‹ Beire-le-Chatel et ses anciens fiefsChapitre 18 sur 174 · I. — Croix du In Charme · texte numérisé non relu

I. — Croix du In Charme

11 en est positivement fait mention dans une reprise de fief et un dénombrement que Nicolas de Baudoncourt, seigneur de Prangey et de Beire en partie, écuyer, lit de sa maison forte, etc., le lundi

(1) Dictionnaire théologique de Bergier.

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9 octobre 1440, sous le règne du Clliiules VII, ù monseigneur Jean de Beaulïremont, seigneur do Mirebel et de Bourbonne, chevalier. En effet, sur la liste des habitants iju'il déclare être c< sous sa juridiction, justice et seigneurie », et qu'il dit aussi être taillables deux fois l'an à sa volonté, on trouve celui de Pierre Girard, ainsi ainioté (1) : « Item Pierre Girard, dudit lîeire, amasé d'une maison séant audit lieu, et au lieu dit a la Croix de Charme, contenant environ deux chaz de maison, etc= »

Cette croix était érigée à l'endroit où nous l'avons relevée, le 22 mai 1860, proche le pont du Ponlot, appelé maintenant le Ponl-ronge. — Cette nouvelle dénomination lui fut donnée par les habitants, à cause de la peinture rouge qu'il reçut lors de sa dernière restauration. Nous en avons déjà précédemment fait la remarque.

Ce lieu était le rendez-vous des assemblées publiques avant la Révolution. C'est là que les échevins et les procureurs de la communauté, puhliquemod élus, venaient aussi, en pleine -place publique, rendre compte, annuellement, du mandat qu'ils tenaient de la confiance de leurs concitoyens. C'était là, sous un orme appelé l'orme du puits ou de la Charme, que se tenaient les jours de Beire, annoncés la veille, ainsi que les dilTérentes assemblées de la paroisse, au son de la grosse cloche. (Cet orme lé. gendaire se trouvait à environ trois mètres du puits connnunal actuel, côté nord.) Les juges y rendaient

(1) Archives du cliàtcau ^\c. lîcire, (Innoiulji'tMnont «le Nicolas de Biuidoncourl.

leurs arrêts en présence de toute la communauté; et si, de nos jours, le justiciable peut en toute sécurité aborder nos tribunaux , avouons cependant que celui d'autrefois n'avait guère à leur envier: entendu et jugé sur place en présence de ses concitoyens, il avait toujours pour lui la force de l'opinion, et il était assez difficile à ses j Liges de s'en écarter.

Si nous faisons cette remarque, c'est qu'élevé au milieu des préjugés de notre temps, nous avions cru jusqu'ici à une prépotence qui disparaît devant un examen sérieux des circonstances et des faits : vin^t fois on nous avait enseigné que le seigneur, juge et partie, envoyait qui bon lui semblait à la potence, vingt fois on nous avait menti : les tribunaux d'alors, régulièrement nommés , jugeaient selon leur conscience et la loi , en présence d'un public dont il fallait, bon gré mal gré, tenir compte. Après la Révolution, l'histoire, à notre avis, a fait fausse route : elle a relevé tous les abus de l'ancien régime en les grossissant ; les réformateurs s'étaient tellement compromis qu'ils se crurent obligés, à l'exemple de leur chef, de noircir et de noircir encore, pendant plus de vingt ans, le colosse qu'ils avaient renversé, afin de se faire pardonner les excès de toute nature auxquels ils s'étaient livrés.

Quel mal si grand y aurait-il encore, aujourd'hui, qu'en matière civile, correctionnelle ou criminelle, les plaignants et les accusés fussent entendus et jugés, sur place et en présence de leurs concitoyens, témoins de leur innocence ou de leur culpabilité, par un tribunal régulier et, comme l'étaient ceux de

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cette époque, « assermoités aux saincls éuangilles de Dieu?» C'était cependant, mot pour mot, ce qui avait lieu, sous un régime que nous sommes loin de regretter, et que nous ne nous donnerons pas la mission de défendre , mais qu'on a le tort grave de condamner trop vite et à to.ut propos.

Aujourd'hui, les crimes et les délits sont poursuivis par l'Etat. Jadis ils l'étaient par les seigneurs. L'Etat a ses tribunaux indépendants. Les seigneurs avaient également les leurs, dont les juges étaient assermentés « aux saincts évangillcs de Dieu ». Seulement, tandis que l'odieux des jugements retombait sur la personne du seigneur, qui agissait isolément, aujourd'hui l'Etat est constamment mis hors de cause, parce qu'il n'est qu'une personne morale et qu'il agit collectivement.

Cette petite digression, qui résume notre manière de voir sur des temps qu'on n'a pas assez étudiés, nous a quelque peu écarté de notre sujet. Nous y rentrons en ajoutant que la nomination des messiers ou gardes-champètres se faisait également devant la croix de la Charme. C'est là enfin qu'avait lieu Végandillement, c'est-à-dire la vérification, par les sergents des seigneurs, des mesures employées parles marchands et les cabaretiers (1).

Aujourd'hui, la vérification des poids et mesures se fait à la mairie de chaque localité, ou même à domicile. Le seigneur et le sergent recevaient, en argent ou en nature, certains droits d'égandillage.

(1) Archives du château do Beire, inforiualiou de I3t58.

Maintenant, les vérificateurs reçoivent un traitement de l'Etat, au moyen d'un rôle qui frappe les commerçants qui se servent de poids et de mesures. L'Etat, on le voit, a pris la place des seigneurs, mais les impôts, jadis payés à ceux-ci, n'en ont certes pas été amoindris.

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