‹ Bel-Abbès et son arrondissement; histoire, divisions administratives, travaux publics, services publics, statistique, topographie, agriculture, commerce et industrie depuis leur création jusqu'a nos jours. Avec cartes, plans, tableaux synoptiques et chronologiquesChapitre 70 sur 82 · S ^ ON · texte numérisé non relu

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Les calculs que nous avons faits pour établir ces tableaux nous permettent, en outre, de présenter quelques remarques de nature à les compléter .

Le clim.at de Bel-Abbès, essentiellement continental, est très-chaud, puisque la température moyenne annuelle est de 16''28, et excessif, la température variant beaucoup d'une saison à l'autre, et les moyennes mensuelles allant de T^ST en janvier, à 26" 14 en juillet. Comme ces moj^ennes ne suffisent pas pour les ag-rononies qui ont aussi un g-rand intérêt à connaître les variations des différentes journées, nous ajouterons que la température change d'une façon notable dans la même journée, marquant ainsi des différences qui dépassent souvent 12° pendant les jours d'hiver, et 21" en été.

Les mois les plus froids sont par ordre d'importance : janvier, décembre et février ; les plus chauds : juillet, août, juin et septembre, et le mois d'octobre est celui qui se rapproche le plus de la température moyenne de l'année.

Les extrêmes absolus, si importants à connaître, certains végétaux ne pouvant vivre au delà de températures trop basses ou trop élevées, ont été de — 8°3 le 1 4 janvier 1 880, — 7' 0 le 29 janvier 1877, — 6°2 le 22 décembre 1879, — 5°6 le 1 6 janvier 1 878, — 5°o le 5 janvier 1 864, — 4<*3 le 1 3 février 1862, — 4i0 le21 janvier 1861, — 3"3 le 21 décembre 1866, - 2''o le 29 décembre 186o, — 1°o le 28 janvier 1863 ; et de 4i."0 le 15 juillet 1865, — 43»3 le 28 août 1878, — 43'^3 le 7 juillet 1864, — 43''0 le 8 juillet 1862, — 42^8 le 30 juillet 1880, — 42"8 le 29 juillet 1866, — 42^^0 le 27 juin 1879, — 41°2 le 1 1 juillet 1877, et 38"8 le 25 juillet 1861.

L'époque du maximum de température a lieu, en général, vers la fin du mois de juillet et souvent dans la première quinzaine du mois d'août ; celle du minimum vers le milieu du mois de janvier et rarement à la fin de décembre.

De plus, les gelées dont le nombre s'élève à 31 par année, sont parfois très-nuisibles à la végétation, parce qu'elles ont lieu au printemps, moment où elles saisissent plusieurs végétaux qui ont donné signe de vie, mais dont les organes sont encore

herbacés ou tendres, et où un dégel subit, occasionné par l'influence d'un soleil vif, produit beaucoup de mal, comme cela s'est malheureusement vu les I'''et 12 mai 1879, où la température est descendue à — 1°0 et — 0"8.

Nous avons adopté, pour nos différentes saisons, le groupement suivant qui répond bien mieux que celui des saisons astronomiques à la démarcation des phénomènes météorologiques à différentes époques : mars, avril et mai pour le printemps ; juin, juillet et août pour l'été ; septembre, octobre et novembre pour l'automne ; décembre, janvier et février pour riiiver, et nous trouvons de la sorte un hiver tiède et un été très-chaud séparés par un printemps et un automne à température à peu près égale.

Nous devons encore faire cette remarque, appliquée aux maxima, aux minima aussi bien qu'aux moyennes, que les températures des mois de décembre, d'avril et d'octobre sont, d'une manière sensible, respectivement les mêmes que celles de l'hiver, du printemps et de l'automne, et que celle du mois d'août se rapproche le plus de la température moyenne de l'été.

Si maintenant nous utilisons les données que nous trouvons dans le Bon Fermier, de M. Barrai, pourneuf villes de France, nous pouvons en déduire que la moyenne des températures maxima de Bel-Abbès est entre celles de Nantes et d'Alger, celle des minima entre celles de Toulouse et d'Alger, la moyenne annuelle entre celles d'Alais et d'Alger, la température la plus haute observée entre celles de Nantes et d'Alger, la plus basse observée moins basse que celles relevées ii Lille, Metz, Chàlons-sur-Marne, Paris, Nantes, Orange, Alais, Toulouse et Marseille, et que la moyenne de chacune des quatre saisons de Bel-Abbès est, en outre, su[)érieure à celle de chaque saison correspondante des neuf villes qui précèdent.

Mais, malgré son importance qui domine celle de tous les autres éléments d'un climat, la chaleur n'étant pas le seul agent i)hysique qui ait une influence sur les conditions climatériques d'une contrée, nous devons ajouter que le climat de Bel-Abbès, considéré au point de vue du degré de sou humi-

dit6, est très-sec, la pluie assez rare ne tombant qu'un jour sur 4 I /2 à 5, et les jours lumineux très-nombreux, ainsi que la température élevée de cet endroit exerçant une grande influence sur l'évaporation. La rosée se produit au printemps et se continue tant que la terre est encore humide ; les brouillards, assez rares, tiennent peu dé temps, et se dissipent presque toujours avant midi.

Toutefois les pluies sont assez abondantes pour rendre presque certaines les cultures d'hiver, surtout lorsqu'elles sont un peu réparties, comme cela a lieu d'ordinaire, et qu'elles ne font pas défaut au printemps ; quant aux cultures d'été, elles ne peuvent être abordées, on le comprend, qu'avec l'aide des irrigations.

Les pluies commencent en septembre et tombent d'une façon très-irrégulière ; elles sont plus abondantes en mars, avril, novembre, janvier, décembre, février, et plus rares en juillet, août, juin, septembre, octobre et mai. Les 537 millimètres relevés, comme moyenne annuelle des pluies tombées pendant onze années à Bel-Abbès, se répartissent ainsi par saison : 36, 57 pour cent en hiver, 38,87 au printemps, 0.51 en été, 24.45 en automne.

Pendant la période observée, les années oii il est tombé le plus d'eîfu sont : 1804 (i87"""9), 1865 ('i.74'"™9), 1876 (456'"'»), 1877 (589'""^9), 1880 (:>79"""7) ; celles où il en est tombé le moins sont : 1861 (200™"'9), 1867 (207'^°>8), 1879 (260--4).

Les plus fortes pluies ont donné 51 '"'"0 le 7 mai 1 880, 45™'"5 le3mai 1880,39 """G le 17 mars 1878,58">™l le 2 janvier 1865, 54™'"6 le 25 avril 1864, et 31"""4 le 5 novembre 1864. Il pleut moins que dans les villes de France désignées ci-dessus et qu"à Alger, et le nombre moyen annuel des jours de pluie se rapproche de celui de Marseille ; le nombre des journées de neige est inférieur môme h celui de Marseille, car elle ne tombe qu'à plusieurs années d'intervalle, un jour ou deux, et ne tient pas sur le sol.

Ces exemples, ce que nous avons dit plus haut de l'irrégu-

larité des pluies, et cette remarque que cexles-ci sont plus abondantes dans les pays montag-neux qui environnent la vallée de Bel-Abbès, comme le montrent les crues fréquentes et quelquefois considérables de la Mekerra. donnent la raison pour laquelle nos co\u's d'eau et même plusieurs ravins constituent de véritables torrents pendant la saison des pluies, pour devenir presque secs pendant Tété. L'administration supérieure doit aussi y trouvei' le devoir impérieux de créer des barrag-es pour retenir ces richesses qui s'en vont en pure perte à la mer, alors qu'elles devraient être utilisées à corriger la sécheresse de nos étés, et d'ouvrir quelques puits artésiens dans le même but. le déboisement considérable de cette région ag'gravant encore cette situation.

Les vents sont assez variables dans la contrée; ceux de l'ouest dominent pendant les journées d'hiver, tandis que pendant les nuits on a très-souvent du vent du sud, mais faible, ce qui s'explique par le refroidissement nocturne des régions sahariennes; pendant la journée, au contraire, la masse liquide de la Méditerranée s'échauffant moins que l'intérieur aride du continent, l'appel se produit dans le sens du sud.

De telle sorte qu'à cette époque le vent du soir ou de la nuit vient du sud pour tourner au nord pendant le jour en passant par l'ouest, et que les gelées qui se produisent par rayonnement ont lieu fréquemment après le veut nocturne du sud.

En été ce sont les vents du nord et du nord-est qui dominent pendant le jour, puis viennent ceux du nord-ouest ; pendant la nuit les observations indiquent le plus souvent un temps calme, sans vent.

Les vents du matin sont généralement très-faibles, ceux de l'après-midi modérés et quelquefois assez forts, ceux du soir faibles et modérés.

L'observation permet de tirer les déductions suivantes de la direction des vents en cet endroit : les vents nord et nord-est sont froids et abaissent la température ; le vent d'ouest accompagne les temps couverts et amène la pluie : les vents du sud

élèvent souvent la température pendant le jour, surtout lorsque le courant saharien s'abaissant, le siroco souffle et -nuit à la vég-étation ; pendant la nuit, au contraire, dans les matinées et parfois môme pendant la journée, ce vent du sud est froid. Les vents qui produisent les plus grandes modifications sont ceux du sud-est, direction suivie par le siroco lorsqu'il souffle avec le plus de violence, qu'il est le plus chaud et qu'il est accompagné de poussière et de grains de sable, et les vents d'ouest et du nord-ouest qui, nous l'avons vu, sont les vents de pluie. On voit souvent deux courants en sens inverse, l'inférienr venant du nord et le supérieur venant du sud, ce qui montre que dans ce pays-ci les courants atmosphériques se substituent l'un à l'autre très-fréquemment, le vent faisant parfois le tour du compas dans la journée.

Ce fait explique aussi les vents chauds que nous ressentons venant de l'ouest et du nord-ouest, car alors le courant polaire dévie le courant qui vient du sud, et par la raison contraire les vents froids que nous éprouvons, quoique venant du sud.

Le climat de Bel-Abbès est brillant, avec un ciel toujours pur et un soleil resplendissant pendant la saison sèche, et souvent très-net même pendant les premiers mois de l'année ; c'est pouicela que les plantes à fruits et à graines s'y trouvent particulièrement bien.

Les orages assez fréquents sont surtout produits par les grandes chaleurs et se traduisent par des éclairs qui s'aperçoivent l'été à l'horizon sud ; quelquefois ils sont accompagnés de coups de tonnerre, rarement de grêle. Lorsque celle-ci tombe au mois d'avril, elle nuit non-seulement aux produits de l'horticulture, mais aux céréales qui sont en ce moment trèsavancées.

A la suite des considérations qui précèdent et qui sont déduites des observations météorologiques, nous croyons indispensable de rappeler les désirs suivants qui sont généralement exprimés par les agriculteurs aux époques les plus critiques de la végétation : Pour placer ici les récoltes dans de bonnes conditions de réussite il faut, en novembre et décembre, un temps

humide et une douce chaleur nécessaires à la levée des céréales et favorables à la cueillette des olives ; en janvier et février, un peu d'eau pour faciliter les labours préparatoires, et, en même temps, une température assez froide pour ne pas voir la végétation trop activée dans la crainte des éventualités des mois suivants ; en mars et avril, un temps faiblement chaud avec une légère humidité pour avoir de belles fleurs sur les arbres et obtenir, par suite, une fécondation réussie. D'après la remarque des cultivateurs il serait à souhaiter qu'il plût vers le milieu et à la fin du mois d'avril pour assurer, ou tout au moins pour sauver d'une grande perte les récoltes en terre, car sans cela les feuilles jaunissent et sem'blent vouloir se dessécher, indiquant bien par là que la transpiration qui a lieu par les feuilles est plus active que l'absorption des liquides fournis par la terre. Ces indices montrent le moment précis où il convient d'utiliser l'irrigation, lorsque l'on dispose de ce puissant auxiliaire. Pendant la fécondation on aurait aussi à déplorer une trop grande séclieresse, de même que les brouillards intenses qui, portant toujours préjudice aux étamines ainsi qu'à l'ovaire des plantes, empêchent la fécondation de se produire. On sait que les vents trop violents produisent les mômes effets, surtout pour les fleurs des arbres fruitiers, car on se rappelle que ces efix^ts sont tempérés ou presque nuls pour les céréales, grâce aux dispositions particulières prises par la nature.

La chaleur et la lumière, si utiles à la fructification, ne faisant ])as défaut ici, une pluie e.st à désirer en mai pour conduire à bien les céréales ; le beau temps est nécessaire pendant le mois de juin pour l'accomplis-sement de nos moissons qui redoutent les pluies d'orage qui tombent souvent à cette époque, retardent ces travaux, noircissent les orges et la paille.

En juillet et août la rentrée des grains et leur battage, (pii se font entièrement en plein air, exigent un beau temps exempt de pluie et accompagné de vent dans l'après-midi.

Enfin, chacun demande, en septembre, un temps chauipour parfaire la maturité des raisins, ne pas troubler les vendanges

et permettre à la fermentation de se produire dans de bonnes conditions et de se terminer rapidement.

Si nous examinons à nouveau les caractères météorologiques de notre contrée pour les comparer à ceux qui ont permis de diviser l'Europe en grandes régions agricoles, nous trouvons que le territoire de Bel-Abbès appartient à la région des oliviers de Gasparin, mais à cette sous-région où l'olivier succombe parfois aux rigueurs du froid, comme cela eut lieu chez nous au mois de juin 1857, où la vigne et les arbres fruitiers sont atteints par les gelées de printemps, où le coton ne peut être cultivé, où l'orang-er ne donne ses fruits qu'exceptionnellement dans des endroits abrités, et où le tabac, les tomates, les poivrons et quelques plantes à culture d'été doivent être semés sur couches couvertes pour être mis en pleine terre au moment où les g-elées du printemps ne sont plus à craindre, mais où Ton trouve encore le pin pignon, le pin d'Alep et le genévrier qui appartiennent exclusivement à cette région.

Dans cette région on cultive avec succès et par ordre d'importance : les céréales, et surtout les blés, la vigne, les oliviers, le maïs, les mûriers, les arbres fruitiers et quelques plantes fourragères artificielles, notamment la hizerne, La jachère y est pratiquée, les prés y sont très-peu. nombreux , et les irrigations augmentent d'une manière considérable les produits du sol.

Nous retrouverons dans les pratiques agricoles que nous aborderons bientôt, en parlant de la culture de Bel-Abbès, la plupart des plantes que nous venons de nommer ici.

Hygiène publique. — Le climat de Bel-Abbès est salubre ; du reste l'arrondissement présente un certain nombre de véritables climats partiels qui sont dus à la configuration topograpliique du sol, à son orog'raphie et à l'état de ses cours d'eau.

A Bel-Abbès la salubrité est des plus remarquables ; les naissances dépassent les décès d'un quart, et parfois même d'un tiers, bien qu'il doive être fait une exception pour l'année 1876, pendant laquelle ont sévi des épidémies de variole et de rougeole d'une très-grande intensité. Ainsi nous relevons dans

la commune de Bel- Abbès, en 1877, 61.') naissances et 422 décès, en 1878, o8G naissances et ilG décès, en 1879, G30 naissances et 531 décès.

La fièvre paludéenne du début est presque inconnue aujourd'hui en ville et dans la banlieue et, en dehors des maladies contagieuses qui sévissent là comme partout, on ne peut sig-naler aucune affection tenant à la nature du sol ou du climat; elles y sont à peu près les mêmes qu'en France, et l'on voit parfois à Bel-Abbès ce fait sing-ulier que le nombre des malades atteint son minimum en été et en automne.

Nous avons constaté que le climat de Bel-Abbès est excessivement chaud en été et relativement froid en hiver ; nous avons dit aussi que la température est sujette à des oscillations considérables et que la différence entre le maximum et le minimum diurne dépasse parfois 20".

Aussi, quoique le thermomètre marque 42 et 43'^ en été, les nuits sont excellentes et fraîches, le mercure tombant à 20 et 2 1 " et (|uelquefois plus bas , ce qui permet de réparer aisément les forces perdues pendant la journée.

D'autre part, la sécheresse excessive de l'atmosphère rend la transpiration cutanée plus facile et l'organisme supporte mieux cette température élevée mais. sèche, qu'une autre moins haute mais humide, comme cela se produit sur les bords de la mer.

Quelques points de l'arrondissement, placés dans des basfonds, sont moins bien favorisés que Bel-Abbès ; mais, la culture aidant, l'assainissement y fait des progrès rapides, et tel endroit qui était autrefois inhabitable, est aujourd'hui en pleine prospérité.

Enfin, les individus des diversee nationalités s'acclimatent fort bien, notanunent ceux du midi de l'Europe, et parmi eux les Français, puisque nous voyons encore au milieu de nous un très-grand nombre de concessionnaires du début qui ont victorieusement surmonté toutes les diflTicultés qui s'attachent à luie semblable épreuve. Les registres de l'état civil fournissent de leur côté la démonstration de la salubrité de ce climat.

Archéologie

Il est peu de colons qui, par leur propre expérience ou par ce qu'ils en ont entendu dire, ne sachent que notre arrondissement renferme un g'rand nombre de monuments anciens, dont on retrouve les traces de toutes parts, mais qu'un manque d'organisation spéciale n'a pas encore permis d'utiliser, comme ils le méritent, dans le but de préciser des faits que nous aurions intérêt à connaître sur les différents peuples qui se sont succédé dans cette contrée depuis les premiers âges jusqu'à nos jours.

Peu de personnes, en effet, ont écrit sur ce sujet qui demande, pour être abordé, des aptitudes particulières ; aussi sommesnous heureux, pour dire un mot de cette question fort intéressante, de mettre à profit les notes adressées à VEcho d'Oran par M. Beuzelin, il y a une dizaine d'années, et celles que renferment les écrits de M. L. Lacretelle.

Nous savons qu'un officier supérieur en non activité, qui occupe ses loisirs à de grandes études sur la topographie et l'archéologie de cette région, a fait opérer des fouilles importantes en différents endroits de l'arrondissement ; mais nous ne connaissons pas les résultats complets qu'il a obtenus et que le monde savant aurait le plus grand intérêt à voir publier.

Cette ignorance est d'autant plus regrettable que, indépendamment des Vandales, qui détruisirent au lieu de créer, et des hérétiques, qui mirent tout en œuvre pour effacer les témoins du Christianisme, l'action du temps a également permis d'enfouir un grand nombre de ces richesses archéologiques qu'il faut aller chercher maintenant sous terre, pour les retrouver à peu près intactes, grâce à l'insouciance des Arabes et des Turcs, sans parler de celles que les colons, certainement inconscients, ont détruites en les utilisant par fragments pour leurs constructions.

Il eût cependant été bien facile, avec un peu de prévoyance,

de sauver ces antiques souvenirs, qui nous auraient permis de reconstituer le passé, au double point de vue de l'histoire et de la colonisation de ce pays.

Des ruines très-apparentes en bien des endroits témoignent de l'importance que les Romains, en particulier, avaient attachée à l'occupation de ce territoire, et indiquent que Bel-Abbès était sur une voie parallèle à la mer, relié d'un côté à Tlemcen (Pomaria) et Maghrnia (Syr), et de l'autre à ]\Iascara (Castra puerorum), avec des ramifications sur Ben-Youb (Albulïe, sous entendu terrœ, les terres blanches) et la Ténira, qui d'après M. Mac-Carth}', représente la station ad Dracones de l'itinéraire d'Antonin.

Cette grande artère réunissait les postes très-nombreux dont on peut étudier les vestig'es que l'on retrouve presque à chaque pas.

Des traces de constructions anciennes se trouvent au plateau des Maadja, dans les Cheurfa, et, h quelque distance de là, sur une étendue de plus d'un hectare, tout près de la rivière.

Une autre voie secondaire, qui semble avoir existé entre Arbal (Gilva) et Mascara, passait non loin de la djemàa des Ouled-Ali, et traversait la rivière près de la ruine dont nous venons de parler.

Des postes militaires, évidemment chargés de veiller sur l'ensemble de ce pa^-s, se trouvaient tout autour du plateau que nous venons de désigner et près des sources d'Affeurd, d'EUésian, de Tazeroft, et de Lj^mmari, comme l'indiquent d'énormes blocs et des pans de murs actuellement recouverts, en partie, par les broussailles.

Au village des Trembles devait exister un poste, dont on reconnaît encore la forme hexagonale. Sur le djeb(4 >rossagrani, entre Bou-Djebaa et Mercier-Lacombe, un fort permettait de découvrir une grande partie de la province, et connnandait une certaine étendue de la contrée.

Les mêmes vestiges se retrouvent dans tout le pays des Cheurfa, sur des superficies qu(>lquefois très-grandes, et l'on y voit notamment des excavations maçonnées qui ont dû servir de refuges.

Un fort très-important, placé au sommet du Tessalah, non loin de la petite cité d'Astacilis, rendait facile la surveillance du pays à une très-grande distance, depuis Oran et Arzew (Portus mag-nus), jusqu'à Aïn-Temouchen (ïimici) etBen-Youb.

Les parties de cette contrée où l'on retrouve ces ruines sont nombreuses, et sans entrer dans des descriptions qui dépasseraient le cadre de ce travail, nous pouvons citer, parmi les principales : la propriété du commandant Marchant, Aïn-Sofra, la plaine de l'oued Sarno, le sommet du Tessalah, les pentes ouest de cette montagne, la tête de l'oued ]\Iokthar, près de la fontaine d'Aïn-el-Hadjar, les fermes Reliaud, Lenoir, Redon, Blanchet, la koubba de Sidi-ben-Aïssa, où l'on découvre successivement des traces de tunnels descendant dans les parties basses, de postes, de constructions en pierres de taille, avec de belles mosaïques, de bourgs fortifiés, de thermes, de nombreux bassins en pierres de taille, destinés à emmagasiner les eaux, et de barrages établis sur les ravins dans le même but. -,

Près de la source de l'oued El Herarib, au même endroit, quelques bassins portent de très-jolies incrustations d'émaux blancs transparents, avec des dessins d'une grande finesse.

A Aïn-el-Kerma, sur le territoire du douar des Delahim, tribu des Hazedj, on a trouvé un fragment d'auge, creusée dans un grès mobile, dont les dimensions pouvaient être de deux mètres de longueur, quatre-vingts centimètres de largeur, et cinquante centimètres de profondeur.

Un chemin allant de Temouchen à Mascara passait, près du Tessalah, le Chabet M'gatis, sur un pont dont on voit encore les têtes, recouvertes de terre et de gazon ; il en est de même à l'endroit où cette route traversait le Chabet -Djouan-Tolba.

Indiquons encore, en poursuivant notre route, des traces de postes près de plusieurs sources de la vallée de Tifiilès, d'une ville romaine à Hadjar-Roum (Rubrœ), et non loin de Tabia, de postes environnés d'oliviers sauvages dont l'abondance, la beauté et la position semblent montrer qu'ils ont été l'objet d'une culture ancienne.

Ben-Youb nous permet d'inscrire, au compte du passé,

diverses enceintes élevées au centre de la plaine, dont l'une d'elles aurait eu plusieurs mètres d"épaisseur, des partiteurs des eaux, des colonnes, des pierres taillées, des thermes et une vigie placée sur une éminence.

De nombreuses inscriptions y ont été recueillies ; l'une d'elles, placée devant la porte de la maison de M. de Diétrich, a été trouvée au commencement de I87i, en réparant la route sur la rive droite. Le service des Ponts et Chaussées, dans le but d'en conserver quelques-unes, s'en est servi comme bornes indiquant des points de repère ; d'autres ont été placées à l'entrée du cercle militaire de Bel-Abbus.

Enfin, la maison de M. Colin, bâtie sur le terrain de l'ancien camp, se trouve près de l'entrc-e d'une voûte non encore explorée.

L'occupation romaine est également attestée près de la Tenira, par les ruines que l'on retrouve sur les pentes du mont Tergou, et sur les principaux sommets des montagnes du Kçar et de Moxi.

Il en est de même à Sfisef et dans tout le pays qui, des plaines do Tiliouïne et de :Mcid, s'étend jusqu'au delà du fort de Mossagrani, dont nous avons parlé au début, et où l'on trouve de nombreux restes de constructions anciennes.

A Sfisef même on découvre les traces de bassins, de conduites d'eau, duu ancien moulin et des débris nombreux de poteries aux formes magnifiques qui indiquent bien l'existence, en cet endroit, d'une ancienne fabrique de ces objets.

L'époque romaine n'est pas seule représentée par les anciens monuments, et M. Beuzelin pense que peu de tribus en Algérie renferment une aussi grande quantité de ruines, dites Berbères, que celle des Djafîra Touama et M'Hamid, qui dépend de la commune mixte de Daya.

Il cite, entre autres, les ruines de Sidi-Yahia, lieu anciennenement célèbre par son école, où se trouvent de nombreuses fondations de constructions qui paraissent d'origine arabe, et qui sont disséminées sur plusieurs hectares, des restes de murs d'enceintes, de jardins et de cours, plusieurs koubbas bien

entretenues ; — à 12 kilomètres environ pins à l'est, sur la rive droite de l'oued Oungreiz et sur un rocher, dernier pli du djebel Adaïm, une ancienne construction fort remarquable, désignée par les Arabes sous le nom de Déchcra M'ta el Sultan^ avec des murs de 2"'o0 c. d'épaisseur, sur près de 4o mètres de long de chaque côté, en pierres grossièrement taillées ; sur tous les mamelons se trouvent des ruines circulaires ; — au sud-est et près de la Smala du Télagh , une Déchera semblable à la précédente avec des murs de trente-cinq mètres de côté, et de 2"40 d'épaisseur ; près de là, un peu plus haut, à Aïn-Kuisbah, des ruines d'origine romaine : — presque à la naissance de l'oued Télagh (ad Dracones), à la hauteur de la fontaine des 400 mètres, une autre Déchera ; — à Aïn-Kachbak, des débris d'anciennes constructions civiles quadrangulaires et d'amas de pierres de forme circulaire, ces dernières constamment sur les hauteurs ; une antique voie venant du sud passe en cet endroit ; — Aïn-Tafessour, au centre de la forêt de Tendfelt, point excessivement remarquable pour un archéologue, et qu'a dû habiter une nombreuse et intelligente population ; dans une plaine de plusieurs centaines d'hectares, on rencontre, à tout instant, des ruines d'habitation affectant une forme carrée, presque toutes isolées, et sur les mamelons le même type circulaire que précédemment ; — Aïn-Nours, à 5 kilomètres plus haut sur le même ravin, Aïn-el-Hadjar, non loin de là, Aïn-Zid-el-Moumen, qui présentent toujours les mêmes caractères : ici, ruines déforme quadrilatérale, là-haut de forme circulaire d'un diamètre moyen de i à G mètres ; — Taoudmout et ISIarhoum, à seize kilomètres l'un de l'autre, aux extrémités sud des Ouled-Sidi- Khelifa, puits au nombre de plus de cent, c^junus depuis la plus haute antiquité.

M. Beuzelin a quelquefois remarqué, au-dessous des décombres, de larges dalles placées horizontalement et contiguës, au-dessous desquelles on reconnaît connue une excavation, un caveau; il indique notamment le mamelon le ])lus rapproché d'Aïn-Hallouf, au sud-est du Télagh, comme un point où des fouilles pourraient bien amener quelques découvertes.

Ces simples renseignements ont siu-tout pour but d'exciter le zèle des personnes compétentes, de façon à déterminer,' par de nouvelles recherches, si ces ruines ont appartenu aux premiers âges, aux Berbères, aux chrétiens refoulés durant plusieurs siècles dans ces montagnes, ou bien aux Arabes.

Il appartient à la commission, nommée au mois d'août 1878, pour dresser l'inventaire des richesses d'art du département, d'utiliser ces données, en parcourant la contrée pour y relever avec vsoin et méthode les ruines signalées de tous côtés, en interrogeant ces anciennes constructions, ces postes militaires, ces aqueducs, ces barrages, ces tombeaux, ces objets variés, témoins de tant de siècles écoulés, en étudiant enfin ces précieuses inscriptions, retrouvées à Bel-Abbès, dans la vallée de Zélifa, au Tessalah comme :\ Tiffilès, de manière à faciliter les études de ceux qui, en rapprochant ces faits isolés, chercheront à reconstituer le passé.

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