CHAPITRE II
Statistique agricole de 1879-1880. — Données sur l'Agriculture des années 1854 et 1855. — Propriété urbaine. — Valeur foncière et locative. — Superflcie de la propriété cultivée. — Défrichements. — Main-d'œuvre. — Constructions. — Matériel agricole.
S'il nous a été permis de dire que Thomme se trouve ici placé dans de bonnes conditions d'hygiène, pourvu qu'il tienne compte des sages conseils qui ont été donnés à plusieurs reprises, et de constater que les fièvres du début ont presque complètement disparu, pour faire place à une situation fort bonne au point de vue de la santé publique, il n'est pas encore possible d'établir une comparaison des cultures locales avec celles des autres pays européens, comme on le fait ordinairement à la suite de toute étude météorologique.
Notre arrondissement est, en effet, livré à la colonisation depuis trop peu de temps pour avoir dit son dernier mot au point de vue agricole ; aussi la situation présente ne sauraitelle être considérée que comme une étape très-importante, il est vrai, et non comme la dernière expression du prog'rès.
Quant à la prospérité agricole de notre contrée, nous la croyons des mieux établies, et nous ne souhaitons rien tant que de voir le public partager cette con\'iction, lorsqu'il aura lu attentivement ce chapitre.
Les terres des environs de Bel-Abbès sont calcaires et coûtent peu pour être mises en valeur ; il n'en est pas de même de celles de quelques autres parties qui sont arg-ileuses et qui ne sont devenues très-prospères que du jour où une plus grande force d'action a été utilisée.
De tous côtés, quoi qu'il en soit, on commence à s'apercevoir que les labours ordinaires ne suffisent plus pour obtenir des résultats satisfaisants.
Les contrées q\ii méritent d'être particulièrement citées pour leur ag-riculture, sont, par ordre d'importance, les environs directs de Bel-Abbès, le fertile ïessalah, appelé par quelques Arabes « la terre au l^lé » et désigné par quelques autres comme renfermant un trésor, peut-être pour rappeler que les récoltes y sont souvent très-belles, la vallée de la Mekerra avec les cultures de Ben-Youb, de Bou-Kanéfis, de Sidi-Khaled et de Sidi- L'Hassen, la plaine qui s'étend dans le sens de la route de Mascara jusqu'à Mercier-Lacombe, la route d'Oran, celle de Tlemcon avec les créations récentes de Lamtar et plus à droite d'Aïu-el-Hadjar, et enfin le territoire de la Tenira.
Toutefois, il est difficile de donner au sol une valeur bien exacte, par la raison qu'elle dépend de bien des circonstances trop longues à énumérer.
Ainsi, l'accroissement de la population, l'augmentation considérable des cultures, l'établissement de la voie ferrée, ont peu à peu amené les choses à ce point que l'on peut avancer, sans crainte d'être contredit, que la propriété urbaine a actuellement atteint une très-grande valeur.
Voici quelques chiffres qui indiquent cette progre.ssion : îi l'adjudication publique du 9 janvier 1808, le prix le plus élevé des terrains situés à l'est du square de Tliùpital, a été de (') fr. 2-") le mètre superficiel non hiU'i ; les terrains qui .se trouvent entre le cercle militaire et la })orte de Daya, ont été ])ay('s 2 fr. 78 le mètre ; et le I 2 juin 1878 les emplacements au sud du cercle militaire ont été adjugés au prix moyen de 13 fr. 73 c. et au prix maximum de 25 fr. le mètre.
])un autre côté, une partie des terrains achetés le 9 janvier
1868, pour une somme de 19,850 fr., a été revendue, en mars 1879, au prix de 105,000 francs.
Enfin , on estime actuellement que le mètre carré de terrain non bâti vaut de iO à 50 francs dans les rares endroits où l'on peut en trouver, car dans certaines rues ce prix doublerait s'il existait encore des lots disponibles.
Quant h la propriété rurale, son prix dépend de sa proximité d'un centre et d'une bonne voie de communication, de la proportion d'Européens déjà installés dans les environs, de la qualité de la terre, de son état de défrichement, et, enfin, de la quantité d'eau qui lui est attribuée.
En tenant compte de ces données on peut évaluer le prix d"un hectare de terre arrosée de 1,000 à 8,000 francs, suivant sa proximité d'un centre ou de la Tille de Bel-Abbès, celui d'un hectare de terrain non irrigué, de 30 à 800 francs, suivant les conditions dans lesquelles se trouve placé l'immeuble et qui peuvent varier entre les deux limites extrêmes suivantes, que nous venons de traduire par des chiffres : terrain indigène dont la propriété n'est assurée par aucun acte authentique et terrain situé sous les murs de Bel-Abbès.
A ces chiffres, il faut ajouter de 1 ,000 à 1 ,'200 francs, qui représentent les frais de plantation et d'entretien pendant trois années, pour avoir le prix d'un hectare de vigne ou de verger en rapport.
La location d'une ferme défrichée, avec ses bâtiments, varie en terrain sec de 15 à iO francs l'hectare ; celle dune terre non bâtie et couverte de broussailles n'est que de 5 à 15 francs. L'hectare de terrain soumis à l'arrosage et destiné ;\ la culture maraîchère se loue jusqu'à 500 francs.
Les tableaux suivants donnent, par commune, tous les renseignements concernant l'agriculture de l'arrondissement de Bel-Abbès pour l'année 1879-1880, et d'une manière suffisamment exacte, quoique peut-être un peu au-dessous de l'expression vraie, ce qui s'explique par la difficulté de saisir bien des détails lors de l'établissement des premières statistiques de cette nature.
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