‹ BelgiqueChapitre 65 sur 145 · CHAPITRE YIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIIL

la charpente , dans cette poésie de la fonte , nous trouvons tout l'esprit et l'essor vrais du siècle, qui perd son temps évidemment quand il copie les temples grecs , les basiliques l]ysantines et les métropoles gothiques, tandis qu'il a devant soi tout un monde inédit de créations sévères et imposantes à la fois qui lui donneront son cachet et son originalité dans les époques à venir. Essentiellement pratique et positif , ce siècle doit tendre à idéaliser Viisvel de la vie : la pure fantaisie , l'art pour l'art ne sont plus de son r<Me ni de son âge. C'est un siècle mûr et qui doit s'interdire les boutades de la jeunesse. Versailles , Fontainebleau et le Louvre sont faits : c'est fort heureux ; car le temps est passé pour nous irrémédiablement d'élever des palais fastueux ou de nouveaux jardins d'Armide. De vastes usines avec leurs fumants obélisques, des cités ouvrières et pourquoi pas plus tard agricoles, des habitations privées de plus en plus ornées et saines, des ponts , des phares , des chaussées , des pyroscaphes , des jetées, des réseaux de fer, des tunnels, de gigantesques viaducs, des embarcadères pouvant abriter sous leur toiture transparente la population d'une viUe : tels sont les monuments d'une époque affairée et fiévreuse comme la nôtre. L'art doit collaborer avec toutes les sciences, la mathématique surtout, pour créer les types qui s'adaptent aux aspirations du jour. De cette union mal assortie en apparence résultera toute la poésie du siècle. Chaque chose a sa beauté propre.

Mais la cloche sonne ; le chef-garde a fait entendre son coniet, et le hennissement de la locomotive nous tire tout à la fois et de nos rêveries et du splendide embarcadère dont la vue nous les avait inspirées. Nous glissons entre les faubourgs de Laeken et de Schaerbeck, et nous traversons cet étrange diminutif de notre Seine qui baigne le Paris des Belges, la Senne brabançonne, un triste rivulet qui n'est pas même flottable, et qui rappelle sans trop d'avantage la Bièvre à la sortie des Gobelins.

no LA BELGIQUE.

9* I<«ekeii.

A gauche, sur la colline el à Textrémité de cette immense prairie, voyez- vous ce château princier? C'est Laeken, le Versailles, le Windsor, le Buen-Retiro, le Peterhof de la monarchie de Belgique.

Laeken est un château moderne : il date seulement de 1782, el fut construit sur les dessins de l'archiduc Albert, gouverneur des Pays-Bas, prince autrichien qui avait les goûts et les instincts d'un Florentin du xvi' siècle. Le site de Laeken est ravissant : le parc, fort grand et fort beau, renferme une orangerie, un théâtre, des pavillons et des pièces d'eau remarquables.

Les Belges regrettent fort une magnifique tour chinoise , nouvelle édition revue et considérablement accrue de la fameuse pagode de Chanteloup, au sommet de laquelle on montait par trois cent soixante-six marches. Géiaitune tour bissextile. Quelque chinois de procureur, l'ayant achetée durant la Révolution, la fil bravement démolir. Peut-être le château lui-même eût-il éprouvé le même sort, si Napoléon, empereur, ne l'eût préservé des Tartares de la bande noire : il se fit acquéreur de Laeken pour l'offrir à Marie-Louise , rendant à la fille des Césars ce qui venait de l'archiduc. Les augustes époux firent plusieurs séjours dans ce noble palais d'été , el Napoléon y signa la pièce qui contenait en germe son abdication future : la déclaration de guerre à la Russie porte la date de Laeken.

Propriété de la couronne , ce beau château est aujourd'hui la résidence favorite et permanente , ou à peu près , de la famille royale belge. Tel est l'amour du roi Léopold pour cette splendide villa , qu'il la quitte k peine, même dans les circonstances importantes. Je me rappelle qu'assistant, il y a peu d'années, h Bruxelles, aux fêtes commémoratives des journées de Septembre, je m'étonnai de n'y point voir le roi

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