XL. — André Mal pojj {MU
Observons d'abord qu'une famille de ce nom possédait un domaine sur la paroisse de Beire, bien avant qu'André Malpoy se rendit acquéreur de la seigneurie de ce lieu : 1° dès le 6 mars 1572, Nicolas Magnien confesse posséder une faux de pré, en la prairie de Beire, « au lieu appelé en l'aige, emprès les hoirs messire Béiùg^ie Mcdpoy (1) ; » 2° en l'année 1642, pendant que Jean-Jérôme Tisserand était seigneur de Beire, on voit Vavocat Malpoy posséder des terres sur le (inage de celte commune (2). — Ces observations préliminaires posées, revenons à André Malpoy.
Le 11 mai 1716, étant conseiller du roi et trésorier de France « en la généralité de Bourgogne et Bresse, » charge où il avait été reçu le 11 mai 1697, par acte reçu Maret, notaire à Dijon, il acheta, avec Josèphe Vestu, son épouse, la terre et seigneurie de Beire la-Yille et partie de celle de Beire-le-Chàtel, moyennant la somme de 63,170 livres, de François Gueneau, alors écuyer et résidant à Paris. — Madame Gueneau fut présente de sa personne à ce contrat. Quant à son mari, il y fut représenté par jM' Gabriel Davot, son mandataire, dont il ratifia la signature, le 14 du même mois, à Paris, par-devanl M" Gallois et Tannegon, notaires en ladite ville (3).
(1) Terrier de Jean Clopiu, fol. 24.
(2) Mauuel à cens de l'an 1642. (Arcb. du cliàt.)
(3) Arch. du chût., grosse du couliat.
258 LE CllAlliAU DE bElHE
Il fit sa reprise de fief le 20 mai de la même année, et, le 45 juin suivant, il fournit son dénombrement « à haut et puissant seigneur messire Louis-Bénigue de BeauiTremont, chevalier de la Toison-d'Or, colonel d'un régiment de dragons, marquis de Mirebeau, etc., » pour la seigneurie de Beire-la-Ville en entier et de Beire-le-Châtel en partie, qu'il avait acquise, ainsi que nous venons de le dire, des époux Gueneau (1).
Par acte du 31 mai 1723, reçu Cazotte, notaire à Dijon, André Malpoy et Josèphe Vestu, son épouse, se firent donation mutuelle de leurs biens. Et, c'est en vertu de ces dispositions prises entre eux que ladite dame, héritière de son mari, reprit de fief, le 13 mai 1729, et fit son dénombrement, le 5 juillet suivant, pour la moitié de la seigneurie de Beirela-Ville et partie de Beire-le-Chàtel relevant du roi (2).
Cependant André Malpoy était décédé dès le 29 juillet 1724, ainsi qu'on le voit par l'acte de sa sépulture que l'abbé Brocard, curé de Beire, a rédigé en ces termes : « Monsieur André Malpoy, trésorier de France, et seul seigneur de Beire-l'Eglise, et pour la plus grande partie de Beire-le- Chàtel, muni de tous les sacrements de l'Eglise, a été chrétiennement inhumé, en l'église de cette paroisse, par M. Joly, curé de Saint-Michel de Dijon, ce 29 juillet 1724, présence de M. Petit, prieur de Mirebeau; de Magnien, curé de Spoy; de Fo-
(1) PElNCEUii, vol. VII, p. G74. (Arch. dt^pait., B. 10940.)
(2) ld.,p. 706 (\rcli. dép., 13. 10981.)
restier, recteur et curé d'Arceau ; de Laurent, curé de Viévigne; de nous et autres, parents et amis (1). »
11 avait épousé madame Josèphe Vestu, et leur contrat de mariage fut rédigé, le 9 août 1700, par M" Jean Clerget, notaire à Dijon. — On y voit qu'André Malpoy était fils de Claude Malpoy, alors décédé, qui, lui aussi, avait été conseiller du roi, trésorier de France, etc., et de dame Claude Cortelot. — Quant à madame Josèphe Vestu, qui était orpheline de père et de mère, elle était fille de Jean Vestu , ancien conseiller du roi , trésorier de France, etc., et de dame Anne-Marguerite Le Belin. Elle fut assistée, audit contrat, par Etienne Le Behn, son oncle et son tuteur, conseiller du roi, maître ordinaire en Ja Chambre des comptes de Dijon (2).
Le mariage d'André Malpoy avec Josèphe Vestu, eut lieu le 10 août 1700, le lendemain du contrat susmentionné. — De cette union naquirent six enfants, dont nous avons trouvé les noms écrits de la main de ce seigneur sur son livre d'ordre, savoir : Etienne, Nicolas, Anne-Marie-ïhérèse, Georges, Catherine et Claude. Le trésorier y enregistre avec soin la naissance de ses enfants, et après y avoir consigné la date de leurs baptêmes, il fait à chacun d'eux les souhaits les plus chrétiens, qui attestent toute la piété de ses sentiments. Voici en particulier la note qu'il consacre à son fils Etienne, nous la rapportons ici pour fédification du lecteur : « Le trente
(1) Registres de catholicité de la paroisse de Beire.
(2) Archives du château, grosse du contrat.
2G0 I b; ciJAii^AL i)K i;l;ihe
mai mil sept cciil un, ma i'cmme accoucha d'uuliis qui s'appelle Etieimo, le lundi à six heures trois quarts du matin. Dieu veuille en faire un honnête Ijomme! Il a été baptisé à Noti'e-Dame le même jour. — lia eu pour parrain monsieur Estienne Lo llelin, ancien maître des comptes, et mademoiselle Catherine Malpoy pour marraine (J). »
Anne-Marie-Thérèse et Georges durent mourir jeunes, car il n'en est pas fait mention dans les dispositions testamentaires de madame Josèphe Vestu, rédigées le 23 octobre 1746, par le notaire Béguillet, au domicile de ladite dame, en sa maison ce ayant aspect sur la rue deriière les ]\linimes. » — Il y est fait mention, au contraire : de Nicolas, écuyer et seigneur deBeire ; de Claude aussi écuyer, capitaine au régiment de Navarre, alors décédé; d'Etienne, prêtre, écuyer et trésorier de France en la généralité de Bourgogne et de Bresse ; enfin, de Catherine, qui devint dame de Beire, après la mort de sofi frère Nicolas et qui, étant demeurée célibataire, légua sa seigneurie à Etienne Le Belin, dont nous parlerons bientôt (2).
C'est sous j\[, André Malpoy que l'ut commencé, le jeudi 17 juin 1723, par Jean Rouhier, notaire à Aignay-le-Duc, le terrier que nous avons déjà souvent invoqué, et qui fut terminé par Jean- Baptiste Gautherot, notaire à Rouvres, le 18 avrd 1734, la terre de Beire étant alors possédée par l'écuyer Nicolas Malpoy et Josèphe Vestu, sa mère. — L'acte
(1) Ai'chive3 (.la chàleaii, livre d'ordre d'Aiidio Malpoy.
(i) Id., grosse du tesUimcut de Josèidie Veslu, dame de Bciie.
de sépulture de cette dernière, probablement enterrée à Dijon, ne figure pas sur les registres de catholicité de la paroisse de Beire.
Les Malpoy portaient d'azur au chevron d'or, accompagné en chef de deux étoiles d'argent, et d'une motte de sinople en pointe, surmontée d'une touffe de pois d'argent (1).
XLl. — Nicolas Èla/iioy (1734).
Il était hls d'André et de Josèphe Vestu, dont nous venons de parler. Voici au surplus la note que lui consacre son père dans son livre d'ordre : « Le vingt-sept mai mil sept cent deux, ma femme accoucha d'un fils qui porte le nom de Nicolas, le samedi à cinq heures et demie du soir. Il fut baptisé le lendemain 28 à Notre-Dame, à trois heures après midy. Il a eu pour parrain M° Nicolas Fourneret, président au bureau des fmances; et pour marraine dame Nicole de Berbisey , épouse de M" de Berbisey, président à mortier à Dijon. Le Bon Dieu veuille qu'il soit bien sage ! »
Nous n'avons pu découvrir son contrat de mariage, mais les registres de catholicité de la paroisse de Beire nous apprennent qu'il fut marié et qu'il avait épousé « dame Espiart, » ainsi que le prouve l'acte suivant, rédigé par l'abbé Prudent Brocard, alors curé de ce lieu : « Une fille, dont le père est M. Nicolas Malpoy, écuyer, seigneur de Beire, et la mère Dame Espiart, ayant été baptisée
(l) Armorinl de la Chambre (/cv Comptes de hourrjogne, p. ÎJbS.
262 II:; i;iiAiEAii DK i;l:iiik
eu cas (le nécessité ;\ la maison, a été inhumée [>ai' M. Forestier, curé d'Arceau, en mon absence, ce sixseptenibre'17;)i, — Signé : Forestier et Brocard, curé de IJeire. »
En sa qualité de donataire de dame JosèpheVestu, sa mère, il reprit de lie!', le 1'' décembre il'M, la seigneurie de Beire-le-Chàtel en partie avec celle de iîeirc-la- Ville en totalité, pour ce qui relevait du roi, et fournit son dénombrement, le G juillet suivant (i).
Il mourut évidemment sans enfants, vers le commencement de 1767, et ne fut pas inhumé à Beire, car les registres de catholicité de cette paroisse ne font aucunement mention de sa sépulture : nous voyons, en elTet, mademoiselle Malpoy (Catherine) reprendre de fief, le 6 avril de la môme année, la seigneurie de Beire-la-Yille en entier et partie do Beire-le-Ghàtel, le surplus relevant de Mirebeau et de l'abbaye de Bèze, comme seule héritière ab intestat de Nicolas Malpoy, son frère (2). D'où il suit qu'à cette époque, tous les autres enfants de M. André Malpoy étaient morts.
XLIIÎ. — MudemoiicUe Malimj (17u7j.
Elle fut dame de Beire, pendant l'espace d'environ vingt-quatre ans. Et, bien que nous ayons surtout voulu parler des seigneurs masculins, son
(t) PiilNCEDÉ, vol. VII, p. m. (Anli. ch'p., B. 10994.) [■ïj l*£INCEl»É, vol. Vllj p. 787. (/Vroli. di'ii., U. ilOGI.)
ET SES ANCIENS SEIGNEUliS "203
souvenir est reslé si vivant au sein de la population béréenne, que nous n'hésitons pas à lui consacrer quelques lignes : — le livre d'ordre d'André Malpoy, son père, nous renseigne d'une façon positive sur la date de sa naissance; et voici la note qu'il lui consacre : « Ma femme accoucha, le vendredy dixneuf novembre mil sept cent six, à dix heures et demie du matin, d'une fille qui fut baptisée le même jour à Saint-Estienne, sur les quatre heures du soir. On lui a donné le nom de Catherine. Elle a eu pour parrain Eslienne Malpoy, son frère, et pour marraine Mademoiselle Catherine Malpoy, sa tante. Dieu veuiUe lui donner ce qui lui est nécessaire; pour son salut! »
Mademoisehe Catherine Malpoy nous paraît avoir eu des rapports très intimes avec la population de Beire, et vingt fois au moins, ainsi qu'on en a la preuve en parcourant les registres de catholicité;, nous avons trouvé sa signature au bas des actes quils renferment, où on la voit apparaître;, tantôt comme marraine, tantôt comme témoin des mariages de ses fermiers, de ses ouvriers ou de ses fournisseurs.
Le souvenir de mademoiselle Catherine Malpoy n'était pas encore effacé lors de notre arrivée à Beire ; quelques vieillards, d'ailleurs, avaient pu la connaître. Et bien que touchant à une époque où la féodalité allait être renversée, elle dut soutenir de nombreux procès pour défendre ses droits seigneuriaux; les habitants la tenaient en grande affection. — Le plus curieux de ces procès fut, à notre avis , celui qu'elle intenta à François Clerget , boucher à Beire ; qui crut devoir lui contester le droit.
Joî I.K CHATEAU ni:; liEllli:
(jiravait le soigneur, do se faire a[)[)(H'lei' en ^uii cliàteaii, toutes les langues du gros bétail tué dans le village. — La sentence des juges maintint n:iademoiselle Malpoy dans ses prérogatives, dont nous n'avons toutefois pu découvrir l'origine (l). — Elles se rattachaient probablement à un droit de parcours cédé par les seigneurs aux habitants.
Elle avait deux résidences, l'une à la ville, l'autre à la campagne. — Elle demeurait à Dijon quand elle piésenla son dénombrement aux religieux deBèze, seigneurs de Yiévigne, pour ce qu'elle possédait sur cette commune (2). C'est là qu'elle dut mourir, les actes religieux de la commune de Beire ne faisant mention ni de son décès ni de sa sépulture : elle n'iiabitait probablement son château qu'à l'époque de la belle saison.
En tout cas, le 9 août 1700, nous avons vu son grand-oncle, Etienne Le Behn, assister à la rédaction du contrat du mariage d'André Malpoy avec Josèphe Vestu, ses père et mère. C'est à un des descendants de cet Etienne Le Belin qu'elle léguera, mourant célibataire et sans neveux, sa terre de Beire, qui passera ainsi, quarante ans plus tard, dans la maison de Boissieu , qui la possède encore aujourd'hui, par le mariage de M. Louis-Edouard de Salvaing de Boissieu avec M"' AméUe Le BeUn, fille adoptive de M. Claude Le Belin. — Elle lit sou testament en faveur de M. Etienne Le Belin, ancien oflicier dans le régiment de Quercy, chevalier de
(1) Arch. du cli'it., liasse du procès Cleri;et. (-2) Arch. du chût., copie du dôuoinbioment.
l'ordre royal et militaire de Saint-Louis. Il est daté du 29 février 1789, et il fut reçu à Dijon, ce jour-là, par Menu, notaire en ladite ville (1).
Par lettre ne portant point de date, et revêtue de la signature de Hugues, son mandataire, M. Etienne Le Belin expose à MAL les juges du district de Dijon, que M"' Malpoy est décédée, et il conclut en demandant l'homologation du testament que ladite demoiselle avait fait en sa faveur. — Elle lui fut, en effet, accordée le 'i juillet 1791. D'où il suit que le décès de mademoiselle Malpoy peut être considéré comme ayant eu lieu vers cette époque, et qu'elle serait morte âgée de quatre-vingt-quatre à quatre-vingt-cinq ans (2).
M. Jules d'Arbaumont nous apprend (3) que « cette famille tire sans doute son origine de Jean Malpoy, sergent de la chancellerie de Bourgogne en 1367, et qu'elle fut ennoblie par des charges de trésorier au bureau des finances en 1670^ 1697 et 1725. — Ses alliances, nous dit-il encore, furent avec les familles Joly, Vestu et Espiard, et ses fiefs : Beire-la-Ville et Beire-le-Chàtel en partie ».