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Mais voilà que je tombe dans la prosopopée. Ayant tout vu à Waterloo , je continue ma route par la chaussée et gagne le véritable terrain de la bataille , Mont-Saint-Jean , qui est situé à une demi-lieue de là.
Mont-Sarnt-Jean est un hameau de vingt ou trente mai* sons qui bordent la chaussée de Charleroi , comme celles de Waterloo dont il dépend. Chemin faisant, je jae tarde pas à découvrir sur ma droite la ridicule montagne élevée de main de Belge après la bataille , et que surmonte le lion. Je suis accosté en route par plusieurs personnes complaisantes qui me proposent de me guider aux momments. Le métier de guide est ici une profession universelle; j'imagine qu'elle est soumise à la patente ; autrement l'État serait frustré de Fiiap6t sur tout un village. Je remercie ces officieux, mais.... nno avulso non déficit alfer , et toute résistance comme tout parti pris a ses bornes. Après m'être tiré des mains d'une douzaine de ces industriels , je tombe finalement dans ceâcs d'un treizième qui, m'entreprenant à son tour, n*a pas beau» coup de peine à triompher de ma fermeté épuisée par tant et de si vives attaques.
Mm guide donc est un brave homme dont la physionomie ouverte et honnête me frappe et me prédispose à accepter ses offres de service, malgré mon désir secret de les repousser. Il se nomme Jean-Jacques Pirson; c'est un homme de 85 9
cinquante ans environ ; il est vêtu d'une blouse bleue , s'appuie sur un bâton ferré et revient de Waterloo où il a éié assister à la messe, car c'est aujourd'hui dimanche, ce qu'à ma honte j'avais perdu de vue, et il retourne à Mont-Saint- Jean, où est fixé son domicile. Comme nous suivons la même route , la conversation s'engage et se continue sans efiPorts. Il me raconte qu'il est natif de Planchenois, ce village désolé par les Prussiens , où s'engagea le 18 juin une lutte si vive ; qu'il a assisté k la bataille, dont il a suivi toutes les phases ; qu'il a été ensuite employé à l'enterrement des morts , rude et effroyable besogne qui n'a pas duré moins de quinze jours ; enfin que , depuis cette époque , il exerce la profession de guide avec savoir et conscience, ainsi que l'attestent une multitude de certificats dont il est porteur et dont il m'exhibe quelques-uns, signés pour la plupart des plus illustres noms de l'aristocratie et de l'armée anglaises. Il m'offre de me faire déjeuner dans sa maisonnette , ce que j'accepte, et, peu d'instants après , je me trouve installé chez le digne Jean-Jacques Pirson, dans une petite salle basse, dont les murs simplement recrépis à la chaux sont d'une propreté exquise, et que pour tous meubles garnissant une table et quelques bancs de bois. A la muraille sont appendus, en manière de décorations appropriées au lieu et au gîte , un plan détaillé de la bataille et deux gravures représentant, l'une , Bonaparte au Saint^Bernard ; l'autre , Napoléon devant Vienne. Sur la cheminée figure, avec quelques ustensiles, une réduction en plâtre teinté de bronze de la Jeanne d'Arc de feu la princesse Marie, œuvre d'art plus populaire en Belgique encore qu'en France.
Bientôt s'empressent autour de nous la femme et les enfants de mon guide. L'aînée de la famille, une grande fille accorte et éveillée, me dit : « Monsieur est-il Anglais?
— Non , mademoiselle ; je suis Français tout simplement.
—Oh! j'entends bien cela à l'accent de mousieur. Hahi-