Scène XIII
DUROY, MADELEINE, puis LE DOMESTIQUE.
Madeleine. — Elle a chaud !
DuROY. — Dame ! il fait tiède (Il sonne).
Madeleine. — Elle a très chaud.
, Le Domestique, entrant. — Monsieur désire ?
DuROY. — Ma jaquette, mon chapeau. (Le domestique sort. Duroy retire son veston. ) J 'ai terminé l'article. . . Mets-le sous enveloppe.
Madeleine, Vexaminant. — Bien !... très bien ! (Elle ferme Venveloppe et met l'adresse.)
Le Domestique entre. — Si monsieur veut que je l'aide ?
DuROY. — Merci !... (Il passe sa jaquette.) Dès que nous -serons partis, vous porterez ce pli au journal.
Le Domestique. — Bien, monsieur.
(Il sort en emportant le veston d'intérieur.)
Duroy. — Tu sais !... il faut faire attention à Laroche- Mathieu.
Madeleine. — N'exagérons pas : ton information n'est peut-être pas exacte ; Laroche t'aime beaucoup, beaucoup. Il m'a même chargée de te dire que tu pourrais bien avoir, le quatorze juillet, une surprise.
Duroy. — • C'est une excuse.
Madeleine. — C'est inouï, rien ne te fait plaisir... Ça t'irait bien, le ruban. (Elle casse une allumette rouge et introduit un petit morceau dans la boutonnière de Duroy.) Ce n'est pas tout à fait le ton, mais enfin...
Duroy. — Oui, ça ne fait pas mal... (Il donne le hras à sa femme et se regarde, avec elle, dans la glace.) Voilà des
millionnaires qui passent... Bonjour, madame Duroy ; bonjour monsieur Georges Duroy, chevalier de la Légion d'honneur.
Madeleine. — Quel gosse !
Duroy. — Enlève vite ça !... On croirait que je le désire, ce ruban... (Madeleine enlève le morceau d'allumette.) Tu sais, ma chérie, je t'aime bien... Parfois je suis un peu irrité, un peu impatient, mais je t'aime bien.
Madeleine. — Elles te font toutes des scènes ; n'est-ce pas?
Duroy. — Quoi?
Madeleine. — Moi seule, je te laisse la paix,
Duroy. — Comme c'est malin !
Madeleine. — Ce n'est pas malin : c'est vrai !