CHAPITRE V. 6t
de Vander Meulen, est l'un des plus savants et des plus aériens panoramas guerriers qui soient jamais sortis de ce pinceau stratégique.-
Viennent ensuite, et enfin, les petits Fêamands, dans lesquels on englobe indistinctement beaucoup de peintres hollandais. Dans l'œuvre de ces pictores minores se trouvent plusieurs tableaux très- curieux , les uns par le sujet , les autres par la manière dont il est traité, d'autres enfin par leur intérêt historique. Du nombre des premiers est le Tamis brisé, de J. Mostard, sujet que nous ne saurions expliquer; parmi les seconds se remarque un Massacre des Innocents y de Breughel le Vieux, où le paysage de la Judée est représenté par un village des Flandres , et oîi la principale action se passe sur la glace d'une rivière. On y voit, en fait de mémoires pittoresques, la Procession de VOmmegang et la fête de l'Arbalète, très-instructifs tableaux du commencement du xvii* siècle, où s'agite, en habits de fête, un peuple immense qui avait vie k cette époque, excellent spécimen des modes, des coutumes , des physionomies d'il y a deux siècles. Bien que la plupart des grands noms de Hollande et de Flandre soient représentés à ce musée, ils n^ le sont que par des œuvres médiocres, et nous n'avons, en conscience, à citer, en fait de yraimeni petits Flamands, que trois ou quatre toiles véritablement supérieures : c'est un admirable Skalken (on connaît la spécialité de ce peintre pour les effets de lumière ) ; un Gérard Dow, prodigieux également comme effet de nuit ; un Chimiste, de Rykaert ; un beau Sneyders {animaux morts). En cherchant bien, on en pourra glaner encore deux ou trois autres, un peu plus ou un peu moins.
Somme toute, c'est bien assez pour que le musée de Bruxelles n'encoure pas le mépris que les Belges eux-mêmes ont trop souvent prodigué à cette honnête collection.
70 LA BËLGiaUE
•• «alnie-Cïiidiile.
 Bruxelles, comme dans toutes les villes lo^lges, le musée est continué par les (églises.
Cependant, l'église cathédrale de Saint-Michel et Sainte- Gudule, bâtie, ou plutôt rebâtie au xiti* siècle, et dont les deux grosses tours carrées présentent, comme nous l'avons dit , une assez grande analogie avec celles de Notre-Dame, fait exiîeption à cette règle. Cette église, fort vaste et fort monumentale, d'un gothique fleuri, mais pur, dont le chevet est un bijou que soutiennent à l'intérieur de gigantesques piliers sans ornements et dont l'effet n'en est que plus imposant, est d^urvue de tableaux. Les sculptures, en revanche, y abondent , et les douze apôtres qui sont adossés aux piliers (ornementation propre aussi aux deux autres principales églises de Bruxelles , le Sablon et la Chapelle ) , sont dus aux meilleurs statuaires belges , à Quellyn , à Duquesnoy et à Faidherbe. La chaire, qui est de Verbruggen et n'est peut-être pas un modèle de goût, n'en est pas moins un chef-d'œuvre d'habileté, dont les détails sont exquis et l'ensemble mystérieux et émouvant. Elle représente Adam et Eve chassés du paradis terrestre. Autour des personnages principaux se groupent une multitude d'accessoires traités avec un art parfait. Le balustre de l'escalier est un véritable bosquet dans lequel fourmillent les hôtes empennés du paradis terrestre, et jusqu'à un singe qui, lui aussi, s'empresse de goûter au fruit défendu. Le serpent enlace la chaire de ses immenses replis. La mort, de dessous le feuillage, étend sa main osseuse sur le couple qui lui est voué à dater du fatal jour; mais, au sommet de l'édifice, la Vierge — n'est-ce pas une idée sainte et belle? — écrase la tête du serpent.
Les confessionnaux sont aussi l'un des thèmes sur lesquels se sont exercées l'industrieuse patience et l'imagination des statuaires belges. Celui de Sainte-Gudule est un des chefs-
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d'œavr6 du genre* On le remarquera aux deux belles cana» tides d'anges en marbre blanc qui le soutiennent.
Les deux côtés du chœur sont ornés de deux bonnes sta^ tues de Laurent Delvaux. A gauche est le superbe tombeau en marbre noir de Jean, duc de Brabant, mort en 1312^ et» à droite, celui de Tarchiduc Ernest, qu'on voit couché sur son sépulcre, mort en 4595. Dans la chapelle dite de Notre- Dame de Délivrance est le mausolée élevé à la mémoire du jeune comte Frédéric de Mérode, tué dans les journées de septembre 1830. Le jeune martyr est représenté vêtu de la blouse du volontaire et à demi couché vers la tombe où Fin-^ cline la blessure mortelle qu'il vient de recevoir. C'est un ouvrage de M. Geefs, traité avec noblesse, mais sans grand feu. Sur le tombeau se lit cette noble devise des Mérode, si bien justiûée par la mort de cet héroïque jeune homme: Plus d'honneur que d'hofineurs / Il y a enfin un monument érigé à la mémoire de l'opulent et charitable chanoine Triest, une des célébrités ecclésiastiques des Flandres, dont le tombeau est k Saint-Bavon de Gand. C'est un groupe de Simonis, qui représente la Charité nourrissant et désaltérant plusieurs enfants , tandis que la Reconnaissance- dépose une couronne sur le médaillon du bon chanoine. C'est un peu trop allégorique pour être bien émouvant. Une trompette d'or, sonnée par un ange joufflu, est ostensiblement chargée d'annoncer à tout l'univers , qui les ignore, hélas ! les belles actions du recommandable Triest.
«•. X.'ésll0e du Sablon.
L'église du Sablon est, comme Sainte-Gudule, du xiii» siècle, d'un style pur et belle à l'intérieur; mais, malheureusement, on ne peut la juger que fort mal au dehors, étranglée qu'elle est, comme jadis la plupart de nos égUses, dans un collier de maisons. Elle se recommande à l'c^er^ vateur par un assez grand nombre de chapelles curieuses.
entre autres celle qui contient le mausolée des princes de la Tour et Taxis, grand et superbe monument tout en marbre blanc et noir, où est figurée, déroulant une chaîne d'or, la Vertu, dont ce n'est guère pourtant l'usage, et poui* cause. Cette Vertu, du reste, est fort belle; le Temps et la Renommée y trônent auprès d'elle, avec cette devise : VirtvSy non tempus. C'est la traduction libre du fameux vers de . Corneille :
« La vertu n'attend pas le nombre des années. »
Le Temps est un peu vulgaire et un peu ponsif^ comme on dit; il est vrai que le personnage est difficile à rajeunir. Sur l'autel de cette chapelle figure une belle sainte Ursule, de Duquesnoy. A droite et à gauche sont deux niches contenant des anges fort délicatement traités. On entre par un charmant portail renaissance dans cette chapelle obscure, divisée en deux espèces de cryptes qu'éclairent par le haut deux coupoles.
Le pendant de cette chapelle est celle de Saint-Marcou, ornée de belles boiseries dorées représentant des têtes d'anges enroulées d'élégants festons ou arabesques. Sur la face droite de cette chapelle est le tombeau de Jean-Baptiste Rousseau : une simple plaque noire surmontée de son buste. L'inscription indique que cette tombe a été inaugurée en 1842 par ordre du roi Léopold, M. Nothomb étant ministre. Il n'y a pas un mot d'éloge pour l'auteur de VOde à la Postérité et de VOde au comte du Luc; l'homme, sans doute, aura nui ici au poète.
Une autre chapelle remarquable, qu'on trouve en redescendant vers le portail à gauche, est celle de Saint-Guidou et de Saint-Éloi. Au-dessous des portraits de ces bienheureux, un petit tableau représente saint Guidou , simple paysan , menant sa charrue, dont un ange fouette les chevaux. C'est un vrai bijou que cette petite toile de main et d'époque pro-