‹ BelgiqueChapitre 47 sur 145 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

par des souvenirs historiques. Passons-les en revue, et notons le point saillant de chacun ; le voyageur choisira :

Anderlecht , Overghem , Esterbeck , Isque , patrie de Juste-Lipse; Txelles, dont les allées ombreuses reçoivent les Bruxellois en foule le dimanche; Molenbeck, Schaerbeck, Saint-Josse-ten-Noode , n'offrent guère que des établissements industriels ou des promenades agréables. Trois-Fou-* taines est le Bercy, l'île Saint-Ouen des bons habitants de Bruxelles. On y mange des matelotes de poisson d'eau douce et on y visite la résidence du bourgmestre , qui est la curiosité de l'endroit. L'antique abbaye de Forêt présente h l'archéologue et à l'artiste des jouissances plus déli* cates.

Hal^ ville de quelque importance , située à trois lieues au sud de Bruxelles , autrefois place forte , subit nombre de sièges. Dans l'un des derniers, la Vierge intervint et para les boulets d'un pan de sa robe. Ceci est positif : on vous montrera les boulets dans l'église; une caisse grillée les contient. Ces projectiles sont doublement miraculeux; il paraît qu'on a beau les compter, on en retrouve tantôt quinze, tantôt dixhuit, tantôt vingt, plus ou moins, mais jamais le même nombre. Il y a des mathématiciens qui ont fait le voyage exprès, et qui en ont été pour leur courte honte, digne châtiment de l'impiété ou de l'incrédulité philosophique, ce qui est tout un ! Juste-Lipse a fait un poëme sur cette vierge , donnée à Hal par la fille d'Elisabeth de Hongrie.

Saventhem est en possession d'une tradition moins merveilleuse, je l'accorde, mais qui a son prix cependant, et, ce qui vaut mieux, d'un tableau de Van Dyck, l'un des plus magnifiques de ce maître : un saint Martin coupant son man^ teau en deux parts pour en donner une à un pauvre. Voici l'origine passablement bohème de ce tableau : Van Dyck , très-jeune alors, allait d'Anvers à Rome; il s'arrêta à Saventhem; il y vit une jolie fille; vous devinez le reste....

Une poule survint^ et voilà la gloire ajournée. Van Dyck s^établit à Saventhem , oîi il fit moins de peinture que d'amour. Sa passion ne se calma que quand sa bourse fut complètement p/a^«« comme Ton dit à Gand , où j*ai vu une liôtellerie encourageante sous ce titre , à Fusage des voyageurs peu fortunés ou qui se sont laissé entraîner un peu trop loin par les égarements du cœur. Il fallait cependant gagner Rome, où ce chemin ne le conduisait pas du tout. Il y avait par bonheur à Saventhem un curé, homme d'esprit et de goût. Van Dyck, en désespoir de cause, Talla trouver et lui offrit un tableau pour son maître autel. Le curé accepta : il promit 100 florins, et Van Dyck s'engagea à livrer son cheval si le tableau n'était pas bon. Mais le tableau se trtniva bon, et, ce qui est plus rare et plus heureux encore, fut jugé tel. Van Dyck avait lui-même prêté sa belle tête blonde au charitable saint, ou plutôt se l'était prêtée à lui-même» suivant une coutume alors très-répandue chez les peintres de son pays, et le bedeau de l'église avait posé pour le pauvre. Quant au cheval du saint, c'était celui du peintre » et le curé, qui fut content de la copie, laissa partir l'originaL Voilà comment Saventhem possède un tableau de grand prix. Rien n'était plus commun que de tels traits en Flandre il y a quelques siècles. Les habitants de Saveathem sont tellement attachés à leur saint Martin que , l'un des succès^ seurs du curé artiste qui l'avait commandé à Van Dyck ayant voulu le vendre 4000 florins à un amateur étranger, ie village se souleva et le tableau resta à l'église. Nous l'avons vu au Louvre, de 1806 à 181 5, et, lorsqu'on l'enleva, il fallut faire venir de Bruxelles la force armée pour protéger les travailleurs. L'Empire s'est fait beaucoup de mal daiis ces contrées, en dépouillant les églises et les communes de la possession séculaire d'objets d'art qui étaient leurs plus chers trésors, et les embellissements ou améliorations considérables dont il dota le pays en retour ne purent jamais

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