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Les kermesses de Mons sont longues et animées. Elles ont lieu au mois de juin et se prolongent plusieurs semaines durant. Elles débutent le 15 juin par l'amusant simulacre de la victoire remportée par le chevalier Gilles de Chin sur une bête affreuse , une horrible tarasque qui désolait la contrée , voilà bien des siècles en çà. Les rationalistes prétendent, il est vrai , que ce grand triomphe fut tout simplement obtenu, par le moyen de dessèchements, sur des miasmes mart récageux qui empestaient l'atmosphère. Mais n'écoutons point ces raisonneurs et soyons de l'avis du franc peuple wallon, qui , dédaignant le subjectif dans la légende , aime bien mieux le dragon et ses écailles que toutes les hygiènes et tous les assainissements du monde.
Quoi qu'il en soit , voici comment M. Victor Bories , un Montois d'esprit et de talent, décrit cette scène piquante .
« Le 15 juin , à midi précis , a lieu sur la place de Mons, en face de l'hôtel de ville , après la rentrée à l'église de la procession de la kermesse « le Lumeçon, On appelait jadis Lumeçon une parade ou une évolution qu'une troupe exécutait devant un souverain pour lui rendre hommage. Le Lumeçon de Mons a lieu devantM. le bourgmestre de la ville et les échevins. Le dragon est figuré par un animal fantastique en osier, recouvert de toile et peint à l'huile.
« Voici comment un poète montois de beaucoup d*esprit a dépeint le monstre :
Mais voici le dragon superbe , Monstre farouche et carnassier ; Un épiderme couleur d'herbe Couvre à demi son corps dosier.
Toujours ses ailes élargies Du sang des hommes sont rougies.
Un éclair sombre et menaçant Jaillit sous sa prunelle bleue.
Et des coups de sa large queue Il assomme au loin le passant.
« En effet, la lutte a lieu sur la place, au milieu d*une fouie immense qui encourage de ses clameurs le chevalier Saint- Georges et ses chin-chin^ nom que le peuple a donné aux hommes d'armes et aux écuyers de ce preux chevalier. Le monstre est défendu par des diables noirs armés de bâtons au bout desquels sont attachées des vessies gonflées de vent. Des hommes sauvages, entièrement vêtus de feuilles de lierre, figurent dans la bataille. Sont-ce les fatmes du marais desséché, ou la personnification àe& Jacques de la féodalité? Je Fignore, et les savants n*en savent pas plus long que nous là-dessus.
« A midi sonnant, arrive le chevalier monté sur un superbe coursier. Il est revêtu d*un justaucorps de buffle ; ses jambes sont garanties par des bottes de gendarme , et il porte fièrement sur la tête un casque de dragon français du temps de l'Empire , quelque débris de Waterloo ! Il est armé d'une lance moyen âge , d'un bancal et d'une paire de pistolets d'arçon. La lutte commence ; le dragon , guidé par deux vigoureux gaillards, promène sa formidable queue, longue de dix à douze mètres, de droite à gauche , renverse tout ce qui se trouve sur son passage. Pendant ce temps, les pompiers, figurant les gardes bourgeoises d'autrefois , entourent l'arène et exécutent un feu roulant. Les cloches sonnent à toute