‹ Bel-amiChapitre 61 sur 77 · LAROCHE-MATHIEU, MADELEINE · texte numérisé non relu

LAROCHE-MATHIEU, MADELEINE

LAROCHE-MATHiEr. — C'est affreux !... c'est afifreiix !... Madeleine. — Oui ! c'est très ennuyeux ! Laroche. — Vous êtes d'un calme, vous ! C'est à croire que ça ne vous étonne pas.

Madeleine. — II faut s'attendre à tout. Laroche. — Vous vous y attendez trop.

Madeleine. — Charmant !... Je suis d'accord avec mon mari, hein?... C'est un entôlage moral et politique, un moyen de vous jeter par terre !... Et Walter est dans l'affaire...

Laroche. — Non I... non !... je n'ai pas une telle idée ! et puis, d'ailleurs, je ne suis pas par terre. Madeleine. — Oh ! si !

Laroche. — Vous croyez?

Madeleine. — N'en doutez pas !... Duroy va faire un bruit !... Vous serez oI>Iigé de démissionner 1

Laroche. — Jamais !... jamais !... Dans les circonstances actuelles?... quand la France...

Madeleine. — Habillez-vous.

Laroche. — C'est juste.

Madeleine. — - Ah ! on va nous voir dans les journaux illustrés et dans les revues de café-concert. Laroche. — Ma carrière est brisée, hein? Madeleine. — Interrompue !

Laroche. — C'est terrible !

Madeleine. — Mais puisque vous vous moquez du ministère .

Laroche. — Je voulais bien tomber, mais à mon heure, sur une question que j'atirais choisie, et non par surprise, dans la boue...

Madeleine. — Merci !

Laroche. — Enfin, dans le scandale... Où est le tirebouton ?

Madeleine. — Sur la coiffeuse.

Laroche. — Il doit y avoir ime foule, dehors. Madeleine, à la fenêlre. — L"ne dizaine de personnes qui écoutent le patron sur le pas de la porte. Laroche. — Charmant !

M.adeleine. — Qu'allez-vous faire?

Laroche. — Je vais aller voir Gustave.

Madeleine. — Gustave?...

Laroche. — Oui, le Président du Conseil... Je vais le mettre au courant de cet événement et lui demander son avis.

Madeleine. — Savez-vous ce qu'il vous dira, Gustave? Il vous dira de vous retirer pour raison de santé.

Laroche. — C'est probable !... Quand je pense qu'il faudra raconter tout cela au Président de la Chambre, qui est si austère, et au Président du Sénat, et au Président de la République... Et je vois d'ici la joie de mes collègues, de tous mes collègues, adversaires ou amis.

Madeleine. — Oh ! ne vous inquiétez pas de moi ; je me tirerai d'affaire.

Laroche. — Quoi?

Madeleine. — Je trouvais que vous vous faisiez trop de soucis pour moi.

Laroche. — Je vous demande pardon I... Je ne songeais...

Madeleine. — Qu'à vous...

Laroche. — Qu'au pays... Vous n'avez pas tu mon gilet ?

Madeleine. — Il est ici, avec votre redingote. Laroche. — Vous ne vous habillez pas?

Madeleine. — .T'ai le temps. Je ne tiens pas à rentrer à la maison !... 11 doit y être !... ii doit faire ses malles.

Laroche. — Il compte peut-être rester dans vos meubles, dans les meubles de ce pauvre Forestier.

Madeleine. — Non !... non !... il ne fera pas cette sottise... il s'en ira avec dignité... Je ne désire pas le rencontrer.

Laroche. — Ça ne fait rien... Habillez-vous... on pourrait entrer.

Madeleine. — Encore !... Ah ! non ! c'est assez pour aujourd'hui.

Laroche. — Je ne sais plus ce que je dis. Madeleine. — Vous manquez de sang-froid pour un ministre des Affaires étrangères.

Laroche. — Ah ! quand il ne s'agit que d'intérêts généraux, je suis d'un calme qui vous impressionnerait... Mais aujourd'hui, c'est .autre chose.

Madeleine. — C'est l'intérêt personnel.

Laroche. — Eh bien ! je m'en vais.

Madeleine. — C'est cela.

Laroche. — Vous n'avez besoin de rien?

Madeleine. — Je demanderai tout à l'heure une voiture Laroche ayant regarde à la fenêtre. — Moi, je vais fendre la foule.

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La Femme de chambre (Mme Ellen- Andrée).

Madeleine regarde aussi. — Il n'y a plus personne.

Laroche, avec mauvaise foi. — Vous croyez?... .Te marcherai un peu ; ça me fera du bien... Alors, à bientôt... je vais chez Gustave... Ah ! mon Dieu !

Madeleine. — Quoi donc?

Laroche. — Vous n'avez pas entendu?

Madeleine. — Non !

Laroche. — On crie un journal du soir !

Madeleine. — Eh bien?

Laroche. — Il me semble que les camelots annoncent une nouvelle... Si c'était... si c'était... nous.

Madeleine. — Impossible !... on n'aurait pas eu le temps d'imprimer et de tirer...

Laroche. — Qui sait?... une édition spéciale...

Madeleine. — Mais non !... Et puis Bel-Ami réservera le renseignement pour la Vie française... Dites-donc, vousme promettiez pour le journal une information sensationnelle... Eh bien ! ça y est !

Laroche. — Je vous admire de plaisanter ainsi !...

Madeleine. — Admirez-moi !

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