Scène V
Les mêmes, MADELEINE.
Madeleine. — Ça y est ! (Elle s'étonne de voir le irouhle des deux hommes). Quoi?... On a joué un drame. Vous avez pleuré ?
Forestier. — Mais non !... Je vais passer mon habit. (Il sort.)
Vaudrec. — Je l'ai presque décidé à aller à Menton...
Madeleine. — Merci... Il voit où il en est?
Vaudrec. — Oui !... Par moments... Et puis tout à coup il a de bonnes illusions...
Madeleine. — C'est affreux ! (Silence.) Je vous demande pardon de me laisser aller ainsi devant vous.
Vaudrec. — Pourquoi donc?
Madeleine. — C'est ridicule !... c'est choquant !
Vaudrec. — Ma petite Madeleine, votre douleur ne m'apprend rien... Si vous n'aviez pas ressenti une très vive sympathie pour Forestier, vous l'auriez quitté pour venir à moi.
LE MONDE ILLUSTRE
Madeleine. — Vous ne me l'avez jamais demandé.
Vaudrec. — Parce que je comprenais... Parce que je ne suis plus jeune... Et puis, Madeleine, je ne fais pas le même métier que vous. Il y a des actrices qui n'aiment que des acteui's : c'est si naturel ! Vous ne pouvez sans doute aimer que des écrivains... Et c'est très juste !
Madeleine. — Vous savez combien je vous aime, Vaudrec...
Vaudrec. — Oui !... oui !... .Te ne me plains pas... cependant j'ai toujours senti entre nous une petite séparation.
Madeleine. — Oh !
Vaudrec. — Ce n'est pas votre faute: c'est le métier... Croiriez-vous que j'ai été assez fou pour songer à créer un journal afin de me rapprocher de vous... J'ai renoncé à ce projet d'amoureux, parce que je n'aurais jamais été que le commanditaire, n'est-ce pas?
Madeleine. — Vaudrec !
Vaudrec. — Ça ne fait rien !... J'ai été très heureux ; pas tout à fait heureux, mais très heureux... et je vous remercie.
(Il lui baise la main.)