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CHAPITRE XIII

dirait bâti, comme celui de Huy, par des architectes célestes, Dinant n'a guère d'autres monuments qu'un joli pont et une église dont Victor Hugo compare la tour à un immense pot à eau. Je n'ai garde de le contredire et n'eusse pas si bien trouvé. Néanmoins ce pot à eau fait de l'effet.

C'est tout près de Dinant, et en amont du fleuve, que se dresse , comme un gigantesque menhir ou une prodigieuse stalagmite , la fameuse Roche-Bayard ; jadis elle attenait au rocher qui surplombe à pic la rive; mais Louis XIV, maître de ces contrées , fit une galanterie aux Dinantais , en ordonnant qu'on séparât cette aiguille extraordinaire des blocs granitiques auxquels elle adhérait; et les voitures passent maintenant par un étroit défilé entre cette borne olympique et le rocher bordant la route.

A. Couru de la JLessc. — Carotte de Han.

Un peu plus loin , un pont se présente, et, auprès du petit village d'Anseremme, une charmante rivière se jette dans la Meuse, avec un grand bruit de moulins : c'est la Lesse, cours d'eau plus fameux par les délices de ses bords que par son importance, et qu'il faut remonter jusqu'à tme distance de trois lieues pour trouver la belle grotte de Han sur Lesse.

Tout d'abord, vous êtes prévenu que celte curiosité est fort chère. C'est l'entrée de l'enfer , et il faut payer, mort ou vif, plus que l'obole de Caron. Un spirituel touriste belge , que nous avons déjà cité, M. Landois, a raconté ainsi, dans un journal parisien , l'accueil peu flatteur qu'il essuya devant cette merveille locale.

« Enfin , dit-il , je parvins à découvrir Han et son clocher de six pouces de haut caché entre deux collines. Je traverse le village, puis un petit sentier fermé d'une large pierre, que j'enjambe ; je franchis un léger pont de bois, et j'aperçois la célèbre grotte , à côté de laquelle s'élève une coquette villa. Je dis : j'aperçois, et j'ai tort, fallais voir le gouffre béant

sous son imposant portique de pierre; je distinguais, amarré à la rive,, la bateau sur lequel le Garon de ce Styx passe les curieux de l'abîme , lorsqu'une voix m'arrête :

• Monsieur! hé î »

« Je me retourne : c'était Garon. Il avait une veste, des sabots et une pipe à la bouche. En appelant la pipe de son vrai nom, je qualifierais le propriétaire. Ainsi hélé, je m'arrêtai tout court. Son Monsieur! hé! le hé! surtout était gros de propriété méconnue.

M Eh bien ! fis-je.

— G'est cinq francs.

—Hein !

— G'est cinq francs pour entrer dans la grotte !

— Mais je n'entre pas.

— Alors vous ne pouvez pas approcher davantage.

— Graignez-voùs que je ne l'avale, votre grotte?

— G'est comme cela. »

« Voilà comment j'ai vu la grotte de Han. Je m'en consolai de mon mieux. Après tout, me disais-je, ces beautés-là sont très-contestables. Les stalactites et les stalagmites sont des choses informes et qui ne ressemblent à rien. Quelle simplicité de croire que des gouttes d'eau, qui tombent et déposent aux parois du rocher et sur le sol les sels calcaires dont elles sont imprégnées, puissent former d'autres dessins que ceux dont ma chandelle était ornée à la dernière auberge. Les orgues sont de mauvais tuyaux de pipe , le boudoir de Proserpine ne peut être qu'un casse-cou , le trône de Pluton un tas de pierres , et la Vierge un affreux champignon ! Embarquez-vous donc, armé de torches , sur ce Styx , avec ce Garon qui fume et fait pis , et payez donc une obole de cinq francs pour admirer ce beau spectacle ! »

Gette déception de voyage me rappelle la question que ne manque jamais de faire le vicaire de l'église d'Aix-la-Ghapelle, avant de vous montrer les os de Gharlemagne :

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