Scène V
MADELEINE, puis LA FEMME DE CHAMBRE
Madeleine. — Il me semble que j'aime encore mieux l'autre... il a plus d'allure. (Elle va au téléphone. ) Allô !... Oui !... C'est l'appartement n" 6... Faites-moi monter par la femme de chambre le journal que l'on crie... Il y a peut- -être une nouvelle... Bah ! je m'en moque puisque je n'ai pas d'article à faire !... Ça,' c'est ennuyeux ! c'est même très triste !... Je crois que je vais pleurer !... (On frappe.) Entrez !...
(La femme de chambre entre.)
La Femme de chambre. — C'est le journal, Madame.
Madeleine. — Merci.
La Femme de chambre. — Oh ! Madame, tout le monde a, été bien ennuyé...
Madeleine. — Merci.
La Femme de chambre.
Madeleine. — Merci !
La Femme de chambre.
-ait de vilaines pensées.
Madame n'a besoin de rien?
Il ne faut pas que Madame
Madeleine. — Merci !
La Femme de chambre. — Ce monsieur avait l'air bien contrarié. Madame... Il est peut-être marié?... (Madeleine lit le journal.) Il est bien sympathique... Tout le monde l'aime bien, dans la maison... C'est des histoires bien ennuyeuses pour un monsieur sérieux... dans le commerce surtout !... (Madeleine continue de lire.) Madame s'intéresse sans doute aux coiu'ses?... Moi aussi. Si j'avais su, j'aurais toujours apporté les résultats. On les a, au café, à côté.
Madeleine. — C'est extraordinaire ! Il n'y a tien dans cette feuille ; absolument rien.
La Femme de chambre. — Alors, vraiment. Madame est calme? Madame n'a besoin de rien?
Madeleine. — Si ! je n'ai plus d'allumettes.
La Femme de chambre. — Voici mon briquet.
Madeleine, qui a pris le briquet, allume une cigarette. — Merci !
(Elle veut rendre le briquet.)
La Femme de chambre. ■ — Oh ! Madame peut le garder... elle me le rendra en descendant... Alors, je peux m'en aller tranquille?...
Madeleine. — Mais oui.
La Femme de chambre. — .l'on ai vu des dames, comme Madame, à qui c'est arrivé. Elles parlaient de mourir, et puis, quelques semaines plus tard, on les revoyait très joyeuses.
Madeleine. — Merci !
La Femme de chambre. — Au revoir, Madame.
Madeleine. — Au revoir.
(Elle sort, tandis que Madeleine s'étend sur le lit
et se met à fumer. )
(Rideau. )
Le salon de Suzanne dans Vhûtel de Walter. Au fond, porte donnant sur la chambre de Suzanne. Une fenêtre à droite A gauche, deux portes. Entre ces portes, une cheminée. Petit bureau à droite ; au fond, à droite, le téléphonie. Ameublement clair. Grande impression de pureté.
C'est le soir, après le dîner.