DUROY, MADELEINE, CLOTILDE
Madeleine, ouvrant la porte du fond. — On peut entrer?
DuBOY. — Non !
Clotilde, se montrant. — Est-il méchant !
DuROY. — Je travaille.
Madeleine. — Précisément; il faut que je te donne le renseignement de Laroche-Mathieu... la patronne est partie.
DUROY. — Entrez, alors !... Bonjour Clotilde !
Clotilde. — Bonjour, Bel- Ami !
DuROY. — Quel est le renseignement?
Madeleine. — Le calme, la paix !
DuBOY. — Il nous roule, ton député... J'ai un autre tuyau.
Madeleine. — Ah !... Par qui?
DuROY. — Je ne te demande pas tes sources d'information... Respecte mes secrets.
Madeleine. — Tu n'es pas sorti.
DUROY. — Il y a le téléphone.
Madeleine. — Alors, l'article?...
DUROY. — Eh bien !... tout à la paix, comme le veut ce bon Laroche.
Madeleine. — Ah ! tu ne lances pas ton information?
LE MONDE ILLUSTRÉ
DiTROY. — Non, ma chérie, rien : pas la plus légère insinuation.
Madeleine. — Bien !
Dtjroy. — Veux-tu relire et achever?... Tiens ! regarde l'article... Pas commencé... La feuille est blanche. Madeleine. — Allons-y. (Elle se met à son bureau.) DuBoy, à Clotilde. — Et vous ; que devenez-vous? Clottlde. — Ne parlez pas si haut... vous dérangez Madeleine.
Madeleine, écrivant. — Non !... non !... j'ai l'habitude d'écrire dans les salles de rédaction.
DUROY. — Elle ferait un article dans un café, si la mode n'en était point passée... Vous allez bien, vous? Clotilde. — Très bien !
DuBOY. — Vous êtes toujours plus jolie... Et votre fille?
Clotilde. — Elle ne vous pardonne pas votre mariage avec Madeleine.
Madeleine. — Sa mère est moins jalouse qu'elle. Clotilde. — Son père aussi... Heureusement !... DuROY. — Vous dînez avec nous?
Clotilde. — Non î c'est vous qui dînez avec moi... Il fait très doux ; nous irons en auto à la campagne... où vous voudrez.
DuROY. — Chez le père Thuillard.
Madeleine. — Oh ! il n'y a pas de vue. DuROY. — Nous aurons contemplé assez de paysages, en roulant.
Clotilde. — Bel-Ami a raison : la cuisine est remarquable.
DuROY. — On va faire le menu et le téléphoner... Tenez ! voici du papier et un crayon.
Clotilde, au bureau de Duroy. — Allons-y ! DuROY. — Pas de potage !
Clotilde. — Si !... du consommé froid portugaise. DUROY. — Adopté !
Clotilde. — Le brochet Thuillard.
DuROY. — • J'adore ça !
Clotilde. — La poularde à la Souvaroff. Duroy. — Elle connaît toutes mes faiblesses... Des œurs de romaine, hein.
Clotilde. — Le mangeur de cœurs !... Un parfait et des fruits.
Duroy. — Dieu ! que c'est bon î
Madeleine. — Etes-vous assez gourmands et assez enfants.
Duroy. — Enfants !... enfants !... Mais c'est très sérieux ! (Il sonne ; le domestique apparaît.)
Duroy. — Téléphonez chez Thuillard... Vous savez le numéro?
Le Domestique. — Oh ! monsieur.
Clotilde. — Nous dînerons à sept heures et demie... Trois couverts... De ma part.
DuilOY. — Il a pous vous des attentions spéciales? Clotilde. — Parfaitement... Voici le menu. Duroy. — Il ne pourra pas lire... Vous avez une écriture élégante, mais illisible.
Le Domestique. — Je peux très bien lire. Clotilde. — Vous voyez bien.
Duroy. — Allez !... Téléphonez aussi au garage ! qu'on envoie une auto à six heures et demie !
Madeleine, cessant d'écrire et se levant. — .T'en ai assez!... je vais m'habiller... Achève.
Duroy. — Oh !. . . non...
Madeleine. — Si, mon chéri...
Clotilde. — On vous laisse.
Duroy. — Oh ! non !... Si vous vous en allez, vous, je ne ferai rien, absolument rien.
Madeleine. — Il faut te dévouer. (Elle sort.)