CHAPITRE IX
premières et de 50 centimes au paradis. Ëpargnez-uons, ami lecteur, le détail intermédiaire. On ne donne point de demi-places , et les enfants au-dessous de six mois ont l'avantage inexprimable de solder plaoes entières.
Il y a encore k Anvers un théâtre des Variétés , assez élégamment orné, où l'on joue de petites pièces quand il y a un directeur, rara avis.
Le jardin botanique contient des serres, une belle collection de plantes rares , et s'ouvre aux étrangers journellement. On y assiste à de splendides exhibitions de fleurs , d'arbustes et de fruits, en février, mai et octobre.
La Grande Harmonie , l'une de ces sincères et puissantes sociétés artistiques dont s'enorgueillit la Belgique, a son temple et ses jardins situés à un quart de lieue d'Anvers. Ces jardinSjOrnés de tulipes et d'hyacinthes, accidentés degrottes, de ponts chinois, de statues, de temples postiches , sont enchantés, et l'on y chante énormément. La façade de l'édifice et l'édifice lui-même sont jolis. Je remarque avec plaisir sur le fronton , mêlé k ceux des grands musiciens flamands et allemands , le nom de M. Auber.
«4. Bor»lL-Strae««
Qui n'a, au moins une fois par hasard, ouï parler des fameux musicos d'Anvers ? J'en avais , pour ma part , la tête très-montée, quand j'arrivai dans cette vieille et noble vilte. Je demandais les musicos ou les riddeks & tous les échos d'alentour. L'écho me répondit enfin sous la blouse et par la voix d'un commissionnaire de place, et me conduisit, à travers l'écheveau tortueux de la ville gothique , à ce que je cherchais.
Les musicos sont des établissements très-mélodieux et très-spiritueux où d'avance on goûte les joies du paradis musulman , en voyant danser des houris au son d'une musique bruyante, et en prenant pour soi-même des alcooliques
i74 LA BELGIQUE.
assaisonnés d'œufs durs et de tranches de morae , tous ingrédients fort bachiques. De temps en temps , une de ces divines aimées de Borak-Straet , une Frisonne, avec son diadème de cuivre doré remplaçant les frisons absents , ou une Anversoise, avec sa grande coiffure à la Charlotte Corday , voire une Parisienne, avec plus et moins que cela, s'avance vers vous et vous demande l'hospitalité d'un petit verre de genièvre et d'un tabouret à votre table. La conversation s'engage, en tout bien, tout honneur, je l'espère du moins....
Je suppose qu'un moine est toujours charitable.
Et.... si vous êtes scandalisé, lecteur, faites-moi le plaisir d'aller k Amsterdam ou à Rotterdam. Yous en verrez , ma foi, bien d'autres!
99* De la vie k Anvers. — Habitudes locales.
Les habitants de ce charmant pays d'Anvers sont les meilleures gens du monde. Un trait de caractère surtout les honore : ils ont toujours eu le plus grand amour de la liberté. Ils le prouvèrent bien contre le duc d'Anjou en 1582, et, plus lard, contre Philippe II. Ils sont affables, prévenants, hospitaliers, amis des arts et très-humains. Walter Scott dit d'eux, dans son histoire de Napoléon : « Le peuple d'Anvers , ville où nous transférâmes, dans les journées des 17 et 18 juin, la plupart de nos blessés des Quatre-Bras , rivalisèrent de zèle pour accomplir la tâche du bon Samaritain. Plusieurs de nos pauvres soldats m'ont dit qu'ils auraient certainement suc^ combé sans les bons soins de ces. excellents Flamands. •
Les habitants d'Anvers, dignes descendants de ces fameux arquebusiers auxquels on doit le grand chef-d'œuvre de Rubens, aiment beaucoup les jeux d'adresse : ils sont passionnés pour le tir au pigeon et le tir k l'oiseau de bois. Mais ils aiment encore plus les arts, et le témoignent en toute circonstance. Leur port, nous l'avons déjk dit, ne les consola