CHAPITRE ]X
mieux encore que les attributs distinctifs , sa beauté propre et sa physionomie bien marquée. L'Europe a, comme de raison, par la supériorité de la ligne et par Télégance, le pas sur ses trois sœurs jaune, noire et rouge.
Ce magnifique morceau de sculpture sur bois n'est pas le seul ouvrage du même grand artiste que Ton remarque dans cette seule partie de l'église : on y voit encore de lui le tombeau d'un évéque d'Anvers, et un tabernacle en airain doré, qui fut exécuté sur ses dessins par deux de ses plus habiles élèves. Le banc de communion en marbre blanc qu'on voit auprès est de Quellyn.
Il vous importe peu maintenant, je suppose, de savoir combien l'église a de pieds ou de mètres dans œuvre, tant en long qu'en large ; mais nous ne pouvons en sortir sans faire une station au pied de la grande tour : là reposent les restes d'un autre grand artiste anversois, Quintin Metzys , le maréchal d'Anvers^ mort en 4329. Metzys était, comme on le sait, forgeron de son métier et fort habile dans son art; il exécuta, entre autres ouvrages remarquables, le tombeau en fer d'Edouard IV que l'on admire en Angleterre, dans la chapelle du château de Saint -Georges, et cette singulière pompe en fer forgé que surmonte la statuette du Géant d'Anvers et qui s'élève au pied de la grande tour, auprès de Tépitaphe de l'artiste. Organisation merveilleuse, Metzys aurait probablement battu le fer toute sa vie, s'il ne fût tombé amou* reux de la fille du peintre anversois Floris. L'humilité de sa profession fut cause que le père ou la fille, ou peut-être tous deux, rejetèrent ses poursuites. Le jeune forgeron décréta à part lui qu'il serait peintre, et grand peintre. Il tint parole et produisit, entre autres chefs-d'œuvre, cette Descente de croix que l'on- voit au musée d'Anvers, et dont certaines têtes ont fait dire à sir Josué Reynolds que la perfection n'en est dépassée par aucun maître connu, sans en excepter Raphaël. C'est ce qui donna lieu à ce vers latin, gravé sur uoe
plaque de marbre encastrée dans le mur de la tour, auprès de Vépitaphe de Metzys :
CONNDBIÀLIS AMOR DE MDLGIBRE FECIT APELLEM.
Il va sans dire qu'Apelles-Vulcain fléchit la résistance opposée à Taccomplissement de ses vœux et obtint celle qu'il aimait.
Nous ne connaissons guère en France ce grand peintre que par quelques-uns de ces peseurs d'or, ouvrages de pacotille que le besoin de vivre le força de multiplier, comme Téniers jeune ses alchimistes et ses buveurs, œuvres qui ne sauraient donner la moindre idée de la hauteur de son talent. Gomme Rubens, et plus encore que Rubens, c'est à Anvers qu'il faut étudier Metzys. Nous le retrouverons au musée.
Ensevelis dans une église de la ville que les Espagnols démolirent en 1567, les restes de Metzys furent réinhumés au pied de la grande tour en 1629, cent ans après la mort du peintre, par les soins d'un riche protecteur des arts, Cornelis Van Geert, dont Van Dyck a fait le portrait. Le souvenir de ce jubilé funéraire a été conservé par l'épitaphe suivante :
QDINTINO METSUS,
INCOMPARABILIS ARTIS PIGTORI , ADMIBATRIX GRATAQUE POSTERITAS