‹ BelgiqueChapitre 139 sur 145 · CHAPITRE \IV. 23J · texte numérisé non relu

CHAPITRE \IV. 23J

volée, et le carillon de la tour principale joue son plus joyeux carillon. Un corps de musique fait entendre pendant toute la durée du combat Tair national de Mons, que le peuple répète en chœur.

« Pendant une heure de lutte acharnée, le chevalier et son fidèle coursier reçoivent force horions, pendant que les chinchin, coiffés d'un chapeau Louis XIII , vêtus d'une tunique écossaise, les jambes passées dans le corps d*un petit animal d'osier représentant un chien, un cheval ou un veau, car ils en ont la peau, traînent les diables par les pieds tout autour de la place, au grand divertissement de la foule. Enfin le chevalier du xii* siècle , fatigué d'avoir recours à la lance, reçoit sans doute une inspiration soudaine qui lui fait deviner, sinon inventer, la poudre. Il fouille dans ses fontes et trouve, à la place de la statuette bénie qui protégeait Gilles deChin, une paire de pistolets à piston qui lui offrent une aide non moins efficace et plus appropriée aux nécessités du XIX* siècle. Le dragon reçoit deux coups de pistolet à bout portant et expire au milieu des cris de joie. M. le bourgmestre , en grand costume , s'avance gravement, suivi des échevins, et complimente le valeureux champion. Le compliment est suivi d'une gratification en numéraire. Puis les chin-chin vont par la ville demander , de porte en porte, le prix de leur dévouement.

« La partie intéressante et originale de la fête s'arrête là. Les bals, les concerts, les jeux se succèdent pendant plusieurs semaines. Une foule immense prend part à cette solennité du Lumeçon, et il est rare de trouver, à plusieurs lieues à la ronde , un Wallon qui n'ait assisté au triomphe du seigneur Gilles de Ghin. J'ai rencontré pourtant un brave homme des environs qui disait naïvement : « Il faut bien que je sois peu curieux ; il y a cinq cents ans que l'on célèbre le Lumeçon tous les ans , et je n*y avais point encore assisté. »

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La dernière kermesse de Mous a été Toccasion de Finauguration d'une statue érigée à Tune des gloires montoises , Orlando de Lassus , le rival de Palestrina , le grand musicien du XVI" siècle , princeps musicorum , dirent de lui ses contemporains , et de qui Ton put écrire :

Hic ille Orlandus lassum qui recréât orbem, Discordesque sua copulat barmonia.

La statue d'Orlando Lassus est fort belle, et fait le plus grand honneur à M. Frison, jeune statuaire belge d'origine, maisque ses goûts et sa résidence ont naturalisé français.

La grande boucherie de Mons est remarquable par un boeuf-nature en ronde bosse, sculpté au-dessus de la principale entrée. Chaque corps de métier avait jadis ses armes, et celles-ci étaient parlantes. Du reste, il fait plaisir de voir à quel degré pantagruélique était portée la glorification du gosier et du ventre dans toute la Belgique du temps jadis, et la moderne a fort peu déchu de cette plantureuse propension. On y vit fort bien, et k Mons notamment; et les hôteliers sont honnêtes !

A l'ouest, et tout près de Mons, est le BorinagCy ce fameux bassin houiller dont les hautes cheminées projettent dans les airs de noirs panaches de fumée; pays fantastique éclairé, dit un écrivain belge , par des fours à coke et des bols de punch de soixante pieds de haut qui vomissent du fer; oii la nuit n'est pas noire comme ailleurs, mais vert-olive.

C'est à une lieue de Mons que fut livrée la bataille de Jemmapes, comme celle de Fontenoy eut lieu en vue des remparts de Tournai , où nous allons nous rendre.

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