‹ Beire-le-Chatel et ses anciens fiefsChapitre 46 sur 174 · XX. — L'abbé Jacques Richard · texte numérisé non relu

XX. — L'abbé Jacques Richard

Contrairement à l'opinion de son prédécesseur, l'abbé Richard refusa tout serment à la constitution civile du clergé. Aussi, fidèle à sa foi de prêtre catholique, titre que nous lui voyons prendre, avec un légitime orgueil, dans le premier acte des registres de catholicité qu'il signa après la Terreur (2), alors qu'il était précepteur au château de

(1) Archives de la mairie de Beire.

(2) Baptême de Nicolas Dounamas, 5 juillet 1801.

CrRÉS QUI ONT DESSERVI L'ÉGLISE DE BEIRE iH

Tasniot, fut-il déporté. On nous l'avait dit plusieurs fois ici. Mais nous en eûmes depuis la preuve certaine par une lettre de révêché de la Rochelle que nous voulons publier ici à l'honneur de notre saint et vénéré prédécesseur :

O ÉV'ÈCHÉ DE LA ROCHELLE. — ŒUVRE DE L'iLF. MADAME.

« La Rochelle, le 18 novembre 1865.

« Monsieur le Curé,

« Dans la glorieuse liste des prêtres déportés pour la foi, pendant la Révolution, sur les côtes de la Charente-Inférieure, figure le nom de M. Richard, curé de Beire, de la déportation de Bordeaux, et détenu longtemps à bord des vaisseaux-prisons de la rade de l'île d'Aix, puis à Brouage. Il survécut sans doute aux nombreuses victimes de ce cruel supplice. Mais il n'en mérite pas moins les honneurs réservés aux confesseurs de la foi.

« Nous avons pensé. Monsieur le Curé, répondre à votre désir le plus naturel, comme à celui de votre paroisse, en vous adressant spécialement l'appel cijoint, pour l'érection d'un monument où trouveront place tous les noms de ces illustres confesseurs de la foi. La cause parle assez d'elle-même à des prêtres héritiers de pareils devanciers. Nous n'avons pas besoin de la plaider davantage près de vous ; mais nous voudrions vous prier de communiquer aussi cet appel, si vous le jugez à propos, et aux bonnes familles de votre paroisse et à la famille de M. Richard, si son adresse vous est connue, ainsi qu'à vos collègues.

162 CURÉS QUI ONT DESSERVI L'kGLISE DE DEIRE

« Avec les souscriptions que vous pourriez réunir, nous recevrions bien volontiers les renseignements que votre piété aurait recueillis sur ce digue prêtre. Vous auriez la bonté de les adresser à M. i'alibô Manseau^ secrétaire de la commission, curé de Saint-Nazaire et de l'Ile Madame, par Soubise, près Rochefort, Charente-Inférieure. Cet ecclésiastique a préparé , d'après les documents authentiques, un travail important sur la déportation, et serait heureux de le rendre aussi complet que possible, avant de le livrer à l'impression.

« Avec mes remercîments anticipés, agréez...

« Petit, Vicaire général,

« Président de la Commission de l'œuvre de l'ile Madame.

« P. S. Nous VOUS serions reconnaissants, Monsieur le Curé, si vous pouviez nous procurer une liste faite par M. Richard , sur laquelle il avait inscrit les noms de ses compagnons de détention. Il avait fourni cette liste à M. Guillon, l'auteur des Martyrs de la Bévolulion, qui aurait bien fait de la citer. M. Richard n'en aurait-il pas fait une double copie par hasard? Soyez assez bon pour consulter les archives de votre paroisse ou l'évêché. »

A la chute de Robespierre, l'abbé Richard rentra à Dijon, sa ville natale. Dès le 29 floréal an xi de la République française, de Tasniot, où il était en qualité de précepteur (19 mai 1803), ayant été nommé par l' évoque Henri Raymond à la cure de Beire, il en prit officiellement possession par le baptême de Pierre Joblin. — Il quitta ce poste pour s'installer à Arceau, au commencement de 1822

CURÉS QUI ONT DESSERVI l/ÉGLISE DE BEIRE 163

(11 janvier). Le dernier acte signé par lui dans cette paroisse est du 22 août 1831.

De la cure d'Arceau, l'abbé Richard fut tranS' féré à l'arcbiprêtré de la ville de Beaune, où il mourut, le 27 mai 1852, âgé de 86 ans.

Le meilleur souvenir s'est attaché à la mémoire de ce prêtre vénérable, dans les divers postes qu'il a occupés. Nous l'affirmons pour Beire et pour Arceau, que nous avons particulièrement connus. Quant à la ville de Beaune, après vingt-cinq ans écoulés, elle n'a oublié ni la vie régulière, ni le grand esprit de foi, ni la charité modèle de son digne et saint pasteur, — Ses souffrances sur les pontons furent excessives : «L'humidité qui nous pénétrait, disait-il lorsqu'il racontait les diverses phases de sa captivité, fut si grande que nos montres rouillaient dans nos poches ; un grand nombre d'entre nous moururent, et je ne dus ma conservation qu'à ma jeunesse et à ma forte constitution. » L'abbé Richard, en effet, était tout jeune alors : il venait à peine d'être ordonné prêtre lorsqu'éclata la Révolution. Toutefois, si robuste qu'il fût, il avait perdu en partie l'usage d'un de ses bras à la suite de cette rude épreuve.

L'abbé Semetier ayant été, malgré sa prestation de serment, violemment arraché de sa cure au commencement de 1793 ; d'autre part, M. Richard n'en ayant pris possession qu'au mois de mai 1803, il s'ensuit que la paroisse de Beire fut sans pasteur pendant plus de dix ans. — Aussi, l'empressement qu'on mit à recevoir le nouveau curé fut-il extraordinaire, et une des pièces les

iGi CURÉS QUI ONT DESSERVI l/ÉGMSE DE BEIRE

plus curieuses de la municipalité de cette époque est bien , à notre avis, la délibération rédigée par Nicolas Larché, à l'effet d'assurer à M. l'abbé Richard le logement, le mobilier et le traitement dont il avait besoin et que la commune dut lui offrir : le vent révolutionnaire venait de se retourner, naturellement la girouette avait fait une évolution conforme au mouvement donné. Nous en reparlerons plus tard.

Pendant cette longue vacance de la paroisse de Beire, les enfants furent baptisés : 112 à Viévigne par l'abbé Nancey, et 23 dans les paroisses de Lux, de Tànay, de Spoy, d'Arc-sur-Tille et de Gémeaux, Une petite fille, Anne Canet, fut même baptisée jusqu'à Dampierre-sur-Salon. Dans le courant du mois de juillet 1802, on voit Marie Louis (lisez Luis), fille de Denis Louis, jardinier à la Chaume, recevoir le baptême des mains de M. Petit, ancien prieur de Tart, qui habitait la maison Garot (Louis), sise rue de la Bourderoie. (Cette maison est encore connue aujourd'hui sous le nom de maison de Monsieur le prieur.)

Les vieillards nous ont souvent raconté, et il est de notoriété publique à Beire, qu'en ces jours malheureux qui ramenaient l'Eglise de France aux temps des catacombes, les saints mystères furent fréquemment célébrés en secret, dans la maison de Jean-Baptiste Bonnamas, toujours ouverte, malgré les sérieux dangers auxquels il s'exposait, aux prêtres fugitifs et errants. — Ainsi faisaient les chrétiens d'un autre âge aux jours des grandes persécutions, sous l'empire romain.

CURÉS QUI ONT DESSERVL i/ÉGLISE DE BEIRK \%Ti

Page 1