagnes se porter, avec un entraînement fiévreux, vers les grandes villes qui ne sont ni des centres hygiéniques, ni surtout des écoles de morale.
En présence de la fécondité des peuples du Nord, pourrons-nous bientôt défendre nos frontières, que ne protègent plus les sentinelles avancées, Metz et Strasbourg, que l'ancienne monarchie française avait su leur donner ? — Comment résisterons-nous, un jour, aux nouvelles invasions qui nous menacent ?... '
Mais laissons ces idées tristes, et rentrons dans notre sujet : nous voici arrivés à une époque plus rapprochée de nous ; elle nous fournira des documents précis. — Nous les ferons passer sous les yeux du lecteur, par ordre de dates, en les lui présentant, pour en finir enfin, sous la forme la plus sommaire :
En 1790, on compte, dans la commune de Beire, 578 habitants, dont 90 électeurs. (On ne votait qu'à 25 ans). — En l'an vdi, ce nombre s'est accru et il est de 658 hab., « non compris 52 défenseurs de la Patrie. » — En l'an xii, la population béréenne est de 660 hab., « non compris 37 défenseurs au drapeau, 11 conscrits et 2 absents. »
— En 1806, elle est de 695 habitants « non compris 18 militaires. » — En 1820, de 637 habitants, « non compris 5 militaires. » — En 1826, de ()22 habitants. — En 1831, de 632 habitants non compris 7 militaires (1),
— En 1836, de 706 habitants.— En 1841, de 723 habitants.
(1) La diminution de la population constatée aux dénombrements des années 18-20, 1820 et 1831 doit, selon nou.-!, être l'effet des guerres du premier Empire.