‹ Bel-amiChapitre 25 sur 77 · Scène XI · texte numérisé non relu

Scène XI

Les mêmes, puis MADELEINE, ROSE, SUZANNE, LAURINE, VAUDREC, puis NORBERT de VA- RENNE, puis LAROCHE-MATHIEU, puis UN DO- MESTIQUE, puis SAINT-POTHAIN.

^Iadeleine. — Les enfants peuvent entrer?... J'espère, Madame, qvi'ils ne vous ont pas obligée à regarder ces horreurs?

Walter. — Des horreurs !... Vous appelez ça des horreurs?... D'ailleurs, nna femme n'a rien vu.

M'"^ Walter. — J'ai seulement admiré votre installation.

Madeleine. — Oh ! c'est bien modeste !... Allons ! vous pouvez ven^r, la jeunesse !

Vaudrec, apparaissant à la porte du fond. — La jeunesse, c'est moi.

Walter. — Voici mes deux filles : l'aîneïe. Rose, et la cadette, Suzanne... Dites bonjour à M""" de Marelle et à Duroy.

Laurine. — Vous savez, Bel-Ami, c'est fait... Nous sommes l'un près de l'autre... J'ai regardé dans la salle à manger.

Madeleine. — Je vous prie de m'excuser... Nous attendons encore Norbert de Varenne et Lriroche-Mathieu. Walter. — Je vais les flanquer à l'amende. Norbert, entrant. — Bonsoir, tous !

Madeleine. — Ah ! en voilà un !

Walter. — Toujours en retard, vieux romantique ! Norbert. — J'ai fait un papier sur l'élection de Griniaud.

M""" Walter. — Ah ! oui !... L'Académie l'a nommé, cet après-midi.

Forestier. — Jolie recrue !

DUROY. — Ça va augmenter le prestige de l'institution ! Madeleine. — Laissez donc I... On dit cela toutes les fois qu'on nomme un académicien.

Clotilde. — Et on a toujours raison !

, Norbert. — Mais qu'est-ce que ça fait !... Personne ne croit à l'Académie.

Walter. — P.ardon ! mon cher maître, j'y crois..l'Académie c'est quelque chose...

Norbert. — Vraiment !

Walter. — Et je le prouve... Si vous en étiez, je vous donnerais dix louis de plus par article ; hein?

Norbert. — Vous avez raison... L'Académie c'est quelque chose.

Laroche- Mathieu, entrant. — Pardon !... excusez-moi !.. j'arrive des Affaires étrangères.

Walter. — Eh bien?

Laroche-Mathieu. — J'ai vu le ministre.

Walter. — Et alors?

Laroche-Mathieu. — Muet !...

Walter. — Il faudra le changer... On ne peut pas garder un ministre muet.

(Le domestique ouvre la porte.) Madeleine. — Ah !... c'est servi ?

Le Domestique. — Non !... c'est M. Saint-Pothain ! Walter. — • Impossible ! ça ferait treize ! Le Domestique. — Il dit que c'est urgent ! Madeleine. — Qu'il vienne !... Il y a un général qui est mort ?

Saint-Pothain, entrant. — Je vous demande pardon... J'ai un mot à dire à Dui-oy.

Duroy. — A moi !

Forestier. — Si vous voulez passer à côté. Saint-Pothain. — Oh ! ce n'est pas un mystère... Ça paraîtra demain dans tous les journaux, avec ce titre : « Vers le pré ».

Duroy. — Quoi ?

Saint-Pothain. — - Berger t'envoie ses témoins. Duroy. — Berger ?

Saint-Pothain. — Oui, celui qui signe : « Le Stylo ». Walter. — -Bravo !... bravo !... Excellent t... Laurine. — Je ne veux pas qu'on fasse du mal à Bel-Ami. Suzanne. — Vous ête3 bête... Il n"y a jamais de danger. Saint-Pothain. — Voici les cartes de ces messieurs : Dumont-Francel et Bernard Ferriaud, deux camarades.

Walter. — ■ Prenez Norbert : il est très décoratif, et M. de Vaudrec, s'il y consent.

Vaudrec. ■ — Avec plaisir.

Forestier. — Nous allons arranger cela à table ! Saint-Pothain. — Tu prendras l'épée ou le pistolet? Duroy. — Je no sais pas !... je ne sais pas ! Saint-Pothain. — Si tu prends l'épée, je t'indiquerai un coup épatant... Tu restes en garde comme ça; tu menaces la figure de ton adversaire : et puis, une... deux... Tu vois... tu es mort... c'est-à-dire, c'est l'adversaire qui est mort, I)uisque je te représente.

Di'ROY. — Merci !

Saint-Pothain. — Excusez-moi !... Mais j'ai cru devoir... Forestier. — Tu as bien fait.

Saint-Pothain. — Au revoir !

(Il sort.) Madeleine. — Je devrais i)eut-être le retenir? Walter. — Oh ! non !... on serait treize ! Clotilde. — Vous ferez attention, monsieur Duroy... C'est absurde, ces a(ïaires-là.

Norbert. — Je me rappelle qu'en 187.5, j'étais témoin d'un duel dans l'île de la Jatte. Il faisait une chaleur !... Notre client a été touché... Il a fallu le ramener dans vm landeau fermé... Ce que j'ai souffert!...

Vaudrec. — C'est curieux !... La même année, j'ai reçu un coup d'épée dans le br.as.

Walter. — Eh bien ! jeune homme, vous voilà le champion de la Vie française.

Forestier. — On no te souhaite rien... Il paraît que ça porte malheur.

Madeleine. — Surtout, Duroy, ne vous frappez pas... Duroy. — Oh ! madame !

Madeleine. — Ça se termine toujours très bien. Laurine. — Vous dînez tout de même ici, hein ? Duroy. — Je crois bien !

Rose. — Si vous voulez, monsieur, notre ami le comte de Latour-Yvelin pourra vous donner quelques conseils : il est le vainqueur du grand match de pistolet.

Suzanne. — Oh !... quand Rose parle de Latour-Yvelin... M""" Walter. — Voyons, Suzanne !

Suzanne. — Vous choisissez le pistolet, monsieur Duroy. L'adversaire tire ; il vous rate. Vous tirez en l'air... Ce sera très chic.

M™" Walter. — Au lieu de dire des folies, vous feriez mieux de donner à M. Duroy cette petite médaille.

Suzanne, chantant. — « O sainte médaille qui me vient de m» sœur ! »

jyjme W'alter. — Portez-la, monsieur Duroy. Duroy. — Je vous remercie, Madame.

Le Domestique, annonçant. — Madame est .servie ! {Uana le brouhaha, Clotilde s'approche de Duroy.) Clotilde. — Mon chéri ! mon chéri !... à domain matin, tout de même?

Duroy. — Mais, oui...

Laurine. — Votre bras, Bel-Ami. !

(Rideau).

BEr--.\:ni

Un jardin à Meydon. Au fond ô gauche la petite lilla. Une balustrade au fond axe<: une jolie vue. Chaise longue en paille, sièges de jardin. Entrée du jardin au fond à droite.

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