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CHAPITRE XIII. ai

« Avez-vous payé quatre francs? »

La grotte de Han vaut cependant les cinq francs a toute rigueur; mais encore faut-il les posséder, et voilk une caverne bien aristocratique. Les orgues n'y sont point un paquet de chandelles, ni la Vierge un champignon; mais, par exemple, s'il me fallait affirmer que ce sont de frappants portraits des modèles en question , je sentirais ma conscience de cicérone un peu chargée, et je ne ferais pas serment. Au fond , toutes ces grottes se ressemblent : des stalagmites par en bas, des stalactites par en haut , de vastes salles , de hautes voûtes, puis d'étroits couloirs et des passages surbaissés, oii il faut ramper contre terre ; des lacs souterrains, mais oîi la torche projette des milliers de points lumineux , et beaucoup de chauves-souris: telles sont en substance toutes ces cavernes, quelquefois dangereuses , et dont l'abord n'est pas moins fatigant que funèbre. Pourtant , la grotte de Han fait une exception à la généralité, en ce qu'elle est immense, variée, et fort belle : elle mérite d'être vue.

La Lesse contournait autrefois l'énorme rocher dit de Han, et qui a 300 pieds de hauteur : elle a fini par le percer, et c'est ce qui a produit la grotte ou Trou de Han. On y pénètre par le point d'oîi la Lesse sort de lïi montagne, après en avoir parcouru les circuits sur un considérable espace. Cette grotte, où les eaux retentissent sans cesse avec un fracas imposant , est pleine de mystères et de terreurs ; arrière les maladroits et les timides l II faut avoir un peu le pied montagnard pour s'y aventurer. L'entrée en est haute et majestueuse , et on y pénètre en nacelle , ce qui est plus que fait pour justifier la métaphore stygienne de l'amusant conteur que nous avons cité. Plus tard on met pied à terre , et tantôt par des sentiers montueux , humides , glissants , tantôt sur des lits de pierres mobiles que, de temps en temps , le pied chasse et fait rouler dans des précipices insondables, d'où le bruit de la chute ne monte qu'après beaucoup, beaucoup de

temps, on circule comme Ton peut et k ses risques et périls, vêtu de la blouse indispensable et porteur de la torche fumeuse, du Passage du Diable à la Salle du pâme , prodigieuse coupole naturelle où tiendrait la cathédrale de Strasbourg ; puis du Passage du Diable qu'ornent le Tr&m de Pluton et le Boudoir de Proserpine , à la Chapelle gothique , à la Salle du Trône, à la Salle des Draperies , à la Salle de l'Abitne , à celle de la Cascade, à la Grande Rue, etc., etc. L'appartement est complet; mais il est peu garni et laisse à désirer sous le rapport du parquet.

Telle est en un mot cette grotte de Han ; c'est un terrible plaisir qu'elle procure aux voyageurs et l'un de ceux dont on se sent le plus heureux — quand ils sont passés.

•• Excursion dans le liuxeiiibourii belge. — De iVamar à Arlon, par Sfarehe el; liasliosiie.

De Namur, si l'on tient à explorer; à fond les Ardennes belges, on peut, par la grande route de Luxembourg Hollande, gagner Marche, puis Bastogne, et enfin Arlon, d'où la route , se bifurquant, conduit, d'une part, à Luxembourg , et de l'autre , en France , par Thionville et Metz.

Ces villes, je dois le dire, offrent peu d'intérêt. Marche n'est qu'un gros bourg sans importance et sans monuments d'aucun genre. Bastogne , au milieu de la forêt des Ardennes, et qu'on nommait jadis le Paris des Ardennes, est en effet une petite ville assez jolie et assez riche , mais de peu d'intérêt pour le voyageur; il s'y trouve toutefois une assez belle église du xv* siècle. Bastogne a de l'industrie et le dispute à Reims et à Waremme pour la confection des pains d'épices. Le Namurois et le Luxembourg sont fameux pour cette pâtisserie modeste. Il a été question, à l'époque du grand développement des travaux publics en Belgique , de pousser un embranchement de chemin de fer jusqu'à Bastogne. Il s'était même trouvé une compagnie qui

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