‹ Bel-amiChapitre 15 sur 77 · Scène première · texte numérisé non relu

Scène première

GEORGES DUROY, UN DOMESTIQUE, puis MADELEINE.

Georges, entrant avec le domestique. — Dites que c'est pressé, qu'il s'agit d'un journal.

Le Domestique. — Bien, monsieur.

(7i sort. — Georges regarde les tableaux. Entre brusquement Madeleine, un peignoir jeté à la hâte.)

Madeleine. — Il n'est rien arrivé à Paul?

Georges. — Ma is non !

Madeleine. — C'est bien vrai ?

Georges. — Ma parole d'honneur.

Madeleine. — .T'ai eu une peur... Il est si malade, vous savez !

Georges. — Une mauvaise bronchite... Un mois dans le Midi, et il sera guéri.

Madeleine. : — C'est ce que je lui dis.

Georges. — Voilà... Forestier était parti. Laroche- Mathieu a apporté au patron une nouvelle qui doit modifier paraît-il, votre article de demain, je veux dire : l'article de Forestier. On n'a pas voulu confier le pli à n'importe qui... Voici la lettre du patron, voici vos épreuves.

Madeleine. — Vous avez la confiance du père Walter, hein ?.. {Elle va à son bureau.)

Georges. — Il est très gentil... Je n'ai pas à me plaindre.

Madeleine, décachetant le pli. — Une cigarette?

Georges. — Non, merci !

Madeleine, allumant sa cigarette et lisant la lettre. — Eh bien !... ça ne change rien.

Georges. — Ah?

Madeleine. — J'avais la nouvelle, cet aprèr-midi, quand j'ai écrit l'article. Si le patron avait lu la chronique, il s'en serait aperçu.

Georges. — Il n'a pas pu supposer... Laroche-Mathieu lui offre une information toute neuve...

Madeleine, enfermant dans un tiroir la lettre de Walter et mettant sous pli les épreuves. — Parfait !

Georges. — Vous êtes rudement forte.

Madeleine. — Mais non !... Pas du tout !

Georges. — Vous êtes merveilleusement renseignée, et on ne sait par; comment.

Madeleine. — ■ Mon petit Duroy, allez mettre votre habit. Vous n'oubliez pas que vous dînez ici, et il faut que je m'habille.

Georges. — Et jolie !

Madeleine. — Vous exagérez.

Georges. — Une des rares femmes que le déshabillé embellit.

Madeleine. — Mon petit Duroy, allez-vous-en... Il faut que vous retourniez au journal.

Georges. — Mais non ! Je téléphonerai à l'imprimerie que l'article va, qu'il n'y a pas de changement.

Madeleine. — - Sérieusement, il faut que je passe une robe !

Georges. — Pourquoi faire, mon Dieu !... Pour quoi faire?

Madeleine. — Au revoir 1... A tout à l'heure !

Georges. — Au revoir !

Madeleine. — Allons ! rendez-moi ma main.

Georges. — Non !

Madeleine

un mois...

Georges. — Madeleine,

Folies -Bergère

Quel type !... On ne vous a pas vu depuis

Depuis trois semaines.

— Enfin, depuis que nous sommes allés aux . .Te suis sûre que vous avez trouvé le t«mps de rendre visite à Clotilde?

Georges. — .Te n'ai pas vu M"* de Marelle. Madeleine. — Enfin, vous arrivez ; et parce que je suis seule, il faut que vous me fassiez la cour.

Georges. - — Il est certain que si vous n'étiez pas seule, ça serait plus difricilc.

Madeleine. — Vrai, Duroy, il n'y a rien à faire. Georges. — Écoutez !...Je voudrais vous dire quelque chose, que vous trouverez peut être très niais ; ça ne fait rien ; il faut que je vous le dise.

Madeleine. — Allez !

Georges. — Je blague comme cela ; au fond j'ai une grande reconnaissance pour Forestier Je n'oublie pas que c'est lui qui m'a fait entrer au journal. Il a été très chic... Et puis, vous m'avez aidé... Ici niême, vous avez retapé mes premiers articles, qui étaient infâmes.

Madeleine. — Ça, c'est vrai... Mais vous avez fait de rapides progrès.

Georges. — Vous trouvez ?

Madeleine. — Mon petit Duroy, vous rédigez merveilleusement vos échos... Je ne vous l'envoie pas dire.

Georges, lui baisant la main. — Merci !

Madeleine. — C'est spécial, c'est mordant... Eh bien, ce n'est pas une raison pour mordre ma naain.

Georges. — Pardon !

Madeleine. — Ce matin même, vous enlevez un peu le morceau.

Georges. — Oui !... Notre confrère qui signe élégamment « Le Stylo » prend quelque chose.

Madeleine. — C'est très bien.

Georges. — Enfin, je voulais vous dire que j'ai pour Forestier et pour vous une i^rofonde gratitude... Alors, si un jour vous aviez besoin de mon amitié, un signe et j'accours... Vous me croyez, hein ?

Madeleine. — Oui !

Georges. — Mettez-moi vite à l'épreuve.

Madeleine. — A l'instant.

Georges. — Chic !

Madeleine. — Sauvez-vous, habillez-vous et revenez !

Georges. — ■ C'est tout ?

Madeleine. — • C'est tout... Allez !... allez !...

Georges. — Au revoir, madame !

Madeleine. — Au revoir, monsieur {Duroy sort.)

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