CLOTILDE, DUROY
Duroy, à «on bureau. — Eh bien! il est très bien cet éditorial... il ne manque que deux ou trois mots méchants... Un, ici...
Clotilde. — Fais voir... Oh ! pas très drôle...
Duroy. — En été !... Un autre, là...
Clotilde. — Mi«ix
Duroy. — Encore un...
Clotilde. — Tu vas te fatiguer î
(Elle Vembi-asse dans le cou.)
Duroy. — Oh ! non !.., voyons !
Clotilde. — Ça te choque?
Duroy. — Ça m'impressionne. (Il écrit.)
Clotilde. — Tu ne trouves pas que Madeleine est étrange : elle nous lance des mots.
Duroy. — Elle veut nous prouver qu'elle n'ignore rien... Satisfaction de vanité : ça n'a pas d'importance.
Clotilde. — Tu ne crois pas qu'elle soulïre.
Duroy. — Ah !
Clotilde. — Tu soupires !... Tu la plains?
Duroy. — Non !... Je soupire parce que j'ai fini.
Clotilde. — Dis donc, pour un mari qui a l'air de ne pas se soucier de sa femme, tu la laisses s'approcher de toi...
Duroy. — Pourquoi ça?
Clotilde. — Un de ses cheveux sur ton veston.
Duroy. — C'est bien possible !
Clotilde. — Mais non ! ça n'est pas un de ses cheveux : Il est gris... Oh ! mais, en voilà un autre ; une collection.
alors Duroy Clotilde
- Allons ! assez de cette plaisanterie.
— Ce n'est pas une plaisanterie !... Regarde!.. A trois boutons de ton gilet, il y a des cheveux gris enroulés!... Tu fais les vieilles, maintenant?... J'espère qu'elle est riche !... Qui est-ce?
Duroy. — Ce n'est personne.
Clotilde. — Voyons !... tu n'es pas sorti aujourd'hui!... Parbleu ! c'est la Walter ; je m'en doutais ; c'est pour ça qu elle a fait une tête quand je suis entrée dans le salon... C est toi, sa neurasthénie?... Et ça me regardait de haut tout à l'heure ! Suzanne aussi... elle m'a à peine serré la main... Tu vas trop dans la maison; tu dois faire aussi la cour à la petite... Ça, ce serait la belle affaire: après la mère, la fille...
Duroy, la saisissant par le poignet. — Je veux que tu te taises, tu entends !... je veux que tu te taises !
Clotilde. — Oui !... oui !... c'est ça! (On frappe.)