Scène IX
DUROY, SAINT-POTHAINetNORBERTdeVARENNE entrent.
Saint-Pothain. — Qu'y a-t-il ?
Varenne. — Bonsoir, Duroy.
Duroy. — Oh î mon cher maître, je suis confus..,
Varenne, — Lais.sez donc!... Garçon!... deux bocks!... Le numéro des Pannes ne passe pas encore eb je ne suis pas fâché de boire quelque chose.
DvHOY, à Saint-Potliain. — Mon vieux, voilà... J'ai oublié
a galette... Je suis prisonnier de mon sherry-brandy.
.Saint-Pothain. — Comment donc !... Voilà cent sous !
Duroy. — Je te rendrai ça.,,
Saint-Photain, — Rien ne presse... Demain, ça suffira. (Le garçon apporte les bocks.)
Varenne, buvant. — Ça, c'est la meilleure chose delà vie !... Noua avons bien dîné, ce soir, n'est-ce pas, Saint- Pothain?
Saint-Pothain. — Oh ! avec vous, cher maître, on ne dîne pas : on officie.
Varenne. — Mon cher Duroy, je lui ai fait manger un bo3uf à la mode dont je vous donnerai la recette... Vous prenez un beau morceau de culotte...
S.aint-Potiiain. — As-tu dégusté l'article du maître. «Jô matin?
Duroy. — Oh ! admirable ! quelle psychologie !... Vous la connaissez, la femme 1
Varenne. — Il suffit de regarder... Garçon, deux bocks.
Saint-Pothain. — Vous l'avez étudié, l'amour. Et vous êtes un savant désintéressé : vous n'avez pas fait le beau mariage, vous n'êtes pas de l'Académie!... C'est épatant, cas
Varenne. — Que voulez-vous? on n'est pas parfait..» Dans ma jeunesse, on était bohème.
Duroy. — Aujourd'hui, on est plus pratique !
Varenne. — On lutte, on s'ennuie, on arrive... Moi, je ne me plains pas, j'ai eu ma part de joie.
Saint-Pothain. — Et votre nombre de femmes... (Le garçon apporte les nouveaux bocks.) Ah I cher maître, si vous vouliez écrire...
Varenne. — Mes mémoires?
Duroy. — Vos souvenirs !
Varenne. — C'est toujours la même chose : des femmes légères ou vénales.
. Saint-Pothain. — Légères et vénales !
Varenne. — Des maris aveugles ou complaisants !
Saint-Pothain. — M. de Marelle ou Forestier.
Duroy. — Voyons, Saint-Pothain...
Saint-Pothain. — Quoi?... Le mari de Clotilde n'est pas aveugle ?
Duroy. — ^ Je n'en sais rien.
Saint-Pothain. — Forestier n'est pas complaisant?
Duroy. — ■ C'est idiot.
Saint-Pothain. — Voyons, cher maître, vous connaissez Madeleine Forestier depuis son adolescence ! Eh bien ! dites donc à cet enfant que le comte de Vaudrec subvient depuis des années aux besoins du ménage.
Varenne. — Madeleine est une créature rare; Vaudrec, un galant homme ; et Forestier, un charmant garçon.
Saint-Pothain. — Tous les maris complaisants sont de charmants garçons. Ça tient à la fonction... Je me sauve... (// file.)
Duroy. — Quelle rosse !... Forestier est un honnête homme?
Varenne. — Certainement... certainement... (Varenne s'en va.)
Duroy. — Garçon !...
Le Garçon. — Monsieur?
Duroy. — Payez-vous !
Le Garçon, maniant les soucoupes. — Deux francs... trois francs... Trois et deux cinq . . .
Duroy, lui donnant cinquante centimes. — Tenez !
Le Garçon. — Merci, monsieur.
(Il s'en va.)
Duroy. — Chasseur !
Le Chasseur. — Monsieur.
Duroy, lui donnant vingt sous. — Tenez !
Le Chasseur. — Merci !
(Il s'éloigne.)
Duroy. — Il me reste cinquante centimes pour la fleuriste... Zut !