IV. — Chapelle de la Chuume
Bien que la maison forte de la Chaume, dont Guy de Beire était seigneur dès l'an 1291, ne renfermât que l'habitation de son propriétaire, celles d'un jardinier, d'un garde et d'un métayer, elle avait cependant son oratoire privé. Nous n'avons, toutefois, rencontré aucun document écrit qui en fît la moindre mention et qui pût nous renseigner sur ses origines. On indique encore aujourd'hui comme ayant été la chapelle de cette petite fraction de la paroisse de Beire , une partie des bâtiments , à l'est , où on distingue, en effet, deux fenêtres et quelques nervures révélant une construction rehgieuse. Les vieillards affirment, au reste, qu'avant la Révolution, c'est là qu'était le petit oratoire de la famille de Sassenay.
Voici ce que, tout récemment, nous avons découvert relativement à la chapelle de la Chaume : le vendredi 1" mai 1874, étant allé porter les derniers sacrements de l'Eglise à Claude Bourguignon, qui mourut le soir même, nous aperçûmes, scellée audessus de la cheminée de sa chambre, une statue de la sainte Vierge, d'un certain caractère. Ce que vous voyez, nous dit-il avec énergie, c'est la
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vierge de la Chaume. M. Larché, lors du dépouillement qu'il fit de la chapelle de ce lieu, après l'émigration de M. de Sassenay, en avait détourné la statue qu'il donna à ma mère, jeune encore, pour lui servir de jouet. Mais, si jeune qu elle fût, elle comprit tout le respect qu'elle devait à cette sainte image : elle la serra donc dans l'armoire de la maison, où elle resta jusqu'à sa mort. En ma qualité de fds aîné de la famille, elle me fut remise à son décès, et je la possède depuis ce jour. J'ai voulu, quand j'ai construit ma maison, qu'elle fût scellée là où vous la voyez, dans la partie la plus en évidence de ma demeure, et depuis lors je puis vous assurer que, soir et matin, je n'ai cessé de l'invoquer.
Nous avons fidèlement rendu la narration de l'ancien laboureur. Ajoutons que douze heures après le récit, parfaitement lucide, qu'il venait de nous faire, il rendait son âme à Dieu dans le calme de la plus douce des agonies. C'était le premier jour du mois de mai, consacré à Marie, et la Vierge puissante dont il avait chaque jour vénéré la sainte image, lui avait sans doute obtenu la grâce de s'endormir ainsi dans la paix du Seigneur.
Cette statue est maintenant en la possession de Pierre Beuchot, acquéreur de la maison de Claude Bourguignon; elle est en pierre : la tête en avait été mutilée, à l'époque de la Révolution sans doute, et elle avait été grossièrement refaite par un maçon de Beire, Antoine Collaudin, qui avait, d'ailleurs, apporté à cette restauration tout son talent.
Après avoir passé en revue les nombreuses cha-
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pelles que possédait la paroisse de Beire , de dire également un mot des croix publiques jadis érigées sur son territoire. Il convient aussi de ne pas oublier celles qui y ont été élevées dans ces derniers temps, attendu qu'elles sont dues à la piété des fidèles qui ont supporté les frais de leur érection. Quoi qu'il en soit des arguties des protestants à l'égard du culte que les catholiques rendent à la croix, culte qui s'adresse directement à la divine personne de Notre-Seigneur, il est certain qu'il fut en grand honneur dès les premiers âges du christianisme. Saint Justin, Minutius Félix etTertullien nous apprennent que de leur temps on la voyait gravée partout : sur les rnùts des vaisseaux, sur les instruments de labourage, sur les enseignes militaires (1). — L'usage de planter des croix sur lesgrands chemins est très ancien et, selon Bergier, il serait venu de ce que le droit d'asile y était attaché, aussi bien qu'à nos églises et à nos autels. Il nous a donc semblé bon, après avoir parlé de l'église et des chapelles de Beire, de parler aussi, brièvement, des croix qui y ont été érigées dans les siècles écoulés :