‹ BelgiqueChapitre 121 sur 145 · CHAPITRE Xll. â · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xll. â

du bon marché, condition indispensable du débit des boîtes de Spa , comme de toute chose en ces temps de chicherie trop générale.

Malgré le caractère spécialement aléatoire des eaux de Spa, c'est à peine si Ton s'aperçoit en cette ville de l'existence des jeux de hasard. C'çst dire qu'ils n'y sont pas effrénés. Des familles anglaises y passent toute la belle saison jusqu'en octobre, c'est-à-dire jusqu'à la fermeture de la Redoute. D'autres y passent tout l'hiver. C'est alors l'époque des chasses ; chasses de bois , chasses de marais ; la gelinotte , le coq de bruyère , le faisan ( dans quelques parcs réservés), le chevreuil, le sanglier, le lièvre, la bécasse, abondent dans les bois et dans les bruyères qui circonviennent la ville. L'écrevisse, la truite, peuplent les ruisseaux. Vhiver est long à Spa; mais il y a, comme l'on voit, un charme svi generis et très-réel. Il y a Spa un club de vénerie permanent, et dont les plus fervents adeptes sont les gentlemen d'outre- Manche.

M. Body, antiquaire, possède un cabinet fort curieux, qu'il ouvre volontiers aux étrangers.

Spa abonde en jolies promenades , parmi lesquelles il faut citer celle qu'a fondée l' ex-roi des Français (la promenade d'Orléans), où l'on suit par mille détours, en s'enfonçant dans un vallon ombreux, un ruisseau où s'épanchent les eaux ferrugineuses de la Sauvenière. C'est près de cette fontaine qu'est le fameux pied de Saint- Reinacie , où il suffit — c'est bien connu — qu'une femme stérile pose le pied pour devenir immédiatement ce que devint Anne d'Autriche après Forges ou Catherine de Médicis au sortir de Bourbon-Lancy. Mais il faut boire de l'eau pour cela et avoir la foi, sans quoi le spécifique n'agit pas.

â08 LA BELGIQUE.

9* EB¥lrom« de mpa» — nialniédy. — Stavelot. — Caneade do Coo. — lia grotte de Iftemouchamp, ete.

Malmédy et Stavelot, que sépare la frontière prusso-belge, olFrent aux habitants temporaires de Spa des buts de promenade qui ne sont pas sans intérêt. Non loin de Stavelot , on va visiter la cascade du Grand-Coo , formée par la chute de la Salm , qui se réunit k l'Emblève dans une vallée des plus pittoresques , où l'oeil voit les deux rivières presque parallèles l'une k l'autre avant leur confluent, celle-ci plus élevée que celle-lk de 15 ou 20 mètres. La cascade, en effet, sans être comparable k celle du Niagara, est très-haute, en ce sens qu'elle descend très-bas, et du plus admirable effet. De malheureuses femmes guettent toujours , aux approches de la cataracte, l'arrivée des voyageurs, pour leur donner le spectacle (non gratuit) de non moins malheureux chiens qu'on jette dans lès flots écumants de la cataracte, et qui , ballottés de roche en roche, atteignent enfin, quand ils l'atteignent, le plan inférieur. De temps en temps , une de ces pauvres bêtes trouve la mort dans ce périlleux exercice, que, dans tous les cas, elle n'accepte qu'avec une répugnance trop concevable.

L'Emblève, qui se grossit k Coo des eaux de la Salm, traverse, deux ou trois lieues plus bas, le village de Remouchamps , célèbre par ses grottes aux stalagmites multiformes et étranges. On trouve dans une auberge voisine, pour visiter ces grottes , des blouses ad hoc , en même temps qu'on s'y munit d'une torche de suif indispensable dans les sentiers inégaux et glissants qu'on doit parcourir ; des cours d'eau souterrains traversent, avec un bruit mystérieux, l'intérieur des cavernes de Remouchamps. Quand une compagnie nombreuse les parcourt, les guides allument sur plusieurs points des feux de menu bois , qui illuminent d'une façon très-

Page 1