II. — Epoque romaine
Si nous n'avons rien de bien précis sur cette époque, disons cependant qu'il est assez difficile de ne pas constater au moins les traces du peuple conquérant sur notre sol : Courtépée (1) dit formellement qu'on remarque à Vesvrotte, hameau de Beire, un ancien chemin romain conduisant de Dijon à Mirebeau, qui aurait donné à cette fraction du village le nom qu'elle porte encore aujourd'hui : via rupta |ou vêtus via, d'où serait venue plus tard la dénomination actuelle de Vesvrotte, ou vieille route. — Cette voie romaine n'est pas ignorée de nos cultivateurs : ils en connaissent parfaitement les hgnes, soit que la tradition les leur ait indiquées, ou bien qu'elles leur soient révélées par le soc de la charrue au temps
(1) Vol. II, p. 1C4.
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des labours, et par la dépression des céréales aux jours de la moisson. Elle figure sur certaines cartes où sont décrites les anciennes voies romaines ; et d'ailleurs, on en retrouve également les traces, entre Beire etBrognon, où viennent d'avoir lieu de nombreux défoncements pour la culture du houblon.
Ce qu'affirme l'historien populaire de la Bourgogne est corroboré jDar une importante découverte qui fut faite, en 1822, près de Beire-l'Eglise, lors de l'établissement du chemin qui conduit de ce lieu à Magny-Saint-Médard, et que Giraud raconte ainsi dans son histoire nationale : a Au levant de Beire-l'Eglise, sur la route de Vesvrotte, était un chemin romain dont ce hameau tire son nom via rupta, dont on aperçoit les vestiges en différentes parties de cette route, notamment au pâquier Saint- Laurent. Près de Beire-l'Eglise et le long du parc du château de Vesvrotte, on a trouvé, en fouillant les fossés du chemin, divers outils romains. Sous une butte de sable rouge, au midi de ce même chemin, joignant le pâquier Saint-Laurent, on a trouvé plusieurs antiquités romaines : des urnes sépulcrales en terre, renfermant des ossements, notamment une de quinze pouces de diamètre (nous les avons vues à la bibliothèque du château de Vesvrotte, où on les avait déposées lors de leur découverte) ; une très belle médaille d'Antonin, grand bronze; une autre de Néron, même module; une Faustine, dans un petit pot; un cadavre avec la lame d'une épée brisée en trois parties ; deux anneaux en cuivre provenant de ceinturons; enfin,
plusieurs paires d'agrafes provenant de deux autres sépultures (1). o
Une sépulture, avec une urne funéraire àla tête du mort, fut également découverte dans la section du Grand-Beire par M. François Bourguignon, trésorier actuel de la fabrique, lorsque, vers 1835, il se livrait à des travaux d'extraction de sables et de nivellement, dans la cour de la maison de son père, sise rue de la Bourderoie. Cette sépulture, nous a-t-il dit, était à l^SO de profondeur au moins, la tête regardant le couchant. Dans la même cour, par diverses autres personnes, venant enlever des sables rouges pour l'assainissement de leurs étables, furent aussi découvertes des masses d'ossements, des débris d'armes, des pièces de monnaie, des urnes sépulcrales, à une même profondeur et dans les mêmes conditions. Il y a trois ou quatre ans, à deux cents mètres du lieu dont nous parlons, au moment de la construction des vastes bâtiments de la ferme de M. Forgeot, on trouva de semblables sépultures en creusant les fondations de ces bâtiments. Nous devons ces renseignements à l'obligeance de M. François Roy, conseiller municipal, qui présidait à ces divers travaux, en qualité de fermier de M. Forgeot. — Les nombreux défoncements pratiqués depuis 40 ans sur le fmage de Beire, pour l'établissement des houblonnières, ont amené la découverte d'une multitude d'autres sé-
(1) Géographio de Girault conscrvôe h la bibliothèque ilc M. Marc de Vesvrollc.
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pultures, les unes pouvant être reportées à l'époque de l'occupation romaine, les autres plus récentes et sans caractère propre. Ces dernières sembleraient attester, ce que nous pourrons établir plus tard, que cette commune fut le théâtre de plusieurs engagements ou combats.
Une partie des choses que nous venons de rapporter ayant paru, sous forme de lettres anonymes, dans le journal la Côte-cVOr, cette publication produisit l'elïet d'une information en règle, où chacun vint raconter ce qu'il savait. Un grand nombre des habitants de Beire, mis en éveil, purent évoquer leurs souvenirs de cinquante ans. Et voici les nouveaux renseignements que nous avons nous-même recueilUs de la bouche de plusieurs témoins oculaires, tous dignes de foi : non seulement on a découvert sur le sol béréen les sépultures dont nous avons parlé plus liant, mais depuis moins de soixante ans on y a également troavé :
1° Un sarcophage en pierre, qui avait été déposé à l'ancien pâquier Ptagot, tout près des fossés maintenant comblés du château de Beire. et non loin de la place pubUque de la Charme, historique dans le village parce que c'était là, en plein air sous un vieil orme, que se tenaient jadis les assemblées de la communauté, et que les échevins avaient coutume, avant la Révolution, de venir rendre compte à leurs concitoyens du mandat qu'ils en tenaient, les habitants ayant été préalablement convoqués au son de la grosse cloche. Ce sarcophage devait sans doute appartenir à l'époque mérovingienne, et si nous constatons ici sa découverte, c'est pour en
garder le souvenir aux âges futurs, et fournir ainsi des éléments aux personnes qui voudraient plus tard s'occuper à leur tour de l'histoire locale de Beire, comme nous le faisons aujourd'hui.
D'autre part, M. Perrot-Janin nous a raconté qu'au temps de sa jeunesse, alors qu'il avait une dizaine d'années, il était allé, avec plusieurs enfants de son âge, un jour de congé, dans la cour de la maison Bounder appartenant maintenant à M. Delacre, pour y voir des tombeaux en pierre, que la bêche du jardinier venait de découvrir, dans la partie nord du jardin anglais qui fait suite à cette gracieuse habitation.
2° Plusieurs urnes sépulcrales d'une assez grande dimension, des amphores peut-être, dans lesquelles on constata la présence d'un certain nombre de pièces de monnaie romaine. — Elle furent trouvées sur le versant d'une petite colline, au climat appelé la Gombotte, dans une pièce de terre appartenant alors à M. Le BeUn, et aboutissant sur l'ancien chemin des Carabins, à cent mètres environ de l'endroit où celui de Lux se bifurque avec la route de Dijon.
L'auteur de cette précieuse trouvaille fut un pauvre pâtre appelé Ménétrier, qui s'était construit là une petite hutte, afin de se protéger contre les intempéries de la saison pluvieuse. Les urnes et les monnaies allèrent prendre rang parmi les objets de la riche collection de M. Charles de Vesvrotte, alors maire de la commune de Beire et amateur distingué.
Ces détails nous ont été fournis par un vieillard,
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type tout particulier, auquel il est juste, à cause de cela même, que nous laissions un instant la parole. — La conversation a lieu en présence de sa fidèle compagne, dans sa maisonnette enfumée, qui nous rappelle quelque peu la chaumière historique de l'hospitalier Philémon. Ecoutons-le avec respect, sa prose en vaut la peine :
« Mater, monsieu, ç'atô des asements tonnerrement veilles. Ça d"vô, qui crois, r'montai ai lai révolution vou bé au déluge (textuel). Y compte bé, monsieu, qu' voles r'treuvrein enco au châteà d'Vavrotte, ca l'vachei qu'les ai trouvés les évô baillés vou vendus, y n'sais pu, ai monsieu de d'Vavrotte, l'grand'père de stu-ci. C'en atô ein malin et pé ein rude, stu-là! Y compte bé, mater, qu'nue n'pouvô l'y en r'codai. — En n'en ai encô treuvé les pairoilles, d'vé l'même temps, ai lai croix saint Loirent, qu'deuvent être mêmement ai Vavrotte : el aimô ça, l'monsieu! — En s'çarvo d'ça, qui crois, dans l'ancien temps, po mette d'iai graisse vou bé d'I'heule. Ma, au jô d'aujed'heu, en a fié : teut a bé changé dans le modes, et pu nue n'vourô s'sarvi d'asements pairoilles. »
Sur quoi la timide Baucis, muette jusque-là, hasarda discrètement la réflexion qui suit, et que nous rendons aussi textuellement que possible : « Ça bé vrai, esteur pu nue n'sé cnait. En forô lès voie d'aivou lôs casques qu'les Prussiens n'y montent pu ran. En n'sait ma foi pu si ça des coiffes vou bé des boùçons qu'illes potent su lôs têtes. »
Philémon et Baucis avaient dit vrai, mais ils s'étaient, Baucis plus que Philémon cependant, quel-
26 OlUGINES DU VILLAGE DE BEIRE
que peu écartés de leur sujet. Est-il possible à une femme, fût-elle plus âgée que notre mère Eve, d'ailleurs, de ne pas parler toilette, même quand il s'agit d'antiquités romaines!... Pour nous, qui tenons à rester dans notre rôle, nous dirons que cette ancienne voie, ces pièces de monnaie, ces urnes funéraires, ces débris d'armes et ces cendres muettes, dont nous venons de parler, sont autant de témoins irrécusables attestant que le village de Beire appartient certainement âTépoque romaine, et que nous pouvons hardiment le classer parmi les plus anciens de la Côte-d'Or.
Le patois de François Berthiot est aussi pur en son genre que le correct latin de Cicéron, dont les beautés seront toujours comprises. Mais il ne saurait en être ainsi du dialecte béréen, qui tend chaque jour à disparaître. Nous avons donc pensé qu'il serait utile de donner ici la traduction, à peu près fidèle, de la relation, insérée plus haut, de Philémon et de Baucis, La voici : « Certes, monsieur, ces vases étaient très anciens : ils devaient remonter, je crois, à la Révolution ou bien au déluge!... Je p'ense que vous pourriez encore les retrouver au château de Vesvrotte, attendu que le vacher qui les avait trouvés les avait donnés ou vendus à M. Charles de Vesvrotte, l'aïeul de M. Armand. C'était un savant et un homme d'une grande valeur : je pense qu'il était difficile de lui en remontrer. — Vers la même époque, on a également trouvé de pareils vases à la croix Saint-Laurent ; je présume qu'ils sont aussi au château de Vesvrotte, car le seigneur de ce lieu était grand amateur d'antiquités. On de-
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vait jadis se servir de ces vases pour y mettre de la graisse ou de l'huile. Mais à notre époque on a moins de simplicité, et on ne voudrait plus se servir de vaisselle aussi grossière. »
Philémon ayant dit, Baucis prit la parole, et s'inspirant d'un travers que la mode avait emprunté à la coiffure sinistre des Prussiens, nos ennemis, elle ajouta ces quelques mots approbateurs au discours de son mari : « Ah, c'est bien vrai, maintenant chacun cherche à sortir de sa condition ; on oublie trop ses origines. Il faut les voir avec leurs casques, qui dépassent en hauteur ceux des fils de la Prusse. On ne sait plus, vraiment, si ce sont des coiffes ou des buissons qu'elles portent sur leurs têtes ! »
Qu'on nous permette, enfin, de mentionner encore ici une dernière découverte d'un certain nombre de médailles plus récentes, qui fut faite au climat de Crot, entre Beire et Viévigne, par Nicolas Garnier, il y a environ 40 ans. Selon M. Alphonse de Vesvrotte, qui les reprit en partie pour son riche médailler, elles auraient pu être cachées là pour les soustraire à la rapacité des hordes diverses d'envahisseurs dont Beire eut à souffrir. Nous savons en particulier, selon la chronique de Bèze, que le monastère de ce lieu fut successivement ravagé par les Sarrasins , les Normands et les Hongrois pendant les années 732, 888 et 937. Il est peu probable que la banlieue ait été épargnée . — L'étude de ces médailles pourrait certainement être très utile à l'histoire de Beire. D'autres après nous, sur cette simple indication, pourront un jour s'en occuper.
28 ORIGINES pu VILLAGE DE BEIRE