HOMMAGE AFFECTUEUX DE L'AUTEUR
in 2010 with funding from
University of Toronto
http://www.archive.org/details/belabbsetsonarOObast
INTUOOUCTION
Fixé, de bonne heure, à Bel-Abbcs, où ma famille était arrivée en 1851, je m'adonnai entièrement à la vie de colon qui prédispose le plus aux études sérieuses, en même temps qu'elle attache à ce sol, où se trouvent désormais nos affections, nos intérêts, nos joies et nos tourments de chaque jour.
C'est ainsi que j'appris à aimer celle contrée, ma seconde patrie, et que de tout temps j'eus l'idée de réunir les principaux faits qui l'intéressent, jaloux de faire connaître au plus grand nombre l'objet de mon vif attachement.
Souvent, aussi, j'avais élé frappé d'entendre dire que le Français ne sait pas coloniser, et rapprochant celle interprélation peu llalleuse de ce qui se déroulait tous les jours sous mes yeux, je m'étais demandé si je ne remplirais pas un devoir en présentant les faibles moyens
dont je disposais pour délruire ce préjugé, sans avoir la prétention de faire une étude spéciale sur cet art que ni mon peu de loisir, ni mon insuffisance ne me permettaient d'aborder.
Tous les peuples ont un penchant à aller s'établir au loin pour exporter les produits des pays nouveaux, dans le triple but d'améliorer le sort des nationaux qui s'expatrient ainsi, d'avantager le consommateur et d'enrichir leur propre nation.
Pour envisager la question au point de vue du plus ou moins d'aptitude que possède notre pays à coloniser, et bien que quelques essais de ce genre aient pu produire parfois des déceptions dans des parties isolées, ne coiivient-il pas de voir les effets généraux qui ont été obtenus : les pays déserts se couvrant d'une population laborieuse, la civilisation remplaçant le plus souvent la barbarie, le commerce des peuples rendu plus facile, plus étendu et, par suite, leurs relations plus intimes, et d'examiner si la France n'a pas, de la sorte, utilisé avec succès un des plus puissants et des plus sérieux auxiliaires du progrès ?
Mais, en dehors de ce penchant que nous avons relevé à l'avoir de tous les peuples, puisque ceux-là même qui n'ont pas de colonie voient leurs enfants s'expatrier sans y être contraints par aucune volonté, mais poussés simplement par le désir d'acquérir l'aisance et par ce besoin de posséder le sol qui s'empare un peu de tout le monde, à un moment donné, la colonisation offre un moyen trop important de prévoyance aux gouvernements sou-
cieiix des intérêts de la classe la plus nombreuse, pour que notre patrie oit pu négliger de l'utiliser et d'y concentrer de grands efforts.
Si la France ne possède aujourd'hui qu'un petit nombre de colonies, ne sommes-nous pas en droit d'avancer qu'elle le doit uniquement à ses insuccès dans différentes guerres plutôt qu'à son peu d'aptitude à coloniser? puisque chacune de nos anciennes possessions était prospère et florissante au moment de passer de nos mains entre celles de nos ennemis plus heureux.
Certes, les essais de cette nature, tentés par notre pays dans toutes les parties du monde, ont été suivis de succès qui parlent assez haut par eux-mêmes dans l'histoire des difl^érents peuples, bien que tous n'aient pas eu un champ d'action aussi favorable que celui olïert par les côtes septentrionales de l'Afrique. Celles-ci présentent, en efl'et, à l'immigrant, cet avantage incalculable que, tout en donnant satisfaction à ce besoin de quitter son pays pour aller chercher fortune ailleurs, chacun peut, en raison de leur proximité de la mèrepatrie, se rendre compte à l'avance des conditions au milieu desquelles il doit vivre, de façon à ne tenter qu'avec de sérieuses garanties une épreuve trop souvent suivie de déceptions,
Mais il me suffira de citer notre œuvre en Algérie, où, en moins de cinquante années, nous avons acquis une colonie de cinquante millions d'hectares, dont quatorze millions sont fertiles et immédiatement colonisables, réuni une population européenne de trois cent quaranle
mille habitanls, élevé le mouvement commercial, qui, en 1850, n'élait que de huit millions, à trois cent cinquante millions de francs (1), sans parler des effets généraux que j'ai précédemment signalés, pour laisser au public impartial le soin déjuger en toute connaissance de cause.
Ces considérations générales rendaient plus vif encore mon désir de parler de Bel-Abbès et de son arrondissement, dont le territoire avait été peuplé, bâti et cultivé en moins de trente-cinq ans, et qui, n'ayant pas de passé historique, pouvait être revendiqué à bon droit comme une œuvre exclusive de la colonisation française.
C'est dans cette disposition d'esprit que me trouvèrent la circulaire du 15 juillet 1876, dans laquelle le Préfet d'Oran faisait appel à toutes les personnes de bonne volonté désireuses de l'aider à préparer l'histoire de la colonisation du département, et la lettre par laquelle, le 2 décembre 1877, le vice-président du commissariat de l'Algérie, pour l'Exposition qui s'organisait, m'engageait à entreprendre cette étude de nature à oiîrir, selon lui, un réel intérêt, et dans le but de la faire figurer à l'Exposition universelle de 1878.
Je songeai, dès lors, à reprendre mon projet que les préoccupations de fonctions publiques m'avaient un moment fait mettre de côté, tout en me permettant de réunir des matériaux fort utiles, soit comme maire de
(1) Expose de la siluatioii de l'Algérie, le 12 novembre 1878, par le Gouverneur général. En 1876, le mouvement commercial de la colonie avait atteint trois cent quatre-vingt millions de francs.
Bel-Abbès, soit comme conseiller général de la circonscription rurale, soit comme direclcur du Syndicat des eaux ou président du Comice agricole de l'arrondissement.
Je ne fus néanmoins en mesure d'adresser à l'Exposition universelle qu'un simple résumé qui prit place dans le catalogue raisonné des produits que j'avais exposés, et aujourd'hui seulement il m'est permis de livrer à la publicité un travail qui n'est, je le reconnais, qu'une description historique et statistique destinée uniquement à servir de renseignements à ceux qui voudront poursuivre et compléter ce genre d'étude, comme aussi de terme de comparaison à ceux qui, plus tard, indiqueront les progrès qui ne manqueront pas de s'accomplir en cet endroit.
Quoique ramenée à ces modestes proportions, celle œuvre ne pouvait être produite par un seul, et j'ai dû frapper à bien des portes qui, je m'empresse de le dire, se sont toujours ouvertes à mon appel pour m'offrir, avec la meilleure volonté possible, d'excellentes ressources, en même temps que j'utilisais avec profil la collection du Bulletin des actes du gouvernement de l'Algérie, celle des volumes du Conseil général d'Oran , et enfin les Tableaux de la situation des établissements français en Algérie, auxquels j'ai fait plusieurs cmprunis.
Je ne saurais oublier de rappeler, à celte place, que M. Beuzelin a bien voulu se charger d'établir le plan de Bel-Abbès et de dresser la carte de l'arrondissement d'après les documents les plus récents, et en mettant au
service do cet important travail l'expérience que lui ont acquise de longues années de recherches et d'études s'élendant aux moindres parties de ce territoire.
Et, si je dois un tribut de reconnaissance , que je tiens à rendre public, à M. Guérin, commandant du génie, pour son obligeanceà me seconder, et à M. le lieutenant Denis, dont le départ précipité pour la Cochinchine m'a privé d'une précieuse collaboration, je remplis également un devoir en remerciant ici tous les Chefs de service et les personnes qui n'ont cessé de mettre à ma disposition des documents fort intéressants.
C'est à eux seuls aussi que je reporte le succès que celte modeste étude peut obtenir auprès des amis de la colonie.
Bel~Abbès, le 11 avril 1880.