Scène VIII
DUKOY, CLOTILDE.
Clotilde. — - Pauvre garçon !.. Madeleine est très frappée...
DuBOY. — Naturellement... C'est une grande perte, pour elle.
CiiOTiLDE. — Oui, elle l'aimait bien, et puis il y a sa situation au journal... Qui va bien pouvoir le remplacer?
DUROY. — Walter désire que je prenne la rubrique.
Clotilde. — Mais, mon chéri, tu ne connais rien à la politique étrangère.
DUROY. — Je m'y mettrai.
Clotilde — Madeleine sait les intentions de Walter?
DUROY. — Mais oui...
Clotilde. — Qu'en dit-elle?
DuROY. — .le crois qu'elle aime autant que ce soit moi qu'un autre.
Clotilde. — Certainement... Ça ne t' étonne pas, toi, cette idée de Walter?... Enfin tu trouves naturel qu'il donne la politique étrangère au chef des échos?
DuROY. — Dans le journalisme !
Clotilde. — Tu ne crois pas que c'est pour lui unmoyen de garder Madeleine?
I>UROY. — - Comment?
■Clotilde. — S'il prenait un rédacteur qui connaisse bien la question, il ne pourrait lui proposer de collaborer avec Madeleine.
DuROY. — - Alors pourquoi ne confie-t-il pas tout simplement la rubrique à ton amie !
Clotilde. — C'est une femme !... Ça ne se fait pas !
DuROY. — On me roule, alors?
Clotilde. — Mais non !... Tu as de la chance, au contraire.
DuBOY. — Crois-tu vraiment que Walter ait besoin de Madeleine Forestier?
Clotilde. — Oui, parce qu'il y a partie liée entre Walter et Laroche-Mathieu.
DuROY. — Eh bien?
Clotilde. — - Eh bien, voyons !... Laroche-Mathieu tient à Madeleine.
DuROY. — • Un potin !
Clotilde. — C'est toi qui me l'as dit !
DuROY. — .l'ai eu tort... Madeleine est une très honnête femme.
Clotilde. — ■ C'est ce que je t'ai toujours répété, quand tu faisais des allusions à Laroche-Mathieu et aussi à Vaudrec.
DuBOY. — Vaudrec !... C'est absurde... Vaudrec l'a connue quand elle était enfant : il était l'ami de la famille.
Clotilde. — Il te l'a dit?
DuROY. — Xon !
Clotilde. — - Elle te l'a dit?
DuROY. — Mais non !
Clotilde. — Georges !
DuROY. — Quoi?
Clotilde. —Tu m'aimes?
DuROY. — Tu en doutes?
Clotilde. — Xon ; mais tu es si bizarre.
DuROY. — - .T'ai du chagrin.
Clotilde. — Alors, tu diras à Madeleine que je suis venue, que je n'ai pas voulu la déranger.
DuROY. — ■ Oui !... Oui !... ça vaut mieux ainsi !... Au revoir.
Clotilde. — Tu viendras ce soir à Monte-Carlo ?
DuROY. — Xon ! Pas ce soir ! Demain ma chérie. (Clotilde sort. Dès que Clotilde est sortie, Duroy ouvre doucement la porte de la maison et il appelle faiblement.)
DuBOY. — Madeleine !