‹ Bel-Abbès et son arrondissement; histoire, divisions administratives, travaux publics, services publics, statistique, topographie, agriculture, commerce et industrie depuis leur création jusqu'a nos jours. Avec cartes, plans, tableaux synoptiques et chronologiquesChapitre 3 sur 82 · PREMIERS TRAVAUX · texte numérisé non relu

PREMIERS TRAVAUX

Si l'on voulait entrer dans le domaine du merveilleux , on dirait qu'un voyag-eur , dont la course est sans fin , revenant pour la seconde fois dans les lieux où il n'avait vu , à son premier passag-e , que désert et solitude , a rencontré , après de longues années, une ville populeuse, une campagne florissante, une civilisation née comme par enchantement. Et cependant nos soldats et les premiers colons de la Mekerra ont vu , en moins de quarante ans , une transformation semblable s'opérer dans cette région : là où étaient des marais , il y a des cultures et des fermes ; là où s'étendaient les broussailles souvent impraticables , s'élèvent des villages et passent des chemins ; une ville s'est bâtie là où les tribus nomades dressaient leurs tentes. Cette ville s'est peuplée et enrichie, et maintenant, sortie de la période d'enfantement , elle a pris sa place parmi les cités.

Ce qui nous frappe , ce sont les effets ; mais pour comprendre ceux-ci , il est nécessaire de remonter aux causes , d'analyser la série des circonstances naturelles qui ont favorisé une création aussi rapide , aussi extraordinaire , et de mesurer en

même temps les efforts intellig-enis qui ont réussi à faire fructifier ces semences de prospérité, sans lesquels elles seraient restées stériles.

Nous présenterons ainsi la description de Bel-Abbès , non pas au point de vue d'une curiosité qui trouverait sans doute plus d'aliments dans des faits historiques plus éclatants et plus bruj^ants , mais comme une étude destinée à retracer la mesure de l'effort au résultat obtenu, comme un chapitre de l'histoire de la colonisation française en Algérie.

Dans ce but nous avons , à chacune des périodes qui forment le cadre de ce travail , résumé les principaux événements intéressant Tensemble de la colonie , pour conserver cette cohésion indispensable entre les différentes parties historiques d'un même pays.

Résumé des principaux faits qui intéressent l'Algérie de 1830 à 1847.

Lorsque le drapeau de la France fut arboré au sommet de la casbah d'Alger, le 5 juillet 1830, pour venger l'injure faite à son gouvernement dans la personne de son représentant, et que la victoire la plus complète couronna les efforts de notre armée , en cet endroit tant de fois témoin de l'humiliation des puissances européennes luttant contre les deys au nom de la civilisation (I ) , la nation victorieuse fut , un moment , comme

(1) Il àuflit de rappeler, pour oonlirmer cette remarque, les défaites des Espagnols, d'abord en 1510, époque où le Pegnon, construit six ans plus tôt par Pierre de Navarre, fut impuissant à empêcher la destruction de l'expédition commandée par Francesco de A'éro; puis en 1555 sous la conduite de l'empereur Charles-Quint lui-même, qui eut à lutter contre les hommes et surtout contre les éléments ; cl enlin en 1774 et 1780 sous les commandements successifs du général O'Reilly et de l'amiral Darcélo, et d'ajouter que Louis XIV, en 1682, et lord Exmouth, en 181C, ce dernier agissant au nom des principales cours de l'Europe, durent se contenter de bombarder Alger qui, cliaqne fois, renaissait promptement de ses cendres.

éblouie par son succès et se demanda , dans toutes les classes de la société , ce qu'elle pourrait bien faire de sa conquête.

De 1830 à 1840, -véritable période d'occupation, où les événements militaires qui se succèdent nous entraînent pour ainsi dire malgré nous , le gouvernement lui-même cherche à plusieurs reprises quelle doit être sa véritable ligne de conduite.

Durant quatre ans cette hésitation ne cesse de s'accroître, et, vers la fin de l'année 1 833 , une Commission est instituée avec la mission de décider si la France doit ou non abandonner sa récente conquête.

Pendant que de nombreuses brochures paraissent dans le but de résoudre le problème algérien , plusieurs personnalités ne craignent pas de se prononcer nettement pour que le pays soit délivré d'un fardeau qu'il ne pourra jms porter long-temps, et, bien qu'à ce moment le Ministre ait déclaré , avec la Commission d'enquête , que l'honneur et l'intérêt de la France lui commandaient de conserver ses possessions sur la côte septentrionale de l'Afrique, ce n'est qu'au mois de juin 1 838 que le gouvernement manifesta hautement son intention de coloniser l'Algérie.

Mais la malheureuse reconnaissance sur Blidah (1830) ; l'insuccès de l'expédition de Médéah (juillet 1831) ; le massacre de Bùne (septembre 1831); la désastreuse affaire de la Macta (juin 1 835) ; l'échec devant Constantine et la pénible retraite qui en fut la suite (novembre 1 836) , ainsi que le traité inexplicable de la Tafna (mai 1 837) , nous mirent dans l'obligation de nous garder des nouvelles tentatives qui pouvaient être faites contre nous à l'est comme à. l'ouest , et par suite d'occuper les principaux points du littoral: Mers-el-Kebir ( 1 830) ; Bone (mars 1832); Arzew, Mostaganem et Bougie (1833); momentanément Mascara (décembre 1 835) et Tlemcen (janvier 1 836) ; La Calle (1837); Constantine (octobre 1837), et enfin Cherche! 1 , Médéah et Milianah (I8i0).

On comprend vite , dans ces conditions, qu'il était impossible de song-er à établir la colonisation proprement dite sur un territoire dont la conquête était loin d'être assurée ; aussi n'avonsnous à enregistrer , au début , que l'arrivée de quelques immi-

grants , véritables intermédiaires entre le commerce et l'armée , notamment pour les objets les plus indispensables.

Dès l'année 1832, Dély-Ibrahim, Kouba et le massif d'Alger commencent à se peupler ; bien que la création officielle de ces deux premiers centres ne date que du 22 avril 1835, époque à laquelle remonte également la fondation de Boufarik. Mais ces premiers essais restèrent limités à cette partie du territoire de la province d'Alger , celles d'Oran et de Constantine n'ayant pris aucune part à l'œuvre de colonisation pendant la période que nous examinons, si ce n'est par la création de Philippeville (6 octobre 1838), que le maréchal Valée édifia uniquement alors pour faciliter les relations de l'intérieur avec le littoral.

C'est d'ailleurs seulement le 1 9 avril 1 836 que le maréchal Clauzel , pour régulariser l'état de choses existant , fit délivrer des titres provisoires garantissant à chaque famille la concession qu'elle devait cultiver et planter dans un temps déterminé.

De 1840 à 1847 la conquête s'affermit d'une manière complète , et le pays est bien réellement , une terre définitivement française. De nombreux territoires devront encore être ajoutés à nos possessions , plusieurs insurrections seront encore à réprimer ; mais la guerre , d'une façon générale , cède la place au travail et à l'œuvre de colonisation.

Nous devons relever, comme principaux faits militaires de ces quelques années : le passage des Portes-de-Fer (fin 1 839) ; l'héroïque défense , à Mazagran , des cent vingt-trois hommes du l^"" bataillon d'Afrique, commandés par le capitaine Lelièvre (février 1 840) ; le passage du col de Mouzaïa , malg-ré une vive résistance (mai 1840) ; la prise de Takdempt et de Mascara (mai 1840); celle de Saïda (1841); la prise de la smala d'Abd-el- Kader par le duc d'Aumale (mai 1 843) ; le bombardement de Tanger, la victoire d'Isly sur les Marocains, le bombardement de Mogador et la convention de Tanger (1 844) ; l'insurrection du Dahra , Textermination des Ouled-Riah , dans les grottes de Nekmariah , par le colonel Pélissier , et le désastre du colonel Montagnac au Marabout de Sidi-Brahim, près Nemours (1845); le massacre de la deïra (avril 1 8i6) ; enfin la soumission des

Kabyles de Bougie et de Sétif , celle d"Alimed-ben-Taïeb-ben- Salem, celle de Bou-Maza et la reddition d"Abd-el-Kader, à Nemours, entre les mains du duc d'Aumale (1847).

Quant à la colonisation , elle entre résolument dans une période d'activité depuis le moment où le g'énéral Bugeaud arrive à Alg'er, non-seulement dans le but d'achever la conquête, mais aussi investi de la mission de coloniser le pays.

Un arrêté gouvernemental du 18 avril 1841 consacre le système des concessions à titre g'ratuit , à la condition d'exploiter sa terre et de l'habiter soi-même ou d'y fixer une famille à sa place. Des clauses particulières sont en outre insérées dans les titres , suivant le lieu où se trouve la concession , et cela avec d'autant plus de raison que , dans le choix des emplacements qu'il convient de peupler , l'État n'a pas seulement à tenir compte des avantages agronomiques ou hygiéniques, mais surtout à se préoccuper des exigences stratégiques et politiques que comporte l'état général du pays.

Dès cette même année , le g'énéral Bugeaud organise le peuplement de l'ouest du Sahel , et après que le roi Louis-Philippe a déclaré dans son discours aux Chambres (1842) que l'Alg'érie est une terre désonnais et pour toujours française , les mêmes essais de colonisation sont tentés dans les départements d'Oran et de Constantine , à partir de 1844 (1),

Les projets de colonisation alors mis à l'étude étaient des plus vastes; mais ils furent entravés par l'ordonnance du 21 juillet 1843, dont les effets furent amoindris par celle du 1" sep-

(1) Nous donnons ici la nomenclature, sans détail aucun, des centres créés en Algérie jusqu'à la fondation de Bel-Abbés, pour permettre à chacun de faire telle comparaison qui lui paraîtra utile.

Celle série est extraite d'une brochure préparée à l'occosion de l'Exposition universelle de 1878, et qui a pour titre : coup d'œii. sen l'histoire de la colonisation en algérie.

Ces centres sont : i- pour le département d"Als;er, en 1835 : Boufarik, Dély-Ibraliim, Kouba et les llaouchs du massif d'Alger ; — en 1810 : Médéah (banlieue^ Milianaii (banl.) ; — en 18il : Chercliell (banl.), Blidah ; — en I8'r2 : Orariah et Kaddous, El-Achour, Ouled- Fayet, Coléah; — eu 1843: Boghar, Teaiet-el-llaàd, Orléansville, Tenés (banl./. Douera, Boudjaréah, El-Diar, Mustapha et l'Agha, l'ointe-Pescade '.St-Eugene), Birkadem, Saoula, Chéragas, Guyotville, Hussein-Dey, Maison-Carrée ; — en i8i'i : Dellys, Sidi-Ferruch, Slaonéli, Baba-Hassen, Crescia, Mahelma, Sainle-Amelie, Saint-Ferdinand, Douaouda, Fouka, Zéralda, Fondouk ; — en 1815 : Aumale, Soumah ; — en 18'i0: La ChilTa, Mouzaïaville; — en 18'i8 : Joinville, Montpensier, Dalmatie, Deni-.Mered, El-Affrouu, Castiglione, Lodi, Damiette, Marengo, Zurich, Novi, Montenotte, La Ferme, Pontéba, Aflre-

tembre 1817, édictée au moment où le duc d'Aumale était nommé Gouverneur général et allait continuer l'œuvre si bien entreprise par le maréchal Bug-eaud , dont le nom est insépararable de tout ce qui rappelle les progrès de notre colonie dans le passé.

Occupation militaire du territoire de Bel-Abbès.

Le rapide exposé de la situation générale qui précède , permettra de suivre avec plus d'intérêt ce que nous avons à dire maintenant concernant la création de Bel-Abbès.

Vers 18i0 , les progrès de la conquête nous avaient amenés à occuper, dans la province d'Oran, la ville de Mascara et bientôt après celle de Tlemcen , qui formaient une seconde ligne d'occupation , destinée à enfermer entre elle et la côte un territoire désormais livré à la possession paisible et à la culture. On avait déjà établi plus loin , vers le sud , sur la limite du Tell et des hauts plateaux , ce qu'on a appelle les postes-magasins , points d'appui et de ravitaillement pour nos colonnes expéditionnaires, comme Sebdou, Frendah, Tiaret. Daya avait été occupé provisoirement, et le marabout de Sidi-bel-Abbès , qui sous peu donnera son nom à la nouvelle ville , était un gîte

ville ; — en 18'i9 : l'Arbah ; — en 1850 : le Forl-de-l'Eau ;

2- Pour le département d'Oran, en 18'il : Mostaganera (banlieue), Mascara H^a"!-) ; — en 1842: Tlenifen (ban!.); —en IS'i'c La Sénia ; — en 1845: Saint-Denis-du-Sig, Arzew, Missergliin, Oran (banl.), Sidi-Chami ; — en 18'iG : Mazagran, Mers-el-Kebir, Sainte- Barbe-du-Tlélat, Nemours, Sainte-Léonie, La Stidia ; — en 1848 : Valmy, Aréole, Saint- Cloud, Kléber, Mefessour, Saint-Leu, Damesme, Fleurus, Assi-ben-Okba, Saint-Louis, Assi-ben-Féréah, Assi-bou-Nif, Assi-Ameur, Mangin, Rivoli, Aïn-Tédélès, Souk-el-Mitou, Aboukir, Aïn-Nouissy, Tounin ; — en 1849 : Sidi-bel-Abbès, Négrier, Bréa ; — en 1850: Saint-André-de-Mascara, Sauu-Hippolyte, Sal'-Saf, Mansourah, Aïn-el-Turck, Bou-Sfer ;

3- Pour le département de Constantine, en 1853 : Bougie (banl.); — en 1837 : Constantine (banl.) ; - en 1838 : Philippeville, Bùne (banl.); — en 1842 : La Calle ; — en 1844 : El-Arrourli, Saint-Antoine, Valée, Damrcmont ; —en 1845 : Guelma, Duzerville ; — en 184G : Aïn-Slia; — en 1847 : Sétil' (banl.), Saint-Charles, Condé, Penthiévre, Bugeaud ; — en 1848 : Stora, Batna, Robertville, Gastonville, Jemmapes, Mondovi, Barrai, Iléliopolis, Millésimo, Petit; — en 184'J : Djidjelli.

d étape obligé et usité entre Oran et Daya , sur la route naturelle qui réunit ces deux points, c'est-à-dire la vallée de la Mekerra.

Ce fut seulement à partir de 1 842 que des troupes s'établirent d'une façon permanente sur ce relai intermédiaire entre la côte et les postes du sud. Elles avaient pour mission, en gardant ce point, d'assurer nos communications et de les mettre à l'abri d'un coup de main. Dès lors le poste, non reconnu encore, bien qu'existant de fait , fut protégé par des ouvrages de fortification. Une redoute en terre fut élevée sur un emplacement choisi par le général Bedeau, à une égale distance d'Oran et de Daya , à dix-huit lieues de l'une et de l'autre ville , sur la rive droite de la Mekerra , pour garder les issues de cette grande vallée qui , des hauts plateaux à la mer , renferme une des principales artères de la province d'Oran.

Le point fortifié tirait sa force d'un léger mouvement de terrain qui commandait la plaine sur une certaine étendue , et du fossé naturel de la Mekerra qui, abandonnant pendant quelques kilomètres la direction générale de son cours sud-nord , coule en cet endroit de l'ouest à l'est , couvrant le poste vers le nord. La forme de la redoute était rectangulaire, avec une flèche vers le sud.

Tel fut le berceau de Bel-Abbès. La redoute occupait une surface d'un demi-hectare environ, à peu près le quatre-vingtième de la superficie que la ville renferme aujourd'hui dans ses murailles. Au reste , la fortification , en prenant plus tard son extension , a conservé le point fortifié primitivement comme une partie forte , et le mur en maçonnerie , se substituant aux remparts en terre , a laissé dans l'intérieur de l'enceinte tout le terrain de l'ancien poste, qui forme actuellement l'extrémité nord-ouest de la ville.

Beaucoup d'habitants de Bel-Abbès se rappellent encore avoir vu la redoute que les soldats , dans un langage naïf et pittoresque, appelaient Biscuitville ; les baraques en planches, construites à l'intérieur , étaient en effet uniquement destinées à assurer le service des vivres; quant aux troupes, elles étaient logées sous la toile.

On a dit que beaucoup de villes de la colonie n'étaient que « des casernes doublées d'une cantine. « C'est une épigramme qui est vraie pour Bel-Abbès , du moins en ce qui concerne les origines ; car les besoins de l'armée attirèrent bientôt un certain nombre de vivandiers et de marchands qui se groupèrent tout d'abord au pied de la redoute , vers le nord , entre les remparts et la Mekerra. Le village qui se créa ainsi, peu important, puisqu'il ne comptait qu'une dizaine de maisons , était situé au pont de bois('l) ; aujourd'hui il n'en reste plus trace, non plus que de la redoute. Le Bel-Abbès nouveau a fait disparaître , depuis longtemps , les témoins de son humble origine !

Quelle était la physionomie de ce poste intéressant qui devait être le noyau d'une grande ville? Tout le monde peut se la dépeindre facilement, en rapprochant le Bel-Abbès de ce temps-là des points analogues voisins. La garnison était composée en majeure partie de troupes de la Légion étrangère et de Chasseurs. Au reste, c'était avant tout un lieu de ravitaillement, et un observatoire d'où nous pouvions surveiller le sud , lancer nos colonnes en cas de troubles et d'insurrection , et protéger les plaines fertiles de M'iéta , du Sig et du Tlélat , tout en empêchant de tourner Mascara et Tlemcen.

La vie était pénible pour ces troupes qui n'avaient d'autre abri que la tente ; mais l'eau potable ne manquait pas , car tout le long de la Mekerra, sur un développement d'un kilomètre à peine, en face du poste, existent des sources nombreuses. Le bois était abondant ; vers l'est et le sud tout le terrain, jusqu'à vingt kilomètres , était couvert d'une épaisse broussaille de bois taillis, bon à brûler.

Malgré cela les conditions sanitaires étaient loin d'être favorables ; car depuis le pied même du mamelon sur lequel était assis le camp jusqu'à cinq kilomètres en amont sur la rive droite de la Mekerra , il existait des terrains marécageux dont les émanations malsaines , ramenées sur la partie habitée par les vents d'ouest , qui régnent généralement , firent éclore des

(1} Remplace en 1878 par un pont en fer.

fièvres dont la garnison commença à souffrir cruellement dès 1845.

L'humidité permanente du sol, dans cette étendue, tenait uniquement à la mauvaise direction et au défaut d'entretien des anciens canaux d'irrigation établis par les Arabes. Ce marais fut desséché par des rigoles d'écoulement présentant une pente favorable vers la Mekerra, et les fièvres disparurent en partie. C'est principalement sur l'emplacement de l'ancien marais qu'est aujourd'hui le jardin public.

Ces travaux , avec ceux de la route de Daya à Bel-Abbès , occupèrent les troupes pendant toute l'année 1845 et pendant l'hiver de 1845 à 1846.

Projet de création de Bel-Abbès.

En 1844 Daya avait été fondé pour relier les deux postes trop éloignés de Frendah et deSebdou, à la limite des Kœff, sur un plateau à l'altitude de mille mètres environ. A l'origine Daya fut, comme Bel-Abbès, un poste exclusivement militaire, autour duquel sont venus se grouper quelques marchands et cantiniers , mais qui n'a pas pris un g-rand développement.

Bien différente devait être la fortune de Bel-Abbès. L'année 1 845 fut précisément marquée par l'événement qui devait provoquer la création d'un centre de population civile sur les rives de la Mekerra. Les indigènes, les Béni- Amer, suivant en cela l'exemple d'un grand nombre d'autres tribus, allèrent porter à notre ennemi, l'émir Abd-el-Kader, le contingent de leurs forces, en émigrant au Maroc. Nous ne nous étendrons pas sur les événements politiques qui amenèrent cette exode ; nous nous contenterons d'en faire ressortir les conséquences pour la situation du poste de Bel-Abbès et do tout le pays arrosé par la Mekerra.

Les possesseurs du sol ayant disparu sur un espace immense où la colonisation n'avait pas encore pénétré , le pa^'s se transformai en une solitude ouverte aux incursions des Marocains et des tribus sahariennes. Le poste se trouvait dès lors placé dans des conditions toutes différentes; car son importance militaire g-randissait de tous les dangers qu'entraînait pour la colonisation du littoral l'abandon du territoire situé entre Mascara et Tlemcen. En effet, si une forte occupation ne fermait pas aux cavaliers du sud la route naturelle de la Mekerra , ces bandes pillardes pouvaient facilement s'avancer à travers un pays sans défense, et par un chemin sans obstacles, jusqu'aux plaines fertiles de M'iéta et du Sig, Les places de Mascara et de Tlemcen étant tournées, perdaient leur action dans la défense du littoral colonisé et pouvaient voir leurs communications avec Oran mises en péril. Il était donc urgent de boucher la trouée qui se formait ainsi sur cette ligne de Mascara-Tlemcen , dont la longueur de cent quarante kilomètres était trop considérable pour permettre une surveillance efficace de la part de ses deux points d'appui.

En même temps surgissaient d'autres idées. Les rives de la Mekerra jouissaient d'une juste réputation de fertilité. Les Arabes, suivant leur habitude, avaient, depuis des siècles, laissé le terrain , sinon sans culture , du moins sous un régime qui était loin de favoriser tout le développement de la richesse agricole, et là oii leur insouciance n'abandonnait pas à la broussaille des terres excellentes , leur inertie se contentait d'un labour unique , peu profond , tardif. Toutefois , il y a^-ait de riches espérances pour l'avenir d'une colonie agricole fondée dans une plaine où la couche végétale , reposant sur un substratum calcaire et marneux , présente souvent des épaisseurs de quarante à cinquante centimètres, et pouvait , en outre, à l'aide de quelques travaux d'art n'offrant aucune difficulté sérieuse , recevoir une irrigation abondante par les eaux de la Mekerra.

Les Arabes, par suite d'une émigration volontaire, nous faisaient abandon de ces terrains. N'étions-nous pas en droit de nous en emparer, et de fonder ainsi un centre de colonisation

auquel tout semblait devoir promettre, non-seulement une prospérité rapide, mais encore une extension facile et naturelle? Si , en effet , on jette les jeux sur la carte de la province d'Oran, ce qui frappe d'abord, c'est, à côté des massifs montagneux de Mascara et de Tlemcen , la plaine de la Mekerra ouverte de l'est à l'ouest sur un développement de soixante kilomètres , et du nord au sud , depuis le djebel Tessalah et le djebel Hadjera, jusqu'aux premières assises des Kœff, sur une étendue de quarante kilomètres environ. Cette plaine, généralement plate ou mamelonnée par de faibles mouvements de terrain , descend , en pentes douces , vers les deux rives de la Mekerra, qui la fertilise et en forme l'artère principale.

A cette époque la colonisation recevait une impulsion active. Les années 1845, 1816, 1817 sont marquées par de nombreux décrets portant création de centres de population, parmi lesquels on remarque Nemours et Sétif , comme on a pu le voir dans les notes qui précèdent.

Quant à Bel-Abbès , le territoire des Béni- Amer fut déclaré acquis à l'Etat par suite d'un arrêté du gouverneur général, duc d'Isly, en date du 18 avril 18iC). Cet arrêté frappait de dépossession, d'une façon générale, toutes les tribus émigrées, soit dans le Maroc , soit dans le désert , qui n'auraient pas obtenu l'aman dans un laps de temps déterminé , et portait que toutes leurs propriétés appartiendraient à l'État.

Le 19 février 1847, une autre dépêche du duc d'Isly établissait les bases de l'occupation militaire de Bel-Abbès ; mais ce ne fut qu'un an après que fut créée la Commission spécialement chargée de déterminer les points favorables à l'établissement d'un centre de population civile. Cette Commission présentait la composition suivante :

Prudon, chef du génie à Bel-Abbès, président ;

Signorino, chef du bureau arabe, membre;

Camis, inspecteur de colonisation, membre ;

Eicliacker, chirurgien -major de la Légion étrangère, membre;

Francy-Brégeat, agent du domaine, secrétaire.

Parmi ces noms , il en est un qiù ne peut pas tomber dans l'oubli : c'est celui du président de la Commission, le capitaine Prudon, premier chef du génie à Bel-Abbès. C'est au chef du génie que Bel-Abbès doit ses remparts , ses casernes , son hôpital ; c'est au président de la Commisson que la ville doit ses rues, ses places, la plupart de ses monuments publics, ses conduites d'eau et ses égouts. La part de cet officier est grande dans l'œuvre , et c'est à juste titre que son nom est inscrit sur une des principales rues de Bel-Abbès. Le souvenir reconnaissant de la colonie ne devait pas moins à la mémoire de son fondateur, dont nous Ferions heureux de voir le nom attaché, dès maintenant, h l'un des nombreux villages de l'arrondissement.

Dans sa dépêche du 19 février 1847, le duc d'Isly arrêtait à trois bataillons , quatre escadrons et une section de batterie de montagne , les bases de l'occupation militaire de Bel-Abbès , qui devait posséder en outre un détachement des troupes du génie , quatre cents chevaux ou mulets du train des équipages et un détachement des ouvriers d'administration. Il recommandait aussi , dans Tassiette des positions , de se préoccuper de la population civile, dont le chiffre pouvait être évalué, pour un certain nombre d'années , à trois mille habitants.

Le capitaine Prudon fut invité à présenter , suivant ces indications , un projet qu'il produisit le 10 novembre 184-7.

Pendant le courant de l'année, des influences contraires s'étaient déjà agitées au sujet de Bel-Abbès. Créé comme cheflieu de subdivision, une dépêche du ministre du 21 août lui promettait , dans un avenir peu éloigné , le rôle de chef-lieu de la division militaire , dès que la conquête étant affermie sur le littoral , le gros de nos forces pourrait s'établir avantageusement dans l'intérieur (1). D'un autre côté, en faisant la répartition des troupes dans les places , le général Charron , comman-

(1) A ce sujet nous ne croyons pas pouvoir mieux faire que de citer Topinionsuivanie de J. Duval qui connaissait bien les questions algériennes, et dont la vie entière s'est passée dans IVtude approfondie des solutions économiques : « Sous l'empire de toutes ces heureuses conditions, liel-Abbés est appelé, mieux encore que Dlidah dans le centre, a devenir la capitale militaire et civile de l'ouest; les plans de la cite ont été conçus eu vue de cette haute destinée, ofliciellemcnt annoncée dés 1847. Aussi est-ce vers ce point

dant supérieur du génie , déclarait ne pouvoir accorder à Bel- Abbès l'effectif indiqué comme base de l'occupation , et par suite trouvait le projet « trop étendu. »

Le volume intitulé : Établissements français en Algérie, de cette époque , porte même que , dans l'hypothèse où Bel-Abbès ne serait qu'un chef-lieu de subdivision , la dépense devait être évaluée à trois cent mille francs pour les travaux de défense et à un million cinq cent mille francs pour les bâtiments militaires , ce qui existait alors n'étant qu'un simple provisoire. Cette somme , pour faire un chef-lieu de division , devait être augmentée de cinq cent mille francs , nécessaires pour établir les bureaux de Tétat-major , les conseils de guerre et de révision , la prison militaire et les chefs des services militaires de la province.

Mais tenant compte de l'avenir que le ministre de la guerre réservait à cette ville , les plans du capitaine Prudon furent acceptés dans leur ensemble , bien que leur évaluation fut plus élevée que la précédente, et les constructions commencèrent dès 1847.

Plan d'organisation

Le projet du capitaine Prudon embrassait les éléments principaux d'un poste militaire et répondait en même temps à tous les besoins d'une population civile; c'était un plan d'organisation complète et sans lacunes. Nous allons en donner une description succincte : c'est décrire , à peu de chose près , la ville telle qu'elle est.

qu'aflluenl aujourd'luii de préforcnce les capilaux cl les bras, et TÉlat l"a-I-il doié d'une banlieue très étemluc. La province tout enlieri' ijagnerail à voir son centre de pravité, de dominalion et de colonisation, lixé d'abord sur le littoral par les nécessites de la guerre, reporté iilus avant dans l'intérieur, ce que permet la sécurité complète et désormais assurée du Tell tout entier. La pacification cllc-mèmc en serait consolidée. » {ilanuel desaiiitif cl statisliquc de l'Algcric e» 1853.)

L'enceinte , simple mur avec meurtrières , se compose de seize bastions reliés par des courtines. Le mur, d'ime hauteur moyenne de cinq mètres , est défendu, en avant, par un fossé de quatre mètres de largeur et de trois mètres de profondeur. Cette enceinte , d'un développement total de trois kilomètres environ , représente un polygone qui , en réalité , a sept côtés , mais dont les deux côtés adjacents nord et les deux côtés adjacents ouest , forment respectivement entre eux des angles si ouverts , et dont le côté nord-ouest a si peu de longueur, comparativement aux autres, que l'aspect général de la figure est celui d'un rectangle allongé dans le sens de la rivière , avec un appendice ■à l'un des angles, à l'emplacement de l'ancienne redoute qui', au point de vue militaire , devait nécessairement être renfermée dans les limites de la nouvelle ville.

Dans le tracé de l'enceinte fortifiée, on s'imposa la double condition de bien occuper le plateau , de façon qu'aucune partie du terrain environnant la place n'échappât à ses vues , et de s'éloigner , le moins possible , des figures régulières qui conviennent h l'ensemble et à l'assiette des villes, en reportant les faibles irrégularités sur quelques points seulement.

Le terrain se prêtait d'ailleurs merveilleusement à l'installation d'une ville ; car une dépression longitudinale , courant de l'ouest à l'est, formait un thalweg naturel en pente douce, favorable à l'écoulement des eaux vers la Mekerra, en aval.

La superficie renfermée dans l'intérieur de l'enceinte était d'environ quarante-deux hectares , répartis , dans le projet d'ensemble , de la manière suivante : fortifications , cinq hectares ; installation militaire 16 ; places et rues 1 1 ; installation civile 10.

Les dix hectares , réservés à l'installation civile , étaient distribués entre les bâtiments civils , tels que : gendarmerie , bureau arabe , tribunal, église, marché, etc., et deux cents lots à bâtir , d'une superficie moyenne de trois à quatre ares (1 ).

(IJ En voici d'aillours le détail, ainsi que celui concernant les établissements militaires,

en observant qu'il ne s'agit ici que de prévisions, modiliées en partie lors de l'application.

Établissements militaires : h. a. c. Il Train des équip3t;es et ateliers ii. a. c.

Quartier de cavalerie 3 16 » 1 1 de réparation 2 54 »

Nous aurons achevé de caractériser la ville de Bel-Abbès , quand nous aurons dit que les constructions militaires sont complètement séparées du quartier civil , de sorte que le tout ressemble à deux villes juxtaposées et renfermées dans la même enceinte. Voici les raisons qui ont conduit le capitaine Prudon à adopter, dans ses projets, l'idée d'une séparation aussi absolue :

(V Quand les quartiers militaires sont bien fermés, il n'y a pas grand inconvénient à ce qu'ils soient placés au milieu de la population civile ; le plus souvent même cette dernière y trouve avantage et le préfère ; mais , quand tout est à créer , quand tout porte à croire , qu'à de petites exceptions près , les constructions militaires précéderont de beaucoup les constructions civiles , nous croyons que ce serait s'exposer à voir les premières longtemps éparpillées , avant que le vide qui les sépare ne fût rempli, et se ménager ainsi très-gratuitement, pendant bien des années, l'aspect confus et décourageant de créations en apparence mal coordonnées , qu'on ne manquerait pas de juger mal conçues. C'est pourquoi il nous a paru rationnel de faire de l'installation militaire une partie de la ville à part , sauf plus tard à introduire aussi l'élément civil dans ce quartier, en concédant des emplacements qui , longtemps utilisés , finiront

Quartier d'infanterie pour trois

bataillons 1 48 50

Quartier et établissement d'artillerie 7t 50

Parc à fourrage et magasin à orge. 1 48 50

Parc aux bestiaux pour 550 têtes. » 71 50

llôpitalmilitairepour500nialades. 2 » » Magasin des effets militaires ...» 40 50

Magasin aux vivres » 22 50

Manutention el accessoires .... » 45 » Logement et bureau du sous-intendant » 18 »

Hôtel du rommandanl de la subdivision » 25 »

Bureau et logement du commandant de place » 20 »

Pavillon pour 70 officiers » 30 »

Pavillon pour2 oflicierssupcrieurs » 15 »

Pavillon du génie » 22 50

Casernement du génie » 27 »

Magasin et atelier pour le fer. . . » 18 »

Ouvriers et voitures » 90 »

Prison militaire » 22 50

Conseil de guerre » 18

Cercle des officiers » 10

Trésor et poste » 10

Corps de garde et violon, loge-\ ment de portiers-consignes, ma-/

gasin il poudre, magasin de pro-> » 4 jectiles, salle d'artilice, contett.X de cartouches, chàteau-d'eau. j

Bdlimenti civils :

Gendarmerie et prison civile ... » ÔT»

Tribunal civil » 18

Bureau arabe » 2i

Eglise » 8

Presbytère » 12

Mairie » 8

Ecoles » 12

Services financiers » 2':

Ponts et chaussées » 21

Théâtre «40

200 lots à bâtir, dont 80 de 5 ares

60 cent., et 120 de 4 ares. ... 7 tî8

Marché couvert » 10

nécessairement par devenir un jour disponibles. En attendant, les deux installations formeront un tout participant des mômes communications , des mêmes promenades , des mêmes eaux , mais pouvant se développer séparément , soit en même temps , soit successivement , sans que le retard apporté au développement de l'une nuise en rien à l'harmonie de l'autre. »

L'écoulement des eaux pluviales était assuré par le rég'lage facile de la pente des rues , et celui des eaux ménagères par deux ég-outs placés, l'un sous la rue du rempart nord, et l'autre sous la g-rande rue centrale , tandis qu'une prise , établie sur la Mekerra, devait permettre, à la fois, de laisser courir l'eau dans la ville et d'arroser les environs.

L'étude du règlement des pentes, bien préparée dès l'origine par courbes équidistantes de vingt en vingt centimètres , permettait à chaque concessionnaire de bâtir sans retard , quel que fût le lot qui lui était assigné. Les pentes des rues variaient entre un et trois pour cent , et les remblais allaient, en général , de quarante à quatre-vingts centimètres , comme au marché et à l'église , atteignant en quelques endroits un mètre vingt centimètres, comme dans la rue du Désert.

Les deux cents lots à distribuer aux colons , une fois bâtis à un étage , devaient loger dix à douze personnes chacun , ce qui permettrait d'atteindre immédiatement deux mille âmes , et plus tard de dépasser trois mille , chiffre fixé par la dépêche du duc d'Isly,

Le projet que nous venons d'esquisser à grands traits comportait une dépense de 4,500,000 fr,, dont 270,000 fr. pour les fortifications, et 4, "230, 000 fr. pour les bâtiments, somme qui devait être répartie sur les quatre exercices de 1847 à 1851 .

Le Commandant supérieur du génie a3'ant fait , comme nous l'avons vu, des propositions moins étendues, le capitaine Prudon, dans un contre-projet, combattit cette combinaison, faisant valoir de nouveau la crainte qu'inspirait l'Émir , l'inquiétude provenant de l'émigration des Béni- Amer , la souffrance des troupes campées depuis longtemps, l'urgence de protéger les colons qui s'avançaient vers le sud , et enfin les

raisons que les exig-ences de la stratégie , de la colonisation et de l'humanité mettaient à son service.

Le Sous-Intendant militaire , de son côté , faisait ressortir la nécessité , vu les conditions de vétusté des baraques qui servaient d'ambulance depuis I8i3, d'en élever de nouvelles pour abriter les malades , la mortalité ayant donné les chiflPres suivants dans ces dernières années: en 1843, 9 décès; en 18ii, 43; en184o, 9o;en 18iG, 1 i-G.

Premiers travaux.

Enfin, dès cette môme année 1847, l'ordre fut donné de commencer le parc aux bœufs, l'installation provisoire du génie , la clôture du quartier de cavalerie et sa réunion à la redoute existante , ainsi que la partie de l'enceinte enfermant le quartier militaire jusqu'au-delà des portes de Daya et d'Orau. 80,000 francs étaient alloués pour ces travaux, eu même temps que 20,000 fr. demandés pour établir des plantations, à cause du manque de végétation en cet endroit. La caserne de l'artillerie et du génie, le pavillon du commandant de la subdivision, celui de la place, le parc aux fourrages, l'abattoir, les magasins du campement et des lits militaires , le magasin à poudre et les corps de garde furent ajournés aux exercices suivants .

Le 7 septembre , avis fut donné au capitaine Prudon de s'installer à Bel-Abbès ; les bâtiments furent alors commencés sur des bases bien déterminées (I), et les approvisionnements eu matériaux se poursuivirent avec activité.

l\) p:n voici le détail :

!• r.âlimenls pcrm.inents pourôVi lits d'hôpital, C(^.0 animaux et •2,'2I5 iioinmes, savoir : 1 ol'licier général, Il ollicicrs cl employés, 20 chevaux a l'elat-major ; - 1,525 ofliciers et soldats, 18 chevaux et mulets d'infanterie ; - 530 ofliciers et soldats, itii) chevaux de cavalerie; — 75 ofliciers et soldats d'artillerie; — 155 ofliciers et soldais, 121 chevaux des autres corps spéciaux; — 22 hommes du bataillon ; - 15 ofliciers de santé et d'adminis-

Afin (le protéger les concessionnaires contre les vols et les coups de main des Arabes, on entreprit, en outre, une enceinte provisoire de 2 m. 50 de hauteur , avec parapet et fossé, enveloppant la partie de l'espace intérieur destiné aux lots à bâtir.

La viabilité tenant , malg-ré tout , une place importante dans les préoccupations de cette épocpie, on dut, toat d'abord , pour assurer les communications avec le chef-lieu , construire à l'entrée de la ville un pont dont la charpente , faite avec soin mais économiquement , en utilisant des bois en partie extraits des forêts des environs , embrassait , sans appui intermédiaire, toute la larg-eur de la rivière. Les culées, garanties par des perrés de trente mètres en amont et de huit mètres en aval , avaient entre elles une distance de neuf mètres. L'entretien de la route de Bel-Abbès à Oran, ouverte en 18i-4, sug-g-érait, en môme temps, l'idée de créer un chemin muletier par le Tessalah, tandis que l'on reprenait la route de ceinture de 286 kilomètres , ayant pour jalons Tiaret , Saïda , Daya , Sebdou et dont l'exécution , commencée dès 1 845 , avait été suspendue par suite de la reprise des hostilités. Cette route, ouverte d'urgence sur quelques parties du tracé par des travaux de campagne destinés à faciliter le mouvement des troupes , tirait avant tout son importance, en face de l'esprit d'insurrection des tribus, delà nécessité de relier entre eux tous les postes-magasins situés sur la limite des provinces.

Ces différents travaux terminent la première période pour faire place à celle de l'exécution des projets actuellement bien définis.

Iralioii. Les autres prévisions s'établissaient sur quatre fours de 500 rations, 10,000 quintaux d'orge, 12,000 quintaux de fourrage, 350 tètes de bétail, le campement (tentes, gamelles, bidons, outils), l'habillement pour '(,000 hommes, le harnachement pour leurs chevaux, ♦2,0(M) fournitures de literie, 25,000 kilogrammes de poudre et les rations de vivres ordinaires et de campagne ; 2* Bâtiments provisoires pour 792 hommes et loi animaux.

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