II. — Famille Girard
Nous avions d'abord pensé que le nom de cette famille, qu'on rencontre fréquemment sur les listes des feux et dans le dénombrement de Nicolas de Baudoncourt, mentionnés plus haut, n'était qu'un nom de baptême, mais nous avons été bien vite tiré de notre erreur, après un examen plus attentif de ces documents : en etïet , Etienne Girard figure sur la liste des feux de l'année 1375, rédigée en conformité des renseignements fournis par l'abbé Pierre, alors vicaire de Beire ; on le voit réapparaître sur celle de 1400, comme sujet de messire de Saint-Albin, chevalier. — Jehan Girard est inscri* sur celle de 1469, comme sujet de Nicolas de Baudoncourt, seigneur de Beire. — Enfin, le 9 octobre 1446, ce même Nicolas de Baudoncourt, présentant son dénombrement à Jean de Beaufïremont, seigneur de Mirebeau, y fait figurer Pierre Girard dans les termes qui suivent : « Item Pierre Girard dudit Bùre, amasé d'une maison séant audit lieu, et au lieu dit à la croix de la Charme, contenant environ
deux cbaz de maison , ainsi comme elle se comporte, et ensemble ses appartenances devant et derrier, etc. » (1).
Remarquons ici que, le 11 janvier 1874, plus de quatre cents ans après le dénombrement précité, Jacques Girard, âgé de quatre-vingt-trois ans, est mort dans sa maison , sise également devant la croix de la Charme, maison qu'il nous a dit avoir reçue de la succession de son père, qui la tenait de ses ancêtres.
Pierre Girard, qui rédigeait ses minutes en latin, exerça les fonctions du notariat dans la commune de Beire, de l'an 1410 à l'an 1441 au moins, ainsi qu'on peut s'en convaincre en consultant le terrier de 1579, où plusieurs de ces minutes ont été insérées par le notaire Jean Clopin (2). — Un acte sur parchemin, rédigé par « Jehan Girard, le vendredy après la feste de saint Grégoire dixseptiesme jour du mois de mars, l'an mil quatre cent cinquante et ung,)) nous fait voir également qu'à cette date Jean Girard était notaire à Beire. — L'un et l'autre sont ainsi quaUfiés dans ces diverses pièces : « Clerc, tabellion juré de la court de Tévéque de Langres. » Il y est formellement dit aussi qu'ils étaient l'un et l'autre de Beire (3).
A partir de l'année 1469, où nous avons vu le notaire Jean Girard figurer sur la liste des feux de Beire, il nous a fallu descendre jusqu'à l'an 1705 pour retrouver l'ancienne famille de ce nom, dans
(1) Archives du châleaii.
(2) Id., terrier de 1579, fol. 129 et 215.
(3) Id., liasse de vieux parchemins.
1111 acte (le mariage ainsi rédigé par l'abbé Claude Mongin : « Jean Picardet, fils de Jean Picardet et de Barbe Girard, vignerons demeurant à Bère, a reçu la bénédiction nuptialle, avec Reyne Carriet, fille de fut Laurent Carriet, vivant laboureur audit Bère, et de Pierrette Rude, le 26 octobre 1705, par moi prestro,curé dud.lieu,soubsigné. Les bans ayant esté controUé à Mirebeau par Boudier, le 25*= dud. mois. En présence de M. François Gocquard, procureur au Parlement de Dijon, demeurant en ce Heu; François Clément, clerc aud. Bère; et Claude Mailrot, recteur d'escolie aud. lieu, qui se sont soubsignés avec moy sur les registres ; et encore de Denis Millot, manouvrier aud. Bère, qui a dit ne savoir signer » (4).
En 1765, François Girard était un des deux échevins de la communauté (2). — A deux reprises, en 1824 et en 1831, on vit un de ses descendants, Jacques Girard , exercer les fonctions d'adjoint au maire de la commune de Beire (3).
Le famille Girard y est encore représentée par plusieurs de ses descendants mâles, dont les noms figurent au dernier recensement des habitants de cette commune. — Elle avait probablement dû quitter ce village pendant un temps assez long, pour aller s'établir à Bretigny , d'où les registres de catholicité nous la montrent, venant souvent de ce lieu, pour assister à des baptêmes de la paroisse de
(1) Regirilros de oaîholicilé },'ariir'S à la mairie.
(2) Archives de !a mairie de Beire.
(3) Id.
ANCIENNES FAMILLES DE liEIRE 285
Beire. — Si on nous objecte la grande lacune qui existe de l'an 1469 à l'année 1705, nous répondrons : 1' que nous n'avons pu nous procurer les listes des feux de la commune de Beire postérieures à celles de 1469 ; 2" que les registres de catholicité de cette paroisse n'ont été ouverts qu'à partir de l'an 1628 ; 3° enfm, que nous n'avons eu à notre disposition que les terriers et les manuels à cens de l'ancienne maison forte de Beire, et que la famille Girard aurait bien pu appartenir, après 1469, à l'une des justices de la Chaume ou de Vesvrotte. — Ces observations, nous les faisons à l'avance relativement aux deux familles qui vont suivre, savoir : les familles Canet et Roy.
m. — Famille Canet (1397).
Nous avons constaté la présence du nom de Michel Canet sur la liste des feux de l'année 1397, comme étant de la justice d'Henri de Beaudoncourt. — Celui de Vilot Canet, qui était de la justice de madame Dormier ou d'Ormoy (Isabelle de Choiseul), figure sur la liste de l'an 1400. — De cette année il faut descendre jusqu'à l'an 1664 pour retrouver cette vieille famille , alors alliée à celle des Sébillon, qui était aussi une ancienne famille de Beire. Cette année -là, en effet, le 1*^'' avril, messire Pasquier Clément baptise une fille de Pierre Canet et de Denise Sébillon. — A partir de cette date, les registres de catholicité renferment de nombreux actes relatifs aux baptêmes, aux mariages et aux sépultures de la famille Canot, encore représentée aujourd'hui, dans la paroisse
de Beire, par plusieurs de ses descendants, parmi lesquels François Ganet, membre actuel du conseil de fabrique. — En 1C64, elle avait son siège à VesvroUe, ce qui nous paraît expliquer suffisamment l'absence de son nom des anciens terriers et manuels à cens du château de Beire : car les intérêts matériels de la seigneurie de Vesvrotte ne furent jamais mêlés à ceux du reste de la communauté. La preuve nous en est fournie, d'ailleurs, par le traité d'accord de l'an 1446, passé entre les moines de Bèze et les habitants de Beire, où on ne vit point intervenir ceux de Vesvrotte, pas plus que dans le procès soutenu contre les habitants de Viévigne, pour la délimitation des bois communaux de ces villages.
Le 4 janvier 1700, Nicolas et Pierre Canet firent partie de l'assemblée où fut réglé le triage des bois entre le seigneur de Beire et les habitants de cette commune. — Le 8 octobre 1713, Michel et Nicolas Canet assistèrent également à la rédaction d'un traité d'accord, en vertu duquel les habitants laboureurs s'engagèrent à une corvée d'une journée de charrue, envers leur seigneur, en échange de certains droits de parcours que leur céda ce dernier (1).