‹ BelgiqueChapitre 53 sur 145 · ACCOMPAGNENT SA TOMBE · texte numérisé non relu

ACCOMPAGNENT SA TOMBE

C'est le seul trait de mauvais goût qui dépare cette galerie funèbre. Il est beau sans doute de mourir pour la gloire de son pays, mais il est bien triste d^en être récompensé par de tels vers.

s. lA Jamlie de Imrd Vxliridce.

Au sortir de l'église, je retrouve mon guide qui m'attendait patiemment. Je me flattais d'être quitte avec les mausolées anglais. Je me trompais, comme on va voir :

« Maintenant, monsieur désire-t-il voir le tombeau de la jambe du marquis d'Anglesey ? me dit le cicérone belge.

— De sa jambe.... Il y a un tombeau pour sa jambe?... m'écriai-je.

— Certainement, monsieur, et un joli tombeau. Par ici...» A ces mots, mon homme m'entraîne, bon gré, mal gré,

vers une maison basse , entourée d'un petit jardin et située à peu de distance de la chaussée.

Il entre sans sonner, en ami de la maison. Je le suis ma-

chinalement. Une très-grosse femme du type demi-bourgeois, demi-manant, nous reçoit au rez-de-chaussée dans une pièce dont le principal meuble est une grande table à manger, et l'ornement capital, pour ne pas dire unique, une gravure à la manière noire, représentant un magnifique colonel de hussards anglais, caracolant sur un cheval noir.

La dame du logis, en nous voyant entrer, cligne de l'œil intelligemment, et, fort habituée à pareilles visites, n'attend même pas les compliments et les apologies d'usage pour dévider son chapelet :

« Ceci, dit-elle, est le portrait de sa seigneurie lord Uxbridge (aujourd'hui marquis d'Anglesey), commandant général de la cavalerie alliée, à la bataille de Waterloo. C'est son portrait.... bien entendu avant le triste événement. Il m'a été envoyé par sa seigneurie lady Uxbridge, en reconnaissance des soins que j'ai donnés à son époux,.avec la lettre que voici. »

La bonne dame me tend à ces mots un papier crasseux, signé en effet Lady Uxbridge, et par lequel la noble pairesse remercie Mme N.... de la sollicitude avec laquelle elle a veillé au chevet de son vaillant époux {her gallanl husband), et la prie d'accepter ce portrait, tracé dans les temps plus heureux où sa seigneurie jouissait de l'usage de tous ses membres, en souvenir de lui et d'elle. Elle lui annonce en même temps sa visite prochaine et celle de lord Uxbridge, entièrement remis des suites de son amputation.

ff Maintenant , dit la dame en serrant son papier et en ouvrant une armoire , voici la botte ! »

Ce disant, elle pose sur la table avec solennité une semelle de vieux cuir, à laquelle adhéraient encore par l'eaipeignedes fragments de tige racornie.

« Au diable la botte ! m'écriai je fort en colère, en me tournant vers mon guide ; si c'est pour une pareille relique que vous m'avez conduit ici....

— C'est juste , monsieur n'est pas Anglais , interrompt la

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