CHAPITRE I
les Espagnols, victoire célèbre elle-même dans l'histoire des arts par la splendide apothéose picturale que la veuve du prince Henri, Amélie de Solms, dédia à son époux mort^ au palais du Bois , près La Haye, oîi nous la retrouverons plus tard , et pour laquelle furent conviés , k grands frais , Ruben» et son illustre école. Enfin, après huit ou dix heures d'un trot pesant , mais continu , qui est la mise en action du lento gradu propero d'Horace , la voiture de MM. Van-Gend et C^, les Caillard-Laffitte de Belgique , s'arrête dans les murs d'Ostende.
9, Physionomie d^ostende*
C'est une ville forte , rectangulaire et bariolée de tous les tons de la palette du badigeonneur, depuis le blanc de lait jusqu'au vert pistache et au brun chocolat. Les rues sont tirées au cordeau, ce qui lui donne ce genre de beauté linéaire propre aux figures géométriques. On n'y trouve point ^e monuments. U est probable que ce fameux siège de trois années qui , au commencement du xvii* siècle , coûta 80 000 iKMiunes et autant de millions peut-être à l'Espagne et aux Provinces-Unies, n'a rien laissé subsister de l'ancienne Ostende. Celle que nous voyons est littéralement neuve ; il ne s'y rencontre pas un édifice qui remonte à plus de cent ans. Les villes régulières ne sont pas les plus gaies , et Ostende , privée aujourd'hui de commerce, qui ne recouvre un peu de vie que pendant la saison des bains , fait foi de cette vérité* Le port et les bassins qui pourraient l'animer sont presque frappés de mort depuis les agrandissen3keat& d'Anvers. La ville est , du reste , enfermée rigoureusement dans ses remparts ,^ et , du côté de la plage même , il faut monter sur le» retranchements pour découvrir la pleine mer. La campagne qui y confine est plate, nue et monotone. Je doute qu'on pût signaler, dans cette nature chauve, dix arbres à plus de deux lieues à la ronde. En somme , rien ne ressemble moins qu'Os-
tende à un lieu de plaisance , et pourtant chaque été les étrangers y affluent, et Talluvion de bank-notes qu'ils y déposent trois mois^durant suffit , nouveau limon d'Egypte, à enrichir la ville et à la sustenter pour tout le reste de l'année. Bien que la moitié des habitants y fasse l'industrie de logeur et lotie aux étrangers des quartiers (appartements) garnis , il faut , le plus souvent , attendre une semaine l'hospitalité d'une chambre. Les retardataires campent, à la grâce de Keu , dans les greniers , sous les remises et dans les salles à manger métamorphosées en dortoirs.
8* «rêve* — Digue*
Ostende doit cette vogue à sa grève admirable , au privilège d'être à peu près le seul point vraiment maritime du pays de l'Europe où la population est le plus compacte , et à la ligne de chemins de fer qui y attire les baigneurs de tous les points de l'Allemagne. La Belgique , c'est encore la France; mais Ostende, c'est la Prusse, la Suisse, la Westphalie , la Saxe , l'Angleterre , la Russie , la Hollande , tout, en un mot , excepté nous. Sans doute , notre magnifique développement de côtes présente assez de plages pour que nous n'ayons pas à envier celles du voisin ; mais ce n'en est pas moins une impression triste que de ne plus entendre la langue nationale dans un pays censé français, à quelques lieues de notre frontière , et de chercher en vain parmi ces fronts tudesques quelques-unes de ces physionomies enjouées , dont la naïveté narquoise et l'inexprimable cachet de badauderie et de finesse décèlent le vrai Parisien.
C'est sur la digue que se confondent et se rencontrent à toute heure du jour les baigneurs. De toutes les plages de la Manche ou de la mer du Nord , Ostende est sans contredit celle dont il est le plus exact de dire qu'on y vit au bord de la mer.
Les environs de la ville, dénués d'intérêt, n'offrant pas le