CHAPITRE VII
tuellement, je n'ai pas besoin de faire cette question. Je distingue sans peine un Français d*un Anglais, dès qu'il met le pied dans cette chambre.
— Et comment cela ?
— Oh! c'est bien simple- Le Français voit ces deux gravures (le Napoléon au Saint-Bernard et le Napoléon devant Vienne dont j'ai parlé), et s'écrie aussitôt : u Voilà l'Empereur! » L'Anglais au contraire s'en approche sans mot dire, ou, s'il parle, il laisse échapper un grognement inintelligible et murmure entre ses dents : « C'est Bonaparte, » ou bien encore : « C'est le général Bonaparte. »
— Vous avez de l'observation , mademoiselle. Voyez-vous beaucoup de Français ?
— Très-peu.
—Et d'Anglais?
— Oh! à chaque instant. Nous avoils ici un livre plein des noms et des certificats de ceux que mon père a guidés au champ de bataille. Voulez-vous le voir?»
Tandis que je feuillette distraitement ce registre rempli en effet d'attestations qui toutes rendent hommage au zèle, à l'intelligence et aux connaissances stratégiques de Pirson , on m'apporte du lait, des œufs, du beurre délicieux de la ferme de Mont- Saint- Jean et du pain bis. Après ce déjeuner frugal, et bien qu'il commence à tomber une pluie épaisse comme dans la soirée et la nuit qui précédèrent la bataille y nous nous mettons en route, Jean- Jacques Pirson et moi, pour aller visiter cette plaine baignée du sang et semée des débris de tant de milliers d'hommes.
&• Aspect du ckanip de toatetlte* — l^'m-lire de nvelltiistoii* I<e» meMameiito des alités.
Un trajet de quelques minutes nous conduit au versant du plateau sur lequel étaient disposées les lignes anglaises.
iOO LA BELGIQUE.
belges et hanovriennes , et qu*uQ ravin profond séparait de la plaine occupée par Farinée française. Je m'exprime aa passé , car l'aspect du terrain a notablement cbangé de face depuis le jour de la bataille. Le ravin existe encore, mais il est considérablement atténué par le nivellement du pkteau dont les terres ont servi à élever , à. l'ouest de la chaussée et k la place où fut blessé le prince d'Orange , cette dérisoire et incroyable montagne druidique , ce gigantesque pain de âucre de plus de ^00 pieds de haut , que les Belges se sont érigé mod^tement en mémoire du glorieux fait d'armes. Wellington n'avait donc pas tort, lorsqu'il vint quelques années après à Waterloo visiter le théâtre de son triomphe, de dire q\x'aa\uiSirB,ïic\i^ngésonckampde bataille etqu'il ne le reconnaissait plus. Un grand orme, sous lequel il se tint à cheval durant le cours de l'action, a également disparu. Cet orme, connu dans le pays sous le nom àl arbre de Wellin^on^ a été vendu , tronc et racines » par son propriétaire , à un industriel anglais, qui l'a fait transporter à Londres et a gagné un argent fou à le débiter aux cockneys de la Tamise en tabatières, porte-cigares et autres bimbeloteries. Les Anglais, qui poussent le culte de ces historiques brimborions jusqu'au fanatisme, et qui ont certes consommé à eux tout seuls plus de la moitié des dix mille cannes de M. de YoUaire^ n'étaient pas gens à manquer une si solennelle occasion d'épancher leur enthousiasme et de prodiguer leurs gainées en l'honneur du graijd Wellesley.
De chaque côté de la chaussée sont deux tertres dont la hauteur indique le niveau primitif de l'emplacement , et prouve que le terrain a du être abaissé de 10 ouiâ pieds an moins. Ces tertres ont été respectés, car ils portent deux .monuments funèbres ; l'un, celui des ofBciers hanovriens, au nombre de quarante^deux , qui périrent dans la bataille. Leurs noms sont gravés sur la pierre, avec cette simple inscription en anglais et en allemand :