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CHAPITRE IX. i

l'effet des ans, soit par les influences d'un climat trop souvent brumeux et humide, soit enfin par suite de la manie funeste qu'ont les Belges de restaurer leurs tableaux comme leurs monuments, et de porter un badigeon sacrilège sur toutes les merveilles de Fart dont le moyen âge, la renaissance et les deux grands siècles de la peinture les ont si richement dotés. Hâtez-vous donc, ô mes contemporains, si vous voulez voir encore dans sa splendeur le plus surprenant résultat d'une inspiration supérieure et d'une habileté de main inouïe!

« La figure du Christ, dit sir Josué Reynolds, est une des plus merveilleuses qui aient jamais été créées; l'inclinaison de la tête sur l'épaule et la chule du corps tout entier sur un côté rendent la pesanteur de la mort d'une façon que rien ne saurait surpasser. » C'est en effet la mort même! Sir Josué ajoute que la masse lumineuse qui rayonne sur tout le tableau provient de l'emploi hardi qu'a fait Rubens , et que lui seul peut-être au monde pouvait tenter, du blanc sur blanc, et de l'opposition du suaire éblouissant de clarté à la pâleur d'ivoire et exsangue du corps du Fils de l'homme, qui se détache avec une netteté et un éclat merveilleux sur un fond presque isochrome.

Il faut avoir soin de choisir un beau jour de printemps ou d'été pour contempler cette grande œuvre , effort suprême du génie d'un homme si splendidement doué. Le tableau est placé un peu haut dans l'égHse, dont la solennelle pénombre se rembrunit jusqu'à un point d'obscurité peu visible par les jours nébuleux qui malheureusement sont assez fréquents en Belgique.

V Élévation en croix y pendant que Rubens fit à son immortelle Descente pour l'église Sainte-Walburge , a été souvent mise , par les enthousiastes de ce grand peintre , sur le même rang que la première de ces deux gigantesques toiles. C'est fort à tort : je suis sur ce point de l'avis , si tant

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est que le mien puisse importer, de M. Viardat et de Josué Reynolds. On ne trouve plus là ni c^te magistrale unité , ni même cette puissance de couleur qui brillent à un degré si supérieur dans la Descente. Il y a quelque confusion dans les groupes , et les personnages sont tant soit peu académiques* L'emploi trop abondant du bleu et du gris, couleurs froides, n'est pas non plus fort beureux. Je n'hésite pas à déclarer que la partie éminente de ce tableau n'est pas la scène principale, mais bien le volet de gauche, où figurent les saintes femmes. La douleur de la Vierge est saisissante, et efface celle de la Niobé antique dé toute la hauteur qui sé> pare le dogme spiritualiste de la religion de* la chair. Une admirable tête de vieille femme se mêle à ce beau groupe de pleureuses, et pour moi cette tête accessoire est la mieux réussie du tableau.

Peintre consommé d'animaux, Rubens n'a pas manqué d'introduire ici ces beaux chevaux qu'il excellait à reproduire, et jusqu'à ce chien favori dont le portrait sculpté illustre la façade de sa maison.

Si, du reste, l'on se permet de critiquer une telle œuvre, ce n'est qu'en opposant Rubens à lui-même; signée de tout autre nom , elle suffirait à assurer la gloire et l'immortalité de son auteur.

L'Élévation en croix et la Descente furent, sous le premier Empire , comme la plupart des chefs-d'œuvre de l'art italien et de l'art flamand, transportés au Louvre, qui dut les rendre en 4815. Napoléon avait donné en échange à Anvers ces magnifiques ouvrages des bassins et du port qui relevaient au premier rang parmi les villes maritimes. Cependant la compensation ne futpas jugée suffisante, et l'Emptre, là comme ailleurs, et plus qu'ailleurs (car l'amour de Rubens est un culte à Anvers), se fit le plus grand tort en privant les |>opulations des trésors intellectuels qu'elles goûtaient et révéraient de père en fils. L'intérêt matériel eut le dessous

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daBS sa ktte contre un instinct plus idéal, plus noble, et les Anversois, tout enrichis qu'ils fussent, ne pardonnèreist pomi la confiscation de l^ir patrimoine artistique.

Au-dessus du maître autel de Notre-Dame, Rubens a peint en seize jours, et peur cent florins par jour, suivant son habitude (en tout cinq ou six mille francs), son AssoTnptmn de la Viergey très-grande toile qui est peut-être sa composition la plus noble, et dont le personnage principal se revêt d'un idéal divin, sans que lé ceioris souffre de celle plus grande sévérité de style. Au contraire, il ne fut jamais ni pkts chaud, ni plus harmouîeux peui-être.

Le m^œ sujet a été traité par Cx»*neille Schut sur le plafond de la coupole. Cette œuvre immense a du mérite, je le croîs, on la dit; mais je dois déclarer qu'à cette élévation empyréenne il m*a été impossible d'en rien démêler de distinct. J^ vous souhaite, lecteur, non pas un plus grand amour de Tart /mais de meilleurs yeux qu'à votre dévoué et consciexkcieux cicérone.

Il y a bien d'autres ouvrages dignes d'admiiration ou d'attention dans la vaste nef de Notre-Dame. Rubens y est repré^ sente de nouveau, dans la deuxième chapelle à la droite du diœur, par le portrait de Moretus, son ami, surmontant Le tombeau de ce célèbre typographe, et par un tableau de la Résurrection^ dont les personnages seoit de grandeur à moitié naturelle et que recixnmandent une correction, une sagesse assez rares sous le pinceaaii fougueux du maître. Les deux volets de ce petit triptyque représentent sainte Catherine et saint Jean-BépUste. Ce joli tai>]>eau paraiit avoir été voué, eomimB le portrait, à la naémoire de l'imprimeur Moretus.

Il y a bien d'autres œuvres d'art remarquables dans lacaâiédraie d'Anvers ; mais, comme je ne suppose pas que l'intentûm du lecteur soÂt de faire dégénérer un pkisir en une fatigue, je me bornerai à en mentionner ici les principales :

Le secret d'eiraHyer, c^est celai de tout dire,

et tout voir ne constitue pas un moindre ennui pour soi* même.

Dans Taile sud de l'église, on trouvera une Noce de Cana de Martin de Voss, d'une couleur meilleure que ne l'est d'habitude le faire un peu grisâtre et terreux de ce peintre, et un Dernier souper de Diepenbek ;

Dans le transsept sud, une belle tête de saint François attribuée à Murillo ;

Dans Taile sud du chœur, deux Van Baelen et plusieurs Martin Pepyn ;

Dans l'aile droite, un bel Otto Venius (la Cène), tableau où la noblesse du style , particulière à ce maître éminent, se rehausse d'un coloris superbe et d'une composition aussi savante qu'élevée; un Franck le Vieux {Jésus au tem-^ pie discutant avec les docteurs), œuvre dont la figure principale est très-faible , mais qui offre de belles qualités d'ordonnance et de dessin, et a, d'ailleurs, cet intérêt particulier que, sous les traits des docteurs, sont représentés Luther, Calvin , Érasme, Mélanchton , Jean Huss et la plupart des autres grands réformateurs religieux.

Les sculptures ne sont pas moins abondantes à Notre- Dame que les tableaux des grands maîtres. En entrant par la porte principale, on remarquera tout d'abord un beau Christ en croix , de Goethals. Ce crucifix fut fait du bronze provenant de la statue du duc d'Albe , brisée par le peuple d'Anvers, ce qui donna lieu au dicton suivant : « D'un grand scélérat on a fait un Christ. »

Dans l'aile sud, on admirera sincèrement la belle chaire de Verbruggen, soutenue par quatre figures allégoriques représentant les Quatre parties du monde qui se donnent la main. La balustrade de l'escalier est formée de buissons touffus et de branches d'arbres entrelacées , sur lesquelles perchent et piétinent tous les oiseaux rares de la création. Chacune des quatre parties de ce globe terraqué a, ce qui vaut

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