‹ Bel-amiChapitre 24 sur 77 · Scène X · texte numérisé non relu

Scène X

Les mêmes, WALTER, M™*- WALTER, FORESTIER.

Forestier, introduisant M. et M""» Walter. — Et ici, c'est mon cabinet de travail.

Hlme Walter. — C'est charmant !

Walter. — Vous êtes très Ijien installé... Bonsoir, Madame... Tu connais M""» de Marelle, n'est-ce pas?

]y[me Walter. — Certainement...

Clotilde. — .T'ai eu le plaisir...

Duroy. — Madame î

m me w'altkr. — Vous m'avez envoyé de superbes fruits, Monsieur, et je vous remercie.

DuBOY. — Oh : madame, ils sont cultivés par mes parents, qui s'amusent à en choisir pour moi quelques-uns. Ils savent que je suis gourmand.

Walter. — Vos jîarents cultivent la terre ?

Duroy. — Ils ont une exploitation en Normandie.

]V£mc Walter. — Vous leur écrirez que leurs fruits sont délicieux.

(Elle remonte avec Walter et Forestier.)

Clotilde. — Tu les a achetés aux halles?

Duroy. — Naturellement !

Forestier, montrant un tableau. — Oui... c'est du grand maître...

Walter. — Je sais ! je sais !... C'est horrible !... J'en ai acheté dix, parce qu'on m'a dit que ça allait monter.

Duroy, à Jf >"« Walter. — Vous aimez la peinture, Madame?

Walter. — l*]lle n'aime que les compositions pieuses... Elle m'ennuie en ce moment pour que j'achète « Le ('hrist qui marche sur les flots «, de Karl Marcowitch... Elle l'aura !

Mme Walter. — Tu me fais bien plaisir.

Walter. — Ne me remercie pas. C'est de la publicité pour la maison. Ça vaut deux cent nulle... On le saura.

Forestier. — Fichtre !

Walter. — Mais où sonii les petites gravures que vous m'avez promises.?

Forestier. — Nous allons les regarder, si vous voulez. (Ils montent au fond.)

Walter. — Ce n'est pas pour M™« Walter.

Clotilde. — Mais c'est pour moi.

Walter. — Ce n'est visible que pour les honxmes.

Forestier. — Et moyennant un supplément de cinquante centimes...

Clotilde. — .Te donnerai un franc.

Walter. — Entrez, madame.

(Ils s'installent au bureau de Madeleine. M"^" Walter et Duroy sont assis près de la cheminée. )

Duroy. - — ■ Il paraît, madame, que votre nouvel hôtel sera merveilleux.

Mme Walter. - — C'est M. W'alter qui a voulu absolument... Il paraît que c'est nécessaire... .Te vous avoue que j'ai un goût particulier pour la simplicité... Les grands salons, ça me donne froid.

Duroy. — Je vous comprends, madame.

M ™e Walter. — Oh ! vous êtes bien élevé... Vous ne pouvez pas me répondre autrement... Mais à votre âge, monsieur Duroy, on rêve la conquête, la fortune... Plus tard, on apprécie le recueillement.

Duroy. — Mais, Madame, pourquoi parler de mon âge? Pourquoi dire : plus tard ?

M™« Walter. — Je pourrais être votre maman, monsieur Duroy. J'ai deux grandes filles.

Duroy. — C'estdonc que vous vous êtes mariée très tôt ?

Mme Walter. — A dix-huit ans.

Walter, au fond, regardant une estatnpe. — Oh! ça c'est épatant !... c'est épatant !

Clotilde. — Du calme, monsieur Walter...

Walter. — On croit tout savoir, et puis...

Clotilde. — Moi, je savais...

Forestier. — Oh ! voyons, Clotilde...

Walter. — Elle est très drôle !... elle est très drôle !

Walter (M. Jofirei.

LE MONDE ILLUSTRE

jime Walter. — Elle est délicieuse. M"* de Marelle, et si gaie... Il semble qu'elle soit ma cadette de dix ans.

DuROY. — Vous prenez plaisir à vous vieillir ! On voit très bien que vous êtes aussi jeune que M"" de Marelle.

M"« Walter. — Vous êtes très aimable... On me l'avait dit, d'ailleurs.

DuROY. — Qui donc ?

jjmo Walter. — Mais... Mme Forestier... Et êtes-vous heureux à la Vie française?

DuROY. — M. Walter a bien voulu me confier les « Échos »

T^lmc Walter. — Je sais !... je sais !... 11 m'en avait d'abord parlé.

DuROY. — Puis-je comprendre, madame, que je vous dois de la gratitude?... Vous m'avez toujours témoigné tant des bienveillance...

M™* Walter. — La femme d'un chef doit s'intéresser à ceux qui le secondent. C'est mon devoir de patronne...

DuROY. — C'est gentil que vous soyez la patronne... En travaillant, je penserai que je vous sers... ma tâche me paraîtra plus facile.

M"" Walter. — On ne m'avait pas trompée... Vous êtes vraiment trcVi aimable.

Walter, au fond. — Oh ! oh ! oh !... Extraordinaire !

Clotilde. — Ça, c'est vrai !

Forestier. — Clotilde avoue qu'elle est étonnée... Nous ne trouverons pas mieux... Arrêtons-nous !

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