‹ Bel-Abbès et son arrondissement; histoire, divisions administratives, travaux publics, services publics, statistique, topographie, agriculture, commerce et industrie depuis leur création jusqu'a nos jours. Avec cartes, plans, tableaux synoptiques et chronologiquesChapitre 73 sur 82 · X -» O 00 O <H e^ Th « Oï · texte numérisé non relu

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DÉSIGNATION (les

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Nous rapprochons des chiffres que Ton vient de lire, les suivants qui offriront un puissant intérêt à tous ceux qui désirent se rendre compte des progrès réalisés sur ce territoire par l'agriculture à différents intervalles, sans que l'on puisse pour cela établir une comparaison rigoureuse, les divisions territoriales et les populations indigènes n'étant pas les mêmes à ces deux époques. Ce rapprochement n'en restera pas moins, dans tous les cas, très-intéressant, surtout en ce qui concerne l'élément européen.

Au 31 décembre ISoi, on comptait dans la subdivision de Bel-Abbès : 3,250 hectares défrichés, 14,800 arbres plantés, 143 maisons, 54 hangars, 75 écuries et étables, 9 gourbis, i33 puits et norias, soit 414 constructions agricoles valant 636,030 fr. ; 130 chevaux, 50 mulets, 80 ânes, 250 bœufs, 53 vaches, 315 chèvres, 2,065 moutons, 82 porcs, soit 3,025 animaux ; 1 19 charrues, 8 voitures, 61 tombereaux, soit 188 instruments ag-ricoles ; 16,721 hectares de froment, 13,649 hectares d'orge , 22 de maïs , 22 de fèves , 10 de prairies artificielles, 9 de'cultures diverses, 26 de vignes, soit 30,459 hectares cultivés.

En 1855, la culture européenne seule comprenait 1,414 hectares de blé tendre, 928 de blé dur, 435 d'orge, 10 de seig'le, 9 de maïs, soit 2,796 hectares de céréales.

De l'étude de la statistique agricole de 1879-1880, il résulte que cette contrée se distingue, entre toutes, par ses cultures de céréales des plus étendues et des plus perfectionnées, et qu'elle le cède à peu d'autres pour l'ensemble de son agriculture.

On peut dire, d'une manière générale, que cette production, des mieux appropriées à notre sol et aux aptitudes de notre population, comme nous le verrons dans un instant, a fait la richesse de cette partie du département d'Oran, richesse que l'alfa a trouvée établie, certaine, et qu'il a cependant accrue et consolidée, l'agriculture et le commerce alg-ériens étant intimement liés et se venant en aide, notamment par la main-d'œuvre.

L'examen attentif de la situation de l'arrondissement nous permet aussi de mettre en relief quelques chiffres et diverses

observations de nature à bien faire connaître l'état de l'agriculture locale à la fin de l'année 1 880 .

La superficie des propriétés rurales comprend un peu plus des 3/5"^ du territoire, dont la plus g-rande partie appartient à la culture indigène ; mais sur 48,733 hectares défrichés, 34,870 l'ont été par les Européens.

La superficie de la propriété rurale ne donne que 5 hectares par individu, alors qu'en 1877 le rapport sur la prime d'honneur fixait ce chiffre à 7 hectares, pour l'ensemble du département.

Les défrichements s'appliquent souvent aux broussailles basses, dont nous avons déjà parlé, et coûtent dans ce cas de 80 à 2o0 francs l'hectare, mais le bois, soit directement, soit converti en charbon, rembourse une partie des frais ; s'il s'agit de défricher le palmier nain les prix s'élèvent de 1 20 à 500 francs, sans obtenir de réduction de frais, car les feuilles seules peuvent être vendues pour faire du crin végétal, et les racines, qui n'ont pas de valeur marchande, sont brûlées par le colon lui-môme.

La main-d'œuvre vaut de 2 fr. oO à 3 fr. par jour en temps ordinaire, et ces prix s'élèvent encore à l'époque des grands travaux agricoles, mais elle fait rarement défaut grâce à l'aide des Espagnols et des Marocains, excellents travailleurs, qui viennent offrir leurs bras avec d'autant plus d'empressement qu'ils trouvent un emploi judicieux et prolongé de leur temps par la cueillette de l'alfa, alternant avec les travaux des champs.

Les Indigènes gagnent 0 fr. 50 de moins que les Européens ; quant aux journées de femmes, utilisées pour la cueillette des olives, des amandes, des raisins ou pour les manipulations qu'exige l'alfa, elles coûtent I fr. 50.

Le garçon de ferme, logé et nourri, gagne ordinairement 35 fr. par mois, avec augmentation de 5 à 15 fr. pendant les grands travaux des semailles, des moissons et des battages.

(Quelques travaux sont faits ;\ la tâche, notamment les défrichements et les moissons. Ces dernières valent de 18 à 34 francs l'hectare, suivant l'abondance de la main-d'œuvre, l'état de la

récolte dans la Colonie ainsi que dans l'arrondissement, et dans les pays qui nous envoient des travailleurs.

Les constructions des colons représentent une valeur de 10,799,280 fr., soit plus du quart de celle que la statistique générale nous donne pour tout le département ; ce chiffre témoigne de l'intention qu'a notre population de se fixer au sol, ce qui l'amène à s'entourer d'un certain bien-être. La situation de tous nos villag-es de création ancienne ou récente confirme pleinement la remarque qui précède.

Les mêmes observations s'appliquent à l'importance du matériel européen, dont la valeur dépasse 700,000 fr., et l'on comprend aisément qu'il en soit ainsi dans un pays où les pratiques agricoles sont des plus sérieuses. Parmi ces instruments on peut en citer bon nombre des plus perfectionnés et provenant des meilleures maisons de France et d'Ang-leterre, notamment les batteuses Garrett, Ruston Proctor, Marshall, Sons et C'", la moissonneuse Samuelson, la lieuse Wood, les charrues Brabant, Dombasle et Meugniot, les pressoirs Mabile, les divers appareils de cave de la maison Vig'ouroux,

Animaux domestiques.—

Espèces chevaline, asine, mulassière, bovine, ovine

et porcine

Les différentes espèces d'animaux donnent lieu à certaines observations générales d'une grande importance, au sujet desquelles nous avons utilisé l'expérience de M. Pers, vétérinaire de notre localité.

L'espèce chevaline comprend i,28l individus, mais par suite de croisements mal entendus, plusieurs sont abâtardis au point qu'il n'est plus possible de retrouver chez eux la beauté, l'agilité, la force et la sobriété, qualités du cheval bai'be, dont on

ne saurait oublier la vieille réputation et qui a aidé à la formation de plusieurs autres races d'Europe.

Cette dégénérescence de l'espèce, en amenant l'apauvrissement du sang-, provoque un g-rand nombre de maladies contagieuses ; quant à celles à marche rég-ulière elles sont, également pour cette raison, devenues très-irrégulières et ont pris un caractère typhoïde prononcé.

Le choix de bons reproducteurs des deux sexes, l'exclusion des sujets médiocres, l'infusion du sang pur, la pratique d'une bonne hygiène, semblent s'imposer avant tout aux éleveurs de ce pa^^s;. s'ils veulent modifier, à leur avantage, Tétat de choses regrettable que nous venons de constater.

Les Indigènes, qui nourrissent bien leurs chevaux, les traitent avec douceur et familiarité, et les laissent libres de leurs mouvements, tout en leur faisant faire de bonne heure de longues et nombreuses promenades, obtiennent de bons résultats dans ce genre d'élevage, et si, plus tard, un grand nombre de leurs produits se trouvent dans de mauvaises conditions, il faut l'attribuer à leur habitude de les surmener pendant les réjouissances publiques, les fantasias, et aussi à l'abus qu'ils font de leur puissante bride.

L'espèce asine indigène, qui compte 3,271 sujets, est de petite taille, mais sobre et très-utile.

Depuis les derniers événements qui ont bouleversé l'Espagne, de nombreux ânes bien conformés ef de taille plus élevée ont été importés dans l'arrondissement où ils sont utilisés par ceux qui arrachent l'alfa sur les lieux mêmes de production, ainsi qu'à tous les travaux de déblais et de terrassements. Il paraîtra certainement intéressant d'en poursuivre l'acclimatation et la reproduction.

Les mulets indigènes, au nombre de 873, ont les mêmes caractères que ceux qui distinguent l'espèce asine : la taille petite et la rusticité ; les 2,196 qu'utilisent les colons sont plus forts et leur viennent principalement de l'Espagne, avec laquelle il s'est établi un courant d'affaires de ce genre assez sérieux.

— AOi —

L'espèce bovine indigène de la contrée est encore caractérisée par une taille petite, mais elle possède en même temps une bonne conformation pour le travail, des aptitudes spéciales pour prendre facilement et rapidement la g-raisse, une docilité réelle. La vache indigène est généralement peu laitière et ne donne que de i à G litres de lait en moyenne.

Les colons tirent un certain parti de cette situation en achetant de jeunes taureaux qu'ils castrent, qu'ils soumettent à un régime mixte de nourriture à l'étable et aux champs, et qu'ils vendent avec profit après qu'ils ont acquis, suivant le cas, de la taille ou de l'embonpoint. Il en est de môme pour les vaches qu'ils se procurent, après un choix sérieux, et qu'ils améliorent par les mômes procédés.

Le veau chez l'Indigène, à 2 ou 3 mois, donne en moyenne de 20 à 23 kilogrammes de viande nette ; l'Européen en obtient pour la môme race de 35 à 40 kil. La vache produit chez llndigènede 75 à 100 kil. de viande nette en hiver, et ce poids, sous Tinfluence des soins des Européens, s'élève à la môme époque à 1 00 et 1 30 kil. En été ce poids est de 1 30 à 1 50 kil. , et la différence entre les résultats obtenus par les deux éléments de population est beaucoup moins sensible, la nourriture aux champs étant alors plus abondante.

Quant au bœuf on en tire en moyenne 150 kil, de viande nette chez les Indigènes, et 180 à 200 chez les Européens.

Un des avantages de cette race est d'offrir un squelette osseux très-léger, ce qui permet de débiter de petites portions plus facilement qu'avec les grandes races.

La sélection pour les reproducteurs des deux sexes, placés dans un milieu convenable, des soins hygiéniques mieux entendus chez les Indigènes, la castration rigoureuse des sujets mâles non reproducteurs, la traite du lait opérée directement sans le secours du veau, permettront d'augmenter la taille de ces animaux, leur poids en viande de consommation, et la quantité de lait utilisable.

Il existe, en outre, dans la contrée, une race française importée du Jura depuis 23 ans, qui s'est facilement acclimatée et qui

rend de sérieux ser7ice.s surtout au poiut de vue de l'alimentation, car elle donne beaucoup de lait, s'engraisse facilement et procure une viande abondante et d'excellente qualité, à la seule condition, pour conserver tous ces avanta^i-es, de rafraîchir le sang" à certaines épofjues en important de France quelques nouveaux reproducteurs. Un veau de cette race comtoise, exclusivement de lait, a pesé chez nous à deux mois 85 kil. vivant, vendus à 1 fr, 05 c. l'un.

Les bœufs marocains, plus forts et plus vigoureux, ont aussi été importés avec succès par nos colons dans le but presque exclusif de composer de bons attelag-es pour les labours et d'obtenir la force nécessaire aux travaux ag-ricoles.

C'est surtout au printemps ou au commencement de l'été que ces animaux sont ici éprouvés par le changement brusque de nourriture qui les fait subitement passer de la privation qu'ils ont eu à endurer en hiver à l'abondance que leur procure la végétation spontanée à cette époque de l'année. Il convient, avant tout, de prévenir le mal qui en résulte en prenant ses précautions pour rendre cette transition peu sensible, mais si on ne réussit pas, on doit se hâter de faire émigrer les animaux qui inspirent quelques craintes,

La mortalité considérable des bestiaux indigènes a encore pour causes principales le manque d'abris, l'excès successif de froid et de chaleur, la disette, la soif et les mauvais soins. Les Européens utilisent davantage les pratiques usitées dans la métropole.

L'espèce ovine, représentée dans l'arrondissement par i9,88l sujets dont 7,850 seulement appartiennent aux Euroj)éens, est plus que toutes les autres, abandonnée ii elle-même, aucun soin sérieux ne lui étant prodigué ; aussi ne donne-t-elle que de médiocres résultats sous le rapport de la viande et de la laine.

Cette dernière est tantôt longue, comme chez les moutons des Hauts-Plateaux, droite, sèche, dure et sans suint ; tantôt au contraire elle est plus courte, comme chez les moutons de la plaine; mais roulée, soyeuse avec assez de suint pour être travaillée. Les peaux de moutons se vendent sur place 1 fr. 50 c.

chaque, lorsqu'elles sont pourvues de leur laine, et autrement 0,75 c. On ne saurait trop réagir contre la coutume indigène qui consiste à enlever la laine h l'aide d'une faucille, et qui a pour principales conséquences de faire perdre une partie notable de ce produit, d'abimer la peau et de torturer l'animal, victime de ce grossier procédé.

L'essai du mouton mérinos, qui a permis de présenter à nos expositions quelques beaux sujets isolés, n'a pas encore donné des résultats suffisamment importants pour être signalés.

Les principales maladies, contre lesquelles il faut lutter avec soin, sont la pleuro-pneumonie, le piétin, le fourchet, le sang de rate, et plus rarement la clavelée, dont le caractère est toujours bénin.

Le nombre de 42,850 clièvres que nous trouvons inscrites chez les Indigènes, montre bien les avantages que ceux-ci retirent de cet animal très-rustique, très-sobre, et qui donne peu de lait, il est vrai. Ses marques distinct! ves sont : les poils trèslongs, en général noirs, durs et pendants, les oreilles longues et tombantes, la tête souvent dépourvue de cornes.

A côté d'elles, il existe 2,802 chèvres, de race espagnole, qui fournissent un lait abondant, vendu dans la ville même, et qui sont la terreur des propriétaires sur les terrains desquels elles causent d'importants dégâts. La chèvre espagnole a des formes très-fines, le poil roux, ras et soyeux, les oreilles droites.

Quelques colons isolés s'adonnent également à ce genre d'élevag'e qui réussit très-bien lorsqu'il n'est pas entravé par le fourchet, la gale et surtout la pleuro-pneumonie qui sévit à l'état épizootique.

La viande de chèvre livrée aux bouchers principalement en hiver, est très-recherchée par les Indigènes.

L'espèce porcine qui comprend 2,43 i individus, est exclusivement élevée par les Européens qui en détiennent deux races bien distinctes : la première, à longues jambes, corps assez étendu, pelage noir et soies longues, est la plus répandue et s'accommode le mieux de nos pâturages ordinaires ; l'autre, plus ramassée, à jambes courtes, aux oreilles droites, au pelage

blanc, s'engraisse très-rapidement, mais exige ime alimentation spéciale à la porcherie et des soins plus indispensables. Dans les deux cas, les élèves sont soumis à l'engraissement à l'âge de dix-huit mois.

Les inflammations aiguës des organes de la poitrine et de l'abdomen sont à redouter chez cette espèce, par suite des racines et des plantes Ticres dont elle se nourrit aux champs.

D'une façon générale on peut dire que ces différents élevages, sauf celui du cheval, ne donnent pas entre les mains des Indigènes les résultats que l'on est en droit d'en attendre, qu'ils sont susceptibles de grandes améliorations conseillées par les Sociétés agricoles depuis longtemps déjà, et que les Européens doivent aborder résolument cette branche d'industrie.

En ce qui concerne notre arrondissement, nous trouvons un nouvel encouragement à suivre cette voie dans les chiffres de la statistique qui nous montrent que depuis 187G l'ensemble des bestiaux a augmenté de G, 050 tètes, soit d'un tiers, chtz les Européens, tandis qu'il est resté stationnaire chez les Indigènes, où il n'est pas rare de voir de grandes mortalités dans une seule année, comme cela a eu lieu en 1879, période pendant laquelle ils ont perdu i 1 ,000 bêtes qui constituaient leur gain depuis 1876.

Cultures et modes d'exploitation. — Cultures arbustives. — Cultures industrielles. — Culture des céréales. — Motifs qui l'ont fait adopter sur ce territoire. — Mode de faire valoir. — Baux a ferme. — Métayage. — Avenir de la culture du blé tendre. — Assolement. — Données agricoles. — Améliorations. — Comice agricole.

Si maintenant nous jetons un coup d'oeil d'ensemble sur nos différentes cultures, il nous est aisé de constater que les plantations d'arbres y sont très-nombreuses, malgré les gelées tardiv-es qui nuisent à la production régulière des vergers, dont la

beauté et le grand nombre ont fait cependant la réputation de Bel-Abbès ; on y remarque avant tout le mûrier, l'olivier et de belles essences forestières telles que frênes, ormeaux, acacias, platanes.

Les conditions du sol, en certains endroits, exigent aussi, pour entretenir la végétation des arbres, des irrigations régulièrement distribuées.

Les arbres fruitiers à feuilles persistantes se trouvent réduits en nombre à cause de la rigueur du climat pendant l'hiver ; seuls peuvent végéter le néflier du Japon, le goyavier de Chine et l'oranger, encore ne donnent-ils des fruits en quantité suffisante qu'à bonne exposition et abrités du côté du nord. Les fruitiers à feuilles caduques sont en majorité et comprennent toutes les espèces originaires des pays tempérés ; le climat leur est plus favorable que dans les plaines basses du littoral . En général les variétés précoces, qui malheureusement sont atteintes par les gelées, donnent les meilleurs résultats, car la période des sécheresses, et les irrigations altèrent la qualité du fruit. Quant à l'exposition, la partie nord, la plus fraîche, la moins soumise au soleil constant, doit être choisie pour les arbres à fruits à noyaux.

La vigne a pris une extension relativement considérable, en même temps que les viticulteurs ont appliqué à cette culture des façons plus soignées, plus répétées, qu'ils ont introduit les instruments perfectionnés et adopté des procédés de vinification rationnels, ne considérant pas le vin comme achevé parce qu'il sort de la cuve, mais l'entourant de soins soutenus et intelligents jusqu'au moment de la vente.

Les gelées blanches lui nuisent certaines années, de même qu'elles interdisent aux colons la plupart des cultures industrielles, notamment celle du coton.

Cependant notre contrée avait acquis, il y a quelques années, un certain renom pour ses tabacs susceptibles de rivaliser avec les meilleures productions de cette nature. En 1853, Bel-Abbès obtint le 1 7® rang sur 106 localités de l'Algérie qui avaient livré du tabac à l'Etat ; son apport avait été de 48,819 kil.

d'une valeur de 42,67 i fr. En 183G, ce classement eut lieu par province, et Bel-Abbès eut la seconde place pour celle d'Oran, avec 63,570 kil., au prix moyen de 96 fr. 97 c. par quintal. Mais les exigences de l'Administration spéciale ainsi qu'un peu de négligence de la part des planteurs ont fait retirer les magasins de réception de l'Etat qui se trouvaient à Oran ; nous ne cesserons de réclamer en toutes circonstances contre cette décision, et de solliciter de nouveau le rétablissement d'un état de choses si utile à l'agriculture industrielle de ce département.

Le lin, dont l'essai, dans ces dernières années, a fort bien réussi, est moins cultivé que par le passé, par suite de l'absence de moyens propres h utiliser la paille sur place. Il en est de môme des graines oléagineuses qui donneraient d'excellents résultats s'il existait plusieurs usines pour en rendre la vente facile.

La culture maraîchère est très-développée autour des fermes, des villages et surtout de- Bel-Abbès ; l'ouverture de la ligne ferrée ne pourra que l'étendre encore en lui offrant de vastes débouchés pour tous les produits qui excéderont l'alimentation locale le jour où l'eau d'irrigation ne fera pas défaut.

Mais de toutes les cultures de l'arrondissement, celle qui

tient le premier rang, et par la beauté des produits obtenus et

par la grande superficie de terrain qu'elle recouvre, est, à coup

sûr, celle des céréales parmi lesquelles se distinguent, entre

toutes, nostuzelles (1).

De même que pour le reste du département, c'est par la culture

des céréales, de la vigne et de l'olivier, par l'entretien du bétail et par l'essai des industries appliquées à l'agriculture, que se poursuit le problème agricole dans l'arrondissement de Bel- Abbès. Et si, dans une autre étude (2), nous nous pommes élevé contre la part en dehors de toute proportion que les céréales tenaient dans les productions du département, nous devons reconnaître ici que ce genre de culture est dû, dans notre arron-

(1) En 1879-1880, surô'2,80() hectares ruitivés par les Européens, ôt.ôiK) ont ù\e semés en céréales, dont l8,V2n en hle tendre. ft) Rapport sur la prime d'honneur, en 1877, dans le département d'Oran.

dissement, a un concours de circonstances particulières qui en ont fait, dès le début, une nécessité pour le succès de la colonisation, et qui, aujourd'hui encore, le rendent indispensable à la prospérité de cette contrée, et aux intérêts bien compris de nos colons.

La première de ces causes relève de la manière dont la colonisation s'est implantée sur ce territoire, et des efforts qu'il a fallu faire tout d'abord pour surmonter les difficultés qui se rencontrent toujours dans les débuts d'une œuvre semblable.

Les premiers colons de Bel-Abbès, en prenant possession des concessions qui leur étaient accordées, cherchèrent le meilleur mode de faire valoir qui leur permit d'obtenir une prompte satisfaction et des résultats pour ainsi dire immédiats ; de cet examen naquit pour eux la certitude que le plus sur moyen d'utiliser, sans retard, toute leur force vive consistait à adopter la culture la plus économique.

Ce fut là une exig-ence d'autant plus impérieuse que la terre avait alors fort peu de valeur, et que les frais des défrichements dépassaient de beaucoup le prix même de la propriété. Or, le blé étant généralement demandé à cause de son utilité pour Talimentation publique, c'est à lui que s'adressèrent nos prédécesseurs, parce que sa culture exige peu d'avances de toutes natures.

Mais bientôt, les récoltes des céréales s'augmentant rapidement dans toute la colonie, une concurrence s'établit entre les différents centres producteurs, et les conditions économiques du début durent être modifiées chez nous pour pouvoir soutenir avec succès cette lutte pacifique.

Dans ce but il fallut étendre sa culture et la développer d'autant plus que les frais généraux étaient plus importants, pour les répartir sur une production toujours plus grande ; et comme chacun disposait à ce moment de quelques ressources provenant des premiers bénéfices d'un travail opiniâtre, les défrichements et les labours préparatoires furent poussés activement et menés de front.

Avec un semblable système, on comprend vite que la petite propriété soit en grande minorité en cet endroit, et, eu eflPet, ou

ne la retrouve qu'autour des centres récemment créés, en dehors desquels la moyenne, et surtout la grande culture, sont particulièrement adoptées.

C'est ainsi que certains propriétaires produisent jusqu'à 10,000 et 12,000 quintaux de céréales, qu'il serait aisé d'en citer plusieurs dépassant o,000 quintaux, un plus g-rand nombre qui atteignent 1 ,000 quintaux, et que ceux dont la production varie entre 500 et 1 ,000 quintaux sont très-nombreux. (1)

Dans de semblables conditions, il a fallu adopter un système particulier de faire valoir, permettant de produire beaucoup sans être astreint à l'exploitation directe qui ne saurait trop s'étendre, par suite des détails qu'elle comporte, et, en effet, le métayage est généralement adopté dans la contrée.

Les baux à ferme sont ici l'exception, soit à cause de l'instabilité des prix de location, la terre augmentant tous les jours de valeur, soit à cause du peu de garanties qu'offrent les nombreux auxiliaires auxquels on est obligé d'avoir recours pour mettre en valeur des superficies de plus en plus grandes.

Plusieurs colons ex])loitent aussi par eux-mêmes leurs propriétés, surtout lorsqu'au début ils trouvent à utiliser toutes les forces vives de la famille, mais le mode de faire valoir, le plus généralement usité, est le métayage appliqué successive-

(1) Nous croyons trcs-intétessant de siRiialer a cette place les noms des principaux colons de cette contrée, parce qu'ils appartiennent à notre histoire locale; mais nous ne les ferons pas suivre des renseignements agricoles rjuc nous avons indiques en citant leurs devanciers à la page(i'2, par la raison que nos remarques porteraient sur des données trop récentes. L'ordre que nous adoptons ici est donc sinipleruent alphabétique et ne comporte aucune idée de supériorité, d'autant plus que pour éviter des redites nous n'avons inscrit qu'une seule fois tous les agriculteurs qui possèdent cependant d'importants intérêts dans plusieurs communes a la fois.

Ce sont, à Bel-Abbcs : MM. Aguilar, André, J. Uastide, !.. Bastide, Briiat, Blanchet, Boulet, Chrétien, Colnian, Carreras Kamoii, Uecrion, Dupays, Demias, Delorme, Gines Orivez, Georgel, l.anfroy, l.aumet, Laforesl. Marlinez Manuel, .Mirhaud, Navarro .Matlieo, Nicolas, Perez Antonio, l'erret A., Poisson F., Perry E , Koulm-re, Renisio, Hoche, Thuillier, Vignes, Vilumbralos; it Sidi-KliaUd : MM. Uonnel Gcraud, Brun André, Chanfnu, Krauss Georges, Poi^son A.; a Sidi-LIlasten : MM. Avrial, Itaty, Kradez Manuel, Escalanie Manuel, Le Comte des Floris, Masson frères, .Moùnech, Néron, Terrier Antoine ; a Sidi-Urahim : M.M. Antiphon frères, Dubreuil, l.opez Joseph, Merlo, .Mira frères, l'nnimier; au Trstalah : M.M Harbier, Harraud Louis, Colin, Gavillon, Genin Manu*, (".eoffroy, Lambert Emile, veuve l.eplus llorlense, Linierat, Loubarez, .Martin Jeremie, .Maine lldinface, Nouiille A., Nouzille Jacque;-, Payen, llavier, Suaudeau Callixte, Tour Joseph ; aux Tremblct ; MM. llolweck, Jamniel, Laquevre; Laroche, Reynaud ; a Am-uumata : .M. Vuilleniin ; à Zélifa: MM. Clauzcl Ambroise, Delseny, Espiuosa, Kiii Vandelin, Muller; a l'Oued-

ment sur chaque partie de la propriété qui, une fois défrichée, peut, avec quelques bâtiments, constituer une ferme nouvelle.

Ce contrat est particulièrement caractérisé par ce fait que le fermier, qui tient du propriétaire la terre, les semences, les instruments, les bestiaux, apporte son industrie et son travail, en retour desquels il reçoit la moitié des produits après le prélèvement des semences fournies par le propriétaire.

Presque toujours le métayer disposant de fort peu de ressources, le bailleur lui fait les avances nécessaires à son alimentation, au paiement des garçons de ferme, ainsi qu'à la coupe des moissons ; ces avances sont alors, au règlement de compte, imputées sur la part qui lui revient.

Et lorsque la moralité et l'activité du fermier se sont révélées dans les premières années de sa gestion, le propriétaire, en échange de quelques améliorations agricoles, prend à sa charge une partie des moissons, des frais d'entretien du matériel ou de la nourriture des animaux de travail.

Il existe ici de très-nombreux exemples de colons qui, d'abord employés chez les autres, ont acquis, avec de la persévérance, de l'ordre, une bonne conduite et de l'ardeur au travail, une certaine aisance et même une fortune qui compte parmi les plus

Imbert : MM. Amoros, Bardoux et Jarsaillon, Cadicrgues, Laforest, Sclvc; iuxOuled-Ali: WM. Rordenave, Fabrii-s, Majïgiola ; aux Lauriers fioses: MM. Chaiseniartin, Mas Diego, Wentliorlig ; à Aïn-el-Affeurd : M. de Laromiguicre ; à Merder-Lacombe : MM. Durand Cli , Reliaud AI., Oosan F. ; âwKçar: MM. Gcnora Cli., Kaminski S. ; a Zarone/oiM. Coulon ; à la Ténira : MM. Brun, liustarrot, Nabonne, Cliagny, Floux, Y» Laroquc ; cliez les Hazcdj : le Commaudanl Marchant; à Uou-Kanéfis : iM.M. Lauoi', Locaiii, Paire Benoil, l'aris, Sie ; il Bcn-Yuub : MM. Colin, Courtot, de Piétrich, Renaud, Vernier frères; à Tiflilés: M. Montader ; à LavUar : MM. T li. Héritier, Zwolski ; à Tabta : M. Guttlrein; à Sidi-Daho: MM. Cousin, Tabarly, L.

Parmi les Indigènes, nous pouvons citer les lauréats des concours ouverts par le Coraice, en 1880 et 1881, sur les améliorations agricoles de toutes natures ; ce sont, par douar, sans tenir compte de l'ordre d'importance : aux Duled-Ghazi: MM. El Kadi bel Abed, El Miloud bel Abed, 'l'aieh ben Sliman, Mohamed ben Azouze, Bel Allel ould Taîeb, Ren Aouda beu Rezag ; au douar de Tirenat : MM. le Caïd Si Bou Mcdine Rou Arirlia, Adda ben Nasseur, Abd el Kader ould Chabane, Rou Ariclia ould Mouley, Cheik ben Sliman, Ameur ould Moulay, El .\leki bel Aoulli ; au douar de Sùli-Yacoub : M. El Habib ben Ali; aux Amarna ; MM Ahmed el lierkani, Oulad RIalia frères, Kada ben Alloucli, El Athi ben .Malek; au douar de Tilmount : M.M. le Caïd ben Ouïs, El Hadj Djilali ben liourm ; a la Tenira: M. Kada bou Dia; aux Ouled-liiab : M. El Kadi Rou Zian ; au douar de ï'i/iouïnc: M. Kada ould Djeloul : aux y'emaicha: M. El Ouali ben Lebna ; aux lilehadid: M. Ahmed ben llarrat ; aux Uuh'd- Sliman : Le Caïd Taïeb ould el Iladj Abd el Kader, Kada ouhl Djeloul, El Hadj Ahmed ben Yamina, El Hadj Djeloul ben Yamina ; et en ville : MM. Moulay Ali ould Kasnadar, Si Klialed bon Ali, et llamadi

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importantes du pays. Il est même préférable d'ag-ir ainsi lorsque l'on dispose d'un faible capital, plutôt que de l'immobiliser en achetant une terre que l'bn ne saurait ensuite exploiter qu'à l'aide d'emprunts.

Au printemps, les propriétaires de terrains irrig-ués donnent un hectare ou deux à une famille, g-énéralement espag-nole, qui, moyennant la moitié des produits, cultive tabac, maïs, melons, tomates et poivrons. Le reste de Tannée ces ouvriers utilisent leurs bras aux travaux ordinaires de la propriété qui s'assure de la sorte, en tout temps, une main-d'œuvre d'autant plus dévouée qu'elle y trouve son intérêt.

Les Indigènes, de leur côté, confient .«souvent leurs travaux d'ensemencement, de moisson et de battage, à certains d'entre eux, nommés krammès, qui prélèvent, pour leur part, un cinquième brut des récoltes.

Avec la forme d'exploitation agricole que nous venons d'examiner et qui est la conséquence, nous le reconnaissons, de nos grandes cultures de céréales, il existe peu ou pas d'améliorations foncières et ce n'est que dans les exploitations directes qu'il nous est permis de les constater. Le propriétaire seul, jusqu'à présent, aborde, en effet, les constructions, les chemins d'accès, les défrichements, le creusement des puits, les canaux d'irrigation, le drainage même, les clôtures, toutes modifications utiles qui dépassent les ressources ordinaires du fermier ou du métayer, mais que l'on pourrait certainement obtenir d'eux, en introduisant dans les contrats quelques clauses destinées à servir de compensation à leurs efforts et à leurs sacrifices.

Aux considérations qui précèdent sur les motifs qui nous ont fait adopter rapidement la culture des céréales dans notre arrondissement, il faut ajouter la nécessité dans laquelle on s'est trouvé d'utiliser le plus longtemps possible la main-d'œuvre, pour pouvoir en disposer aux époques oii elle est indispensable à l'agriculture ; c'est ainsi que pour avoir des bras pour défricher les terres ou a étendu la culture des céréales, de manière à augmenter le séjour chez nous de ces différents auxiliaires.

Et de fait, grâce à ce .système mixte combiné avec la ceuil-

lette de l'alfa, l'arrondissement de Bel-Abbès, nous le répétons, manque rarement des ouvriers nécessaires aux grands travaux agricoles.

Tels sont les motifs qui, dans le passé, nous ont fait adopter une culture très-étendue des céréales, et il est probable qu à l'avenir il en sera de même pendant longtemps encore, nos blés tendres et les farines qui en proviennent avant une réputation justifiée qui nous place au premier rang des pays qui produisent les similaires.

D'un autre côté, le département de l'est récolte surtout d'excellents blés durs, et dans le département d'Alger les blés tendres deviennent demi-durs, si la même semence est confiée à la terre plusieurs années de suite. Nous ne pouvons oublier que plusieurs agriculteurs distingués de cette dernière région nous ont fortement engagé h cultiver les blés tendres, surtout en vue de les vendre aux deux autres départements comme blés de semence.

Plus près de nous, Tlemcen et Mascara font beaucoup moins de céréales, et ils viennent nous acheter une partie des farines dont ils ont besoin, nous offrant en échange des huiles ou des vins qu'ils produisent avec succès ; quant à l'arrondissement d'Oran, ce sont surtout des blés tendres barbus qui ont été adoptés dans les cultures, et on sait que la minoterie préfère les tuzelles.

Notre arrondissement doit donc s'attacher, en agriculture, à produire les tuzelles pour les convertir eu farines de choix, ou bien encore pour les offrir, comme blés de semence, aux autres départements qui y trouveront eux-mêmes un grand profit.

Nous verrons, en traitant du commerce de Bel-Abbès, que la pratique confirme déjà cette appréciation.

Enfin la rédaction du Bulletin du Comice agricole d'Oran, après avoir reproduit, dans son numéro du 15 février 1878, les chiffres de productions des différents territoires du département, terminait par la réflexion suivante qui donne de la force à notre exposé, et à laquelle nous n'avons rien à ajouter : « dans ce travail, l'arrondissement de Bel-Abbès se fait remarquer, sur-

tout, par ses productions de blé tendre. Sans crainte de se tromper, on peut prédire un bel avenir à cette riche contrée qui, dans une année de sécheresse, a récolté pour plusieurs millions de francs de grains. »

Les caractères de l'assolement, généralement adopté par les cultivateurs, que nous retraçons ici, feront, en dernier lieu, bien connaître le système de culture de cette contrée.

L'exemple suivant, qui se rapporte à une ferme de 150 hectares, peut être pris comme une moyenne de ce qui se pratique d'ordinaire, les conditions particulières au milieu desquelles chacun vit, étant évidemment de nature à modifier dans divers sens les pratiques que nous indiquons : pour corps de logis et constructions diverses 0 h. 20 ares ; vigne et culture industrielle locale, à bonne exposition, près de la maison, de 2 à 5 hectares ; luzerne, presque toujours irriguée, do 2 à3 h. ; quelques arbres fruitiers et forestiers, pour fruits et fraîcheur, 0,'Z'ô ares ; potager pour les besoins de la ferme, 0,lo ares ; prairie naturelle, suivant la situation, "2 h. ; jachère avec deux labours préparatoires, dont un à 4 botes et un à 2 bètes, sur cette partie on met 2 à 4 hectares de légumes secs sarclés (pois, fèves, lentilles, pois pointus), 70 h. ; une égale superficie, préparée l'année précédente, est semée d'octobre à fin décembre, sur un troisième labour, en 10 h. d'orge, 5 d'avoine, o de blé dur, 20 de blé tendre barbu et 30 de tuzelle, soit encore 70 hectares. (I)

Les améliorations que comporte l'agriculture du pays sont de deux sortes , suivant que leur application pratique relève de

(I) Pour ceux qui désirent quelques autres renseignements sur la ruiluro du pays, nous ajouterons les suivants : le ble, nilture européenne en terrains secs, donne de 8 a 15 quintaux a l'Iiectare; l'orge de 8 a li quintaux ; iavoine de Ut a li ; les fèves, pois, pois cliiclics, lentilles de 8 a 15 ; le liu de 10 a 1-1 quintaux de graines ; le colza de 15 a *2u; la vigne de '25 a '»(i hectolitres ; et en terrains arroses, la pomme de terre 'i5,i«K) kilogr. ; la patate 55 ,(M)ii; le tabac, en première coupe de G a 8 quintaux, et eu deuxième coupe de 4 a U (|uiniaux.

Le mulet est préférable, comme bète de travail, dans les propriétés où il n'y a pas d'Iierbages, le bd'uf dans celles ou il est facile de le laisser pâturer entre deux attelées.

l!n bœuf de travail vaut de iW a '250 francs, un mulet moven de 7 ans, de ."«'liia 8<>0 fr. Chacun s'installe a sa coinenance, ou plutôt a la convenance de son budget ; cependant il est encore utile d'ajouter que pour exploiter une ferme de 150 hectares il faut de 15 a •iti.iMio francs de constructions, 'J,5(Hi francs de matériel de culture, 8,(XtO francs pour les bestiaux de travail et de rente, 15,000 francs comme fonds de roulcmeoi.

l'initiative privée , ou qu'elles doivent faire l'objet de la sollicitude de l'Administration supérieure et des corps élus.

En ce qui concerne les premières , nous ne saurions nous étendre à cette place, sans dépasser aussitôt les bornes de cette étude, aussi renvoyons-nous le lecteur intéressé au rapport que nous avons publié sur la prime d'honneur en 1877 , qui donne quelques conseils relatifs à la culture des céréales, à la nécessité d'étendre quelques autres cultures non moins rémunératrices, à l'entretien du bétail, aux soins à donner à la vigne.

Pour les secondes, il nous suffira de rappeler les désirs plus particulièrement exprimés par les colons de cet arrondissement, sans parler des aspirations générales qui sont communes aux populations de tous les territoires de la colonie, et que nous avons signalées déjà à plusieurs reprises.

Le premier de tous se rapporte au crédit agricole qui, jusqu'à ces derniers temps, a toujours fait défaut aux intéressés. Cependant, plus un pays est producteur, et plus il a besoin d'avances pour mettre en rapport les terres de culture. Si nous nous souvenons que notre commerce est également très-dé veloppé, nous reconnaîtrons qu'il y a urgence à faciliter promptement le fonctionnement de Sociétés de crédit agricole, et à leur défaut, de réclamer l'établissement d'une succursale de la Banque de l'Algérie, de manière à étendre les opérations des banquiers de notre ville, puisque, malheureusement, les statuts de cette institution de crédit n'autorisent que l'escompte des effets de commerce.

Avec le système de grande culture que nous avons décrit, il existe peu de moyens de favoriser la colonisation, qui soient plus efficaces que l'établissement rapide de la propriété individuelle.

Nos chemins vicinaux laissent encore à désirer, il est urgent de faire au moins la reconnaissance des chemins ruraux ; quant à notre réseau de voies ferrées, sa continuation produirait les plus heureux effets en permettant d'étendre une production qui a besoin de transports économiques pour prospérer.

La conservation des forêts de l'arrondissement, la recherche

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(les nappes d'eau artésiennes, ia reconstruction d'un barrag'e sur la Mekerra s'imposent à l'Administration pour assurer la prospérité ag-ricole du pays, en faisant disparaître les inconvénients qui résultent dun climat par trop sec.

Enfin, nulle part ailleurs, une ferme école ne saurait être installée avec plus de chances de succès, par la raison que le recrutement des élèves serait des plus faciles au milieu d'une population très-dense, et presque entièrement adonnée à la culture.

Un Comice agricole sert d'intermédiaire entre les producteurs et l'Administration et s'efforce, gnlce aux subventions qui lui sont accordées par le Gouvernement général, le Conseil général et les municipalités, à améliorer les méthodes en usage chez les Indigènes et les Européens, comme aussi d'aider au progrès agricole par tous les moyens en son pouvoir.

Le Comice de Byl-Abbès a pris naissance le 23 avril 1870, et depuis cette époque il a tracé son sillon, sans se laisser détourner de sa route par les nombreuses difficultés qui ne manquent jamais î\ ceux qui débutent. C'est ainï^i que le 2G septembre de cette même année il comptait 178 membres, chiffre qui s'est élevé à 20 1 à la fin d'avril 1877. Au I" mai 1879, les sociétaires étaient encore au nombre de 198, mais, avec le recrutement un peu trop précipité du début et les indécisions regrettables qui en ont été la suite, ce chiffre est descendu à 157 dans le courant de cette même année, pour s'élever de nouveau à 218 au 1" mai 1881.

Les préoccupations de cette société ont été des plus sérieuses, s'appliquant à toutes les questions de colonisation et d'économie agricole soumises à son examen par l'Administration, ainsi qu'à toutes les discussions d'intérêt local soulevées par l'initiative de ses membres et complétées par des vœux d'une haute importance.

Son passé, sous ce rapport, bien qu'il date d'hier, lui a mérité les félicitations de l'Administration supérieure de la colonie et les éloges de la presse ; aussi peut-il servir de garantie pour ses efforts à venir.

La partie active de sa tâche n'a pas été moins importante, comme il est aisé de s'en convaincre en se rappelant que dans ces quelques années elle a organisé et conduit h bonne fin dix concours, stimulant ainsi, tour à tour, le zèle appliqué à certaines aptitudes, en attendant la tenue du concours régional qui aura lieu , dans un avenir peu éloigné, au chef-lieu de notre arrondissement.

Voici, d'ailleurs, deux extraits du compte rendu que nous avons présenté à l'assemblée générale du mois de mai 1 88 1 , qui montreront bien la situation exacte du comice et la voie nouvelle dans laquelle il désire s'engager : « . . .Cette situation des plus heureuses, est due, il faut le dire hautement, Messieurs, à vos travaux suivis et sérieux, aux résultats importants qu'ils ont procurés à tout ce territoire, et aussi à votre impartialité et à votre absolue volonté de ne vous occuper que des questions agricoles et de colonisation inséparables les unes des autres, dont le champ est assez vaste pour satisfaire l'ardeur et le zèle des plus actifs.

« Certes, je ne ferai pas l'injure à un seul de vous de penser qu'il peut rester indifférent aux solutions d'un autre ordre qui intéressent à des points de vue divers la société et la patrie, mais je constate que, conservant pour d'autres scènes vos convictions et vos préférences de ce genre, vous n'avez cessé de considérer le Comice comme un terrain neutre où peuvent se rencontrer toutes les intelligences et toutes les bonnes volontés décidées à poursuivre un seul but : le progrès agricole, par le travail et l'action libre et dévouée de tous les sociétaires devenus de véritables frères d'armes.

«...Mais tous ces efforts ne vous suffisent pas, et après avoir entendu le rapport de mon excellent collègue et ami le docteur Fabriès, vous avez pensé que le Comice pourrait rendre d'autres services que ceux du passé, le jour où il lui serait permis de réunir de nombreux objets destinés :\ frapper la vue des cultivateurs (pii viennent à nos séances, tout en les utilisant pour les instituteurs et pour les élèves dont nous sollicitons le concours, et aussi de conserver les échantillons les plus importante

de nos produits locaux, comme cela a lieu dans la métropole, depuis quelques années, pour les musées cantonaux qui se multiplient et qui rendent de sérieux services.

« Le Lut de ces établissements, comme je le disais dans une note présentée à la commission cliarg-ée de s'occuper de l'aménagement de notre salle, est de faire connaître la science pratique aux intéressés en leur apprenant les progrès qu'elle comporte par la vue de nombreux objets ; aussi renferment-ils généralement les cinq sections artistique, agricole, industrielle, scientifique et historique.

« Sans prétendre les imiter, tout d'abord, d'une façon complète, nous pouvons nous borner pour le moment aux principales de ces sections, tout en y trouvant déjà d'immenses avantages. Tel est mon avis bien arrêté depuis longtemps, tel est aussi celui de M. Trépagne qui s'est grandement occupé du succès de ces établissements en France, et qui a bien voulu me faire parvenir de précieux renseignements renfermés dans deux lettres , dont je crois utile d'extraire les passages suivants :

« Le gouvernement et l'administration préfectorale commen- « cent à encourager ces institutions dues à l'initiative privée, « tandis que les autres puissances de l'Europe et du continent « américain sont bien plus avancées sous le rapport des moyens « de propagation pour l'instruction populaire, et je ne vous « citerai que l'Allemagne, oii fonctionne un musée pédagogique « ambulant, ayant servi, en 1878, à donner plus de dix mille « leçons publiques, en plein air pour ainsi dire. Est-ce assez « significatif ?

« "Vous pouvez certainement comme moi débuter par quel- « ques objets peu coûteux , les exposer dans le local des séances ; « les artisans et les cultivateurs se montreront curieux d'abord, « et ensuite vous offriront leurs services, leurs protlnits, leurs « modèles, leurs modestes ouvrages, et je suis convaincu que « dans vos contrées l'imitation ne se fera pas longtemps « attendre. »

« Ce sont ces sages conseils que nous devons nous appliquer à suivre, et que nous adopterons comme ligne de conduite, avec

la conviction que leur mise en pratique ne peut produire, ici comme en France, que d'excellents résultats.

« Une fois bien pénétre de cette utilité, on peut ainsi déterminer la réalisation de ce projet : 1" réunion des volumes nécessaires à l'étude des nombreuses questions soumises à l'examen de notre société ; 2" simple aménagement de la salle de nos délibérations ; 5" acquisition successive des objets qui, en France, ornent les salles des musées cantonaux.

« Le premier de ces points constitue désormais un fait accompli car, grâce au bon vouloir de nos sociétaires, à la générosité des Ministres et du Gouverneur général, et au zèle de notre excellent et sympathique membre correspondant, M. Ghezzi, consul général d'Autriche-Hongrie à Alger, notre bibliothèque compte aujourd'hui 402 volumes ou brochures, 12 cartes de l'Algérie, et les collections des bulletins de 17 associations agricoles auxquelles nous en vo^'ons, en retour, notre publication, et dont le nombre ne tardera pas à s'augmenter encore.

« Rappelons à ce sujet que les termes de la lettre de M. le Gouverneur général, annonçant l'envoi à tous les Comices de l'Algérie d'une collection de volumes, montrent bien que notre initiative n'a pas été étrangère à la réalisation d'un projet qui profitera à toutes les sociétés agricoles, ce dont nous nous félicitons grandement.

« Grâce à la louable et bienveillante coopération du Maire et de la municipalité de Bel-Abbès, auxquels nous offrons publiquement nos sincères remercîments, grâce h vos souscriptions privées, à votre vote du 20 février dernier et à l'aide que j'ai sollicitée des hautes Administrations, j'espère que les deux autres parties de notre programme recevront bientôt aussi une solution heureuse et conforme à vos aspirations. Un Comice agricole qui com})rend sa mission, ne doit pas, en effet, se borner à donner des conseils piu'enient théoriques, mais il doit aussi leur joindre des démonstrations pratiques au moyen de collections destinées à rendre également d'importants services aux écoles primaires avec lesquelles il a plus d'un point commun.

« Ce passé, Messieurs, doit nous rappeler que, Ijien foibles par nous-mêmes, nous n'avons pu faire un peu de bien que grâce h un concoih-s de bons vouloirs que nous continuerons à solliciter pour la réalisation de nos espérances dans Tavenir. Aussi ne néglig-erons-nous aucune circonstance, comme celleci, de témoig-ner notre reconnaissance et notre g-ratitude au Gouvernement de la colonie, au Conseil g-énéral, aux municipalités de Tarrondissement qui n'ont cessé de nous (>ncourag-er de leurs conseils et de leurs deniers

« Et puisque je paie les dettes de reconnaissance de notre Société, je ne puis taire l'offre g-racieuse de notre collègue, M. Mougeot, qui a bien voulu mettre à notre disposition deux charrues pour récompenser les Indigènes appelés à engager avec nos colons la lutte pacifique des pratiques ag-ricoles.

« Donnons-lui, Messieurs, un témoignage de notre gratitude, car si son généreux exemple est suivi par d'autres, l'honneur de la première idée ne lui en reviendra pas moins tout entier.

« De telles marques de sympathique encouragement, de tels exemples de dévouement à notre œuvre ne sauraient permettre l'indécision, si même elle avait pu se produire parmi nous, mais ils nous invitent à mettre plus que jamais en pratique la devise que j'ai fait inscrire sur nos dij^lomes de sociétaires : Toujours en avant par le progrès. Toujours, car la lutte du travail contre l'inertie doit être incessante pour être fructueuse ; en avant, cri des sociétés modernes, car ceux qui reculent ne sont pas dignes d'appartenir à ce siècle, et ceux qui restent stationnaires sont des êtres inutiles, puisqu'ils ne produisent pas ; c'est donc en avant qu'il faut aller, en avant comme le soldat, en avant connue tout homme de cœur, mais en avant par le progrès, pour ftiire œuvre durable. »

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