‹ Belgique: Écononmie socialeChapitre 58 sur 130 · BRUXELLES CP · texte numérisé non relu

BRUXELLES CP

Sa population (1181200 hab., dont 385 000 étrangers, pour la région de Bruxelles-Capitale ; 178 000 hab. pour la commune) fait passer

la petite capitale de la Belgique pour un village européen. Comment a-t-elle donc pu être portée à jouer un si grand rôle dans le concert des nations ? Selon la version officielle, elle le doit à sa taille même, gage de désintéressement. Sans doute

son goût du brassage y est-il aussi pour quelque chose. De mélanges,

la ville n’en a en effet jamais manqué. Elle forma d'abord un carrefour privilégié sur les routes du négoce médiéval, comme l’illustre sa Grand- Place (Grote Markt en flamand, “grand marché”) qui reste, avec son fastueux décor, la vitrine la plus exemplaire de l’âge d'or du commerce nord-européen des XVI° et XvII° siècles. C'est dans cet antre central

et dans les ruelles environnantes, parfois encore bordées de maisons au beau pignon de brique et d'estaminets sans âge où l’on sert la bière au fût, que Bruxelles a forgé son image : celle d'une cité active, bruissante et pragmatique, un brin artiste et toujours bonhomme, à l'instar de celui dont elle a fait son symbole, le Manneken-Pis, goguenard devant les passants alors qu'il est en train, l’air de rien, de souiller une fontaine publique ! Ici, en effet, pas de rêve de grandeur indue, pas d’idéalisme forcené ni de fierté outrée : les Bruxellois cultivent un art non moins subtil, celui du décalage, mêlant toujours une dose de fantasque à leur pinte de quotidien. Ainsi Bruxelles est-elle le berceau d'un véritable type belge, le zwanseur, cet habitant du quartier des Marolles réputé pour son côté bon vivant et son humour mâtiné de nostalgie.

Elle a également vu s'épanouir le surréalisme belge et sa drôle de folie douce rendue célèbre par Magritte ; l'Art nouveau, dont les courbes flexueuses et élégantes visaient à enchanter la fonctionnalité du quotidien ; et enfin, véritable passion nationale, la bande dessinée,

qui fit ses armes dans la presse quotidienne avant de s'imposer comme le neuvième art et de mettre des bulles partout dans la ville : nombre de fresques de BD ornent en effet ses façades... Pourtant, Bruxelles n’a pas échappé aux outrages de l’utilitarisme contemporain.

Depuis 1950, les urbanistes ont rivalisé (d'absence) d'imagination

pour l'éventrer de voies rapides, rasant ses vieux quartiers

au profit d'immeubles de bureaux sans âme... Au final apparaît

une agglomération souvent déroutante, comme désarticulée et réduite à ses fonctions, en particulier dans le véritable ghetto administratif des institutions européennes.

LES ORS D’UNE VILLE MARCHANDE Les origines de la localité restent obscures. Seul un manuscrit du vrr* siècle fait mention d’un petit village établi dans les marécages de la Senne et répondant au nom de Brosella (‘établissement dans un marais”). Au x° siècle, de premiers noyaux urbains se développent entre le fleuve et les collines du Treurenberg

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