‹ Beire-le-Chatel et ses anciens fiefsChapitre 8 sur 174 · III. — Epoque atluarienne · texte numérisé non relu

III. — Epoque atluarienne

Il est temps d'arriver maintenant à l'installation, dans nos contrées, d'une colonie franque issue des anciens Cattes, et connue sous le nom de tribu attuarienne. — Tacite, Strabon et Ptolémée donnent à ces Francs les noms de Chassaarii, Chatuarii et Cassuares {[); et les géographes les placent généralement au-delà du Rhin, dans la Westphalie, sur la Lippe, non loin des Bructères. Le canton qui leur fut assigné au pays des Lingons, après leur défaite par Constance-Chlore, est communément désigné, dans les chartes latines, sous les noms qui suivent : ijagus Attoariorum, pagus Hatouariorum, et pagus Atlioariensis.

Disons, après ces préliminaires posés, comment se fit leur établissement dans nos contrées, et quelles limites leur furent assignées. Nous verrons, ensuite, s'il y aurait témérité à affirmer qu'ils ont certainement habité le village, dont nous cherchons à fixer les origines.

« Constance I", surnommé Chlore à cause de sa pâleur, dit l'abbé Feller (2), fils d'Eutrope et père de Constantin..., fut nommé César en 292 et mérita ce titre par ses victoires dans la Grande-Bretagne et la Germanie. » — On sait, en eflet, qu'au troisième siècle, et c'est un fait acquis à l'histoire, les peuples d'outre-Rhin, jalousant les conquêtes ro-

(1) COURTÉPÉK, t I, p. îm.

(2) Dictionnaire des grands /lonwies.

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maines, se livrèrent à de fréquentes excursions dans les Gaules, ardemment convoitées alors par les hordes barbares. Vers l'an 292 de notre ère, les Germains étant parvenus jusque sous les murs de Langres, l'ancienne Anclomatunum, ville pour laquelle Constance avait une prédilection spéciale, et qu'il habitait parfois, ils y furent taillés en pièces par ce prince, qui, après leur avoir tué un si grand nombre de soldats, que l'abbé Mouton, l'auteur de l'histoire d'Autrey, ne craint pas de l'élever au chiffre de 65,000, les refoula sur le Rhin où, les ayant cernés, il les fit prisonniers (1).

Parmi les vaincus se trouvait la tribu franque des Attuariens, dont nous avons parlé plus haut. En 293, l'année conséquemment qui suivit leur défaite, par suite de conventions réglées entre l'empereur et les chefs de cette tribu, les Attuariens furent cantonnés dans nos contrées, aux conditions que nous allons dire et dans les hmites que nous indiquons à l'instant.

Selon l'archiviste Boudot (2), les colons Attuariens eurent pour limites : la rive droite de la Saône, la Seine, la Tille, le Salon et la Vingeanne. « Tout le vaste territoire que ces lieux renferment, dit-il, était en friche, désert, sans habitations; il avait été détruit et ruiné totalement par les fréquentes dévastations des Germains. Constance, qui résidait quelque fois à Langres, sentant la né-

(1) Histoire d'Autrey, p, 15.

(2) Mém. de la Commission des Antiquités de la C(3/c-d'0>', 1832-33.

cessité (le -faire culliver des champs fertiles, dont l'empire pouvait tirer une grande quantité de grains pour la nourriture de ses armées, soit qu'elles fussent dans les Gaules ou ailleurs, y transféra, en 293, une partie de la tribu des Attuariens, aux conditions qu'elle porterait les armes en temps de guerre, et qu'elle livrerait une partie de ses moissons dans les greniers publics. »

Dom Plancher (1) assigne à la colonie franque des frontières moins étendues, et il la confine simplement entre les rivières de Tille, de Saône et de Vingeanne. Voici ce qu'il écrit, en effet, relativement au partage que Louis-le-Débonnaire fit entre ses enfants, l'an 839 : « La seconde part ou second lot, qui fut celui de Charles, contenait le reste de la Bourgogne, sçavoir les comtez de Genève, de Lyon, de Châlon-sur-Sône, des Attuariens, c'est-à-dire de cette partie de la Bourgogne qui est entre les rivières de lille, de Vingenne et de Sône. »

Nous venons de constater indirectement, on le voit, qu'il existe un léger désaccord entre Dom Plancher et l'archiviste Boudot, quand ils nous indiquent les limites qui durent servir de frontière aux colons attuariens. Mais quoiqu'il puisse résulter de cette divergence, qui au fond n'a absolument rien de sérieux, ces deux auteurs nous placent positivement dans l'intérieur des lignes qui circonscrivirent la tribu franque. Que nous en soyons plus

(1) Vol. 1, p. 116.

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OU moins rapprochés, cela nous importe peu pour les conclusions que nous voulons prendre ; l'essentiel est que nous en soyons enveloppés.

Or, comme l'empereur Constance voulait, avant tout, ne pas laisser incultes des contrées si propres à l'agriculture « et dont V empire pourrait retirer une grande quantité de grains », il nous semble que les Attuariens ne durent pas manquer de se fixer dans les plaines de Beire, particulièrement fertiles, et où les Romains, si bons juges en fait de colonisation, avaient déjà eu quelques établissements sans doute, puisque nous y avons retrouvé, avec leurs anciens chemins, leurs monnaies et leurs tombeaux.

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