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CHAPITRE VIL

► diminue à mesure que s'éloigne l'événement , jqpie s'éteint la génération contemporaine de la bataille, et que s'amoindrit dans l'espace le triomphe du grand Wellington , ramené peu à peu à ses véritables proportions par l'optique d'abord grossissante, puis enfin juste , de l'histoire, et par le jugement de la postérité, qui est intervenu pour casser les arrêts de l'enthousiasme britannique. Encore un quart de siècle, et Waterloo rejoindra, dans les décombres du passé, les grands noms d'Arbelles , de Pharsale , d'Actium et de tous les lieux où le glaive a tranché le sort des empires. Les guides seront morts, et il ne vaudra plus la peine de les remplacer. Le terrain, déjà altéré, subira d'autres métamorphoses; les maisonnettes historiques qui le couvrent auront disparu , et c'est à peine si quelque pâtre vous dira de loin: « C'était là! » Je pus m' apercevoir de la diminution d'afiluence des pèlerins par le vide à peu près complet de l'unique voiture qui fait le service de Charleroi à Bruxelles par la chaussée de Montr-Saint-Jean. En été , me dit-on, les occasions de transport sont un peu plus fréquentes ; mais nous n'étiens qu'au mois de septembre, et il se trouvait à Bruxelles nombre d'étrangers attirés par les fêtes de l'Indépendance : tous les hôtels en regorgeaient.

Néanmoins, après un trajet de deux ou trois heures à travers cette forêt de Soignes, à laquelle était adossé Wellingion

f pendant l'action, et qui se prolongeait alors jusqu'au plateau de Hont-Saint-Jean , je descendis seul au milieu du village de Waterloo. Les autres voyageurs continuèrent leur rouie . Ce n'étaient pas des visiteurs ; c'étaient des Belges qui se reii-

; daient à Charleroi et à Nivelles.

^ Le village de Waterloo, dont la bataille a reçu impropre-

ment le nom, uniquement parce que le général en chef de l'armée anglo-hollandaise y avait pris ses quartiers, est une Ion-

gue rue qui borde la chaussée d*une double haie de maisons régulièrement alignées, où règne la propreté flamande. J*i« gnore si ce sont les largesses du vainqueur ou les dépouilles .du vaincu qui Tout enrichi; mais le bien-être paraît général dans ce village plus célèbre que tant de villes.

Mon attention est tout d'abord attirée par une rotonde surmontée d'une croix, et au fronton de laquelle on lit une inscription latine attestant que ce temple a été élevé par un senor de Gastana, gouverneur de Belgique pour le compte de Sa Majesté catholique. Cette église espagnole est celle du village : elle a été agrandie par l'addition d'une nef à la rotonde, qui d'abord ne formait qu'une simple chapelle. Comme je m'approchais pour la considérer :

«( Monsieur, il est bientôt onze heures, me dit un habitant du village que je prends à la mine , ou je me trompe fort, pour un de ces cicérones empressés qui, en Belgique^ ont à rencontre du touriste un flair si divinatoire. Le ser-r vice va bientôt finir ; hâtez-vous si vous voulez voir..,.

— Quoi? lui dis-je*

— Les tombeaux des Anglais tués à la bataille. — • Et pourquoi faut-il me hâter î

— Parce qu'à onze heures précises, et quelquefois plus tôt^ on ferme l'église , et alors il en coûte un franc pour entrer. »

Comme il me parait humiliant, à moi Français, d'endurer cette fiscalité toute à l'adresse des fellow-citizens de lord Wellington, je profite de l'avis et pénètre aussitôt dans l'intérieur de l'église.

Cet intérieur est des plus simples : les murs blancs et nus sont revêtus des plaques tumulaires en marbre d'officiers anglais et hollandais dont les corps gisent sur le champ de bataille, dans le cimetière du village ou sous les voûtes sépulcrales de YÉstate de leurs ancêtres, où ils ont été transportés selon le vœu de leurs familles. Bien que ces tables funérai-

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