CHAPITRE VIII. m
des Belges, qui n'avait pu se décider, ces jours-là même-, à déserter son séjour de prédilection. Cette absence produisait une impression assez fâcheuse, et on entendait dire très-haut que le souverain élu par la volonté nationale ne prenait qu'un mince intérêt et apportait peu de concours aux affaires de son royaume, en un moine gouvernait pas. L'événement s'est chargé depuis de justifier Léopold : vrais ou feints , son détachement du pouvoir et son abstention de politique personnelle l'ont sauvé après Février. Mieux que son habile beaupère, il a compris sa mission de roi constitutionnel. Au lieu de diriger, au lieu de comprimer, il a suivi le mouvement; il a cédé aux vœux du peuple. Aussi est-il resté sur son trône plus paisible, plus apprécié que jamais. La Belgique lui sait gré d'avoir laissé s'accomplir sans résistance, et même en s'y associant, des réformes indispensables, et lui doit d'être aujourd'hui plus avancée que nous dans les voies d'association et d'assistance mutuelle. Léopold tiendra une place honorable dans l'histoire de ce temps-ci.
9. IVlllebroek. — I<e prinec d^Oran^e et Kfpmoiit. — TllYonlc* — Souvenir de mme l»efihoiiilère«.
La plaine que nous découvrons dans la direction de Laeken est Mon-Plaisir : c'était jadis le turfhelge. Elle est bornée par le vénérable canal de Willebroek ou de Bruxelles , qui, entrepris en 1550 pour relier Bruxelles et Anvers, a aujourd'hui trois. cent trois ans. Il unit la Senne à l'Escaut. Willebroek , la commune qui lui donne son nom , est une petite ville de la province d'Anvers. On la cite comme ayant été le théâtre de la dernière entrevue du malheureux Egmont et du prince d'Orange. Le prince , passant en Allemagne , engageait Egmont à le suivre. Ce dernier refusa et lui dit en partant :
«< Adieu , prince sans terre !
lia LA BELGIQUE.
•—Adieu , comte sans tête ! » lui répondit le prince d'Orange.
C'est peu de mois après cet horoscope qu'Egmont fut décapité à Bruxelles avec l'infortuné de Hom.
Voici Vilvorde qu'annonce un colossal pénitencier dans le go&t des État&-Unis. On m'assure qu'il y peut tenir 2000 malfaiteurs. J'aime à croire pour le Brabant qu'il n'est pas plein. Cette geôle-modèle s'élève sur les ruines du vieux château de Vilvorde, qui servit aussi de prison. Le lieu inspirait. C'est là que Mme Deshoulières fut enfermée à titre de prisonnière d'État, en 1657. Le célèbre auteur des M&utons appartenait à cette race de femmes fortes , telles que Mme de La Guette, Mme de Montbazon, Mme de Longueville et la grande Mademoiselle , qui brilla si fort sous la Fronde*et s'y couvrit de lauriers entremêlés de quelques myrtes.
Le motif de cette dureté n'a jamais été bien eonna. M. Deshoulières, lieutenant-colonel et gentilhomme poitevin, avait pris parti pour les princes dans la dissension civile. Il rejoignit Condé à Bruxelles, laissant dans une terre son idyllique moitié, qui , s'impatientant du veuvage , ne tarda point à rejoindre l'officier frondeur, d'autres disent le prince. Mme Deshoulières , jeune et brillante alo^'s, et d'une admirable beauté , fit sensation à Bruxelles. Elle devint le centre et le point de mire d'une multitude d'intrigues qui apparemment ne furent pas toutes amoureuses , car le gouvernement des Pays-Bas la fit appréhender au corps un beau soir et conduire au château de Vilvorde , où les mémoires contemporains nous apprennent que, huit mois durant, elle charma sa captivité par des lectures édifiantes. Son mari , qui l'idolâtrait, réussit à s'introduire, sous couleur d'un message du prince de Condé, dans la Bastille brabançonne , à la tête de quelques hommes d'exécution, et enleva la prisonnière de vive force. Ils passèrent de là en France où l'amnistie royale leur permettait de rentrer, mais où les attendait le